Violences faites aux enfants : des rassemblements organisés dans quarante villes de France ce samedi

Plusieurs associations de protection de l’enfance appellent au rassemblement contre les violences faites aux enfants et aux adolescents dans quarante villes ce samedi. ICI fait le point sur les violences faites aux enfants en France et sur cet appel à la mobilisation.

Le Planning familial, Mouv’enfants, « Nous Toutes », le collectif des victimes de Joël Le Scouarnec, le syndicat SUD Education, le syndicat national des professionnels de la petite enfance : plus de 80 organisations et associations ont signé un texte d’appel au rassemblement contre les violences faites aux enfants et aux adolescents ce samedi 15 novembre et des actions sont annoncées  dont Bordeaux, Grenoble, Caen, Lille, Marseille et Paris.

C’est la troisième année qu’un rassemblement comme celui de samedi est organisé. La première édition s’était tenue dans sept villes de France, contre quarante aujourd’hui. L et  ont provoqué une prise de conscience, assure Claire Bourdille, fondatrice et activiste du collectif Enfantiste.« Même du côté des élus, on commence à se demander comment faire pour enrayer toutes ces violences. On essaye – et ça, c’est nouveau – d’expliquer et d’aller chercher pourquoi il y a des violences ».La « manif enfantiste » réclame « de véritables politiques publiques pour l’enfance ». Pour Claire Bourdille, il s’agit de « réveiller la société, les élus et le gouvernement sur l’état des violences faites aux enfants en France et aussi sur l’inaction en réponse à ces violences ». À ce jour, aucun véritable ministère de l’Enfance n’a été créé. Lors des dernières élections, aucun candidat ne faisait mention des violences faites aux enfants (…) La jeunesse est perçue uniquement comme délinquante et en manque d’obéissance, occultant ainsi les nombreuses violences » écrivent les organisations qui appellent à manifester ce samedi.

Chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents, constatait le gouvernement en 2023 lors du . Depuis le début de l’année 2025, vingt infanticides où l’un ou l’autre des parents est mis en cause ont été rapportés par le réseau ICI. À chaque fois, ces affaires suscitent des interrogations nombreuses comme en octobre, dans le cas de ce bébé de huit mois emmené par sa mère aux urgences de l’hôpital de , portant des lésions et des ecchymoses et pour lequel les médecins n’ont pu que constater le décès, ou encore ce triple infanticide découvert  où la mère de famille a reconnu avoir tué ses trois enfants successivement en 2012, 2015 et 2020. À Bordeaux, une femme de 37 ans est jugée cette semaine par , accusée d’avoir étouffé ses jumelles de quatre mois en appuyant sur leur visage avec un doudou.Pour Claire Bourdille, ces morts sont le signe d’un « problème de société majeur. Les infanticides sont principalement le fait de parents ou beaux-parents. Il y a des questions à se poser en France sur l’accompagnement à la parentalité et la détection des violences ».

Pour tenter de comprendre ce qui explique ces violences, nous avons contacté Barbara Tisseron. Médecin légiste et pédiatre dans une unité d’accueil des enfants en danger (UAPED) au CHU d’Orléans, elle est experte des violences faites aux enfants depuis plusieurs années. L’UAPED d’Orléans est l’une des plus anciennes unités spécialisées dans le soin et l’écoute des enfants victimes de violences (il en existe une centaine en France aujourd’hui). Ce service prend en charge des nourrissons comme des adolescents de 18 ans du Loiret, le plus souvent en attente d’un placement en famille d’accueil, mis sous la protection de la justice. Pour Barbara Tisseron, le phénomène des violences faites aux enfants est sous-estimé, « comme si c’était un déni », dit-elle. « Pour en avoir parlé un jour avec une magistrate qui avait assisté à un procès d’assises concernant le meurtre d’un petit nourrisson de trois mois. Le constat que nous dressions était que les nourrissons de trois mois ont peu vécu, ils n’ont pas une histoire de vie qu’on va raconter. Et finalement, c’est un peu comme si [ce nourrisson] n’avait pas existé. C’est plus compliqué peut-être pour tout le monde de se représenter ces violences ».En 2024, 1250  enfants et adolescents ont été accueillis par le service de Barbara Tisseron. C’était déjà plus que l’année précédente, mais ce chiffre est déjà atteint à la mi-novembre. « Une augmentation inquiétante » pour la pédiatre qui explique : « Bien sûr qu’il y a la prévention, la libération de la parole des enfants et la formation des professionnels qui fait qu’ils peuvent signaler davantage, mais les conditions socioéconomiques que connaît notre pays sur le plan national, mais aussi les conditions à l’international : toutes les inquiétudes qu’on peut connaître font augmenter les violences. Ce qu’on entend dans les médias, nous, on le voit au quotidien, ça se répercute de façon extrêmement importante sur les enfants ». illustration agrandir l'image
Les numéros gratuits pour l’enfance en danger. © Radio France