«Tu vas moins rire dans quelque temps»: ce maire du Val-d’Oise menacé lors de l’expulsion d’un logement social

, «Tu vas moins rire dans quelque temps»: ce maire du Val-d’Oise menacé lors de l’expulsion d’un logement social

C’est un combat dans lequel le maire (Lr) de Franconville (Val-d’Oise), Xavier Melki, s’est lancé depuis plusieurs années. Que soient expulsées de leur logement social les familles dont au moins l’un des membres a été reconnu coupable d’être impliqué dans des actes de délinquance commis à proximité directe de son lieu d’habitation. « Ces logements doivent d’abord profiter aux familles respectueuses des lois de la République. Par ailleurs, il s’agit de garantir la tranquillité des autres habitants », insiste l’élu à la sortie de la salle d’audience du tribunal correctionnel de Pontoise, jeudi 23 octobre 2025. Un tribunal devant lequel il s’était présenté en qualité de victime après avoir fait l’objet d’insultes et de menaces de mort par une locataire de sa commune expulsée trois jours plus tôt de son Hlm pour des faits de délinquance commis par son fils de 22 ans.

« À huit jours de la trêve hivernale, ça ne se fait pas »

Depuis le banc des prévenus, si Catherine C. a en partie reconnu les accusations dont elle fait l’objet, elle continue de crier à l’injustice à la suite de son expulsion. « Ça ne se fait pas de virer les gens comme ça du jour au lendemain, à huit jours de la trêve hivernale en plus. Je me retrouve dehors pour l’hiver », fulmine la quinquagénaire jugée en comparution immédiate.

Son logement social de Franconville, elle l’occupait avec son fils donc, mais également sa fille, tout juste maman. En juin dernier, son départ lui avait été notifié à la suite la résiliation de son bail prononcée par le tribunal de proximité de Montmorency. Cette décision faisait suite à « une action civile spécifique », menée par la préfecture du Val-d’Oise en lien avec le bailleur et la ville de Franconville, du fait des agissements de son fils.

Face au tribunal correctionnel, Catherine C. assure avoir réalisé toutes les démarches pour faire appel de cette décision.

On m’avait dit que j’aurais une réponse à ma demande le 14 novembre, après le début de la trêve hivernale. Du coup on pensait avoir le temps de trouver une autre solution de logement. On serait partis avant la fin de la trêve dans les règles. 

La prévenue, Catherine C.

Elle explique ainsi ne pas avoir compris lorsque les policiers et les services de la préfecture sont venus frapper à sa porte pour lui ordonner de quitter les lieux, lundi 20 octobre 2025.

« J’étais sous ma douche quand j’ai entendu frapper. J’ai mis du temps à venir ouvrir », s’explique-t-elle alors que les forces de l’ordre, n’obtenant pas de réponse, avaient déjà commencé à procéder à l’ouverture de la porte. « Je me suis retrouvée face à une vingtaine de personnes qui m’annoncent qu’ils viennent pour l’expulsion », poursuit la prévenue qui s’est alors rapidement emportée, invectivant les policiers.

« Le maire c’est un gros fils de p… »

Sur le palier, se trouve Xavier Melki. Confronté à la locataire, l’élu est pris à partie à son tour. « Cela vous amuse de virer des gens. Tu vires les gens du jour au lendemain, t’es content ou quoi ? », lance Catherine avant de l’insulter à plusieurs reprises d’« enc… » et d’ajouter : « le maire c’est un gros fils de p… ».

Elles tentent également de se jeter sur l’élu, puis le menace : « On va te niquer ta race à toi, tu jubiles là tu rigoles, tu vas moins rire dans quelque temps. » Des propos enregistrés par les caméras-piétons dont étaient équipés des fonctionnaires. Sur les images « on peut voir qu’il a fallu trois policiers pour la retenir alors qu’elle se jetait sur le maire », relève la procureure de la République.

« Les insultes, on s’y fait. Même si ce n’est pas notre quotidien, on y est de plus en plus souvent exposés »

« Pourquoi toutes ces insultes », interroge la présidente. « Normalement je devais rester le temps de la trêve hivernale, répète la prévenue. Il n’y avait pas de logique. J’ai l’impression d’être prise pour une conne. »

Entendu à son tour par le tribunal, Xavier Melki souligne qu’il n’avait initialement pas prévu d’être présent pour cette expulsion. « Je n’étais même pas au courant de cette action », souligne le maire de Franconville dont la commune avait été frappée quelques instants plus tôt par une tornade ayant fait un mort à Ermont. « À la suite de cet évènement le sous-préfet était venu constater l’étendue. Puis il m’a indiqué que la préfecture allait procéder à une expulsion dans la ville et m’a proposé de l’accompagner. »

Précisant que ce n’est pas la première fois qu’il vient dans cette salle d’audience, « a dernière fois, c’est parce qu’on avait voulu me rouler dessus », il confie que « les insultes, on s’y fait. Même si ce n’est pas notre quotidien, on y est de plus en plus souvent exposés ».

Pour autant, il n’entend pas changer de cap sur sa politique menée depuis plusieurs années avec les bailleurs sociaux pour entamer des procédures expulsion à l’encontre des familles troubleraient la tranquillité des parcs Hlm, comme le rappelle son avocate. Cette dernière entend que « la prévenue ait pu se retrouver démunie » face à cette expulsion, d’autant que ce n’était pas elle qui était visée par cette décision. « Cela n’explique toutefois pas les menaces de mort ».

« Elle a copieusement insulté le maire l’a menacé le maire dans son intégrité physique »

Une appréciation partagée par la procureure de la République. « C’est le comportement de son fils qui est à l’origine de cette décision », relève la magistrate soulignant toutefois que « le climat était fort peu propice à ce que tout se passe bien au sein du logement dans lequel les policiers y ont retrouvé une arme avec une balle chambrée dans le canon ».

Et de reprocher à la prévenue d’avoir « copieusement insulté le maire et de l’avoir menacé dans son intégrité physique », avant de requérir une peine de six mois de prison avec sursis assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec Xavier Melki, de se rendre à la mairie, ainsi que d’un stage de citoyenneté. « Il faut rappeler à la prévenue qu’on ne peut pas se comporter ainsi encore moins avec un élu », a conclu la magistrate.

Plaidant que les propos énoncés par sa cliente ne s’apparentaient pas à des menaces de mort, l’avocate de la défense a insisté sur le fait que celle-ci « n’était pas à l’origine des mauvais agissements conduisant à cette expulsion » et de remettre en cause la décision du tribunal de proximité de Montmorency.

Condamnée à suivre un stage de citoyenneté

Au terme de l’audience, Catherine C. a une ultime fois fait part de sa colère. « À quoi ça sert de faire appel (de la résiliation de son bail, Ndlr) et de demander des délais vu qu’ils ne sont pas respectés qu’on arrive aux mêmes décisions », s’est elle agacée alors qu’elle n’aura pas exprimé le moindre remords sur ses actes ni fait des excuses au maire de Franconville.

Si le tribunal n’a pas prononcé de peine de prison avec sursis à son encontre, il l’a condamnée à suivre un stage de citoyenneté et à verser 1 euro symbolique de dommages et intérêts. Elle a par ailleurs reçu l’interdiction d’entrer en contact avec Xavier Melki. 

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