« Mes enfants et mes parents en étaient meurtris » : les élus de la Manche face à la violence des réseaux sociaux

, « Mes enfants et mes parents en étaient meurtris » : les élus de la Manche face à la violence des réseaux sociaux

Le tag de menaces de mort qui a visé l’ancien maire de Cherbourg-en-Cotentin Benoit Arrivé a indigné les élus de la Manche qui dénoncent une violence de plus en plus décomplexée, notamment sur les réseaux sociaux.

« Butez-le ». continue d’indigner les élus locaux de tout bord. Une indignation, mais pas forcément une surprise pour les acteurs de la vie politique manchoise, confrontés, comme ailleurs en France, à de plus en plus de messages haineux, particulièrement sur les réseaux sociaux.« Tocqueville disait que les habitants du Cotentin sont violemment modérés, mais ils ne sont plus si modérés que ça ». Arnaud Catherine, candidat sur la liste de Benoit Arrivé, se dit bouleversé par ces menaces de mort qui concluent une campagne tendue à Cherbourg-en-Cotentin. « Durant la campagne, surtout vers la fin, sur les réseaux sociaux, on sentait qu’il y avait une forte tension sur les élus, quels qu’ils soient d’ailleurs. Mais je n’imaginais pas que ça allait se traduire dans la rue ».

La violence des réseaux sociaux, souvent pointée du doigt par les élus, Arnaud Catherine en a déjà fait les frais. Adjoint aux mobilités à Cherbourg-en-Cotentin lors du dernier mandat et vice-président de l’Agglomération, il s’est retrouvé en première ligne lors du chantier du Bus Nouvelle Génération.« Je lisais les réseaux sociaux, ce qui se disait sur mon compte. Moi, j’étais en mesure de prendre du recul. Mais tout le monde n’est pas en mesure de prendre du recul quand on se fait harceler. Parce que c’est bien de ça dont il s’agit. C’est du harcèlement sur les réseaux sociaux, et il faut pouvoir le vivre. Derrière les élus, il y a des femmes, il y a des hommes, des enfants avec des parents, avec une famille, des amis. Et qu’il s’agisse de mes parents, de mes enfants, eux, ils en étaient profondément meurtris », témoigne Arnaud Catherine.Une nouvelle majorité s’installe dans la plus grande ville de la Manche, bien consciente qu’elle s’expose à son tour à la violence des réseaux. « En fonction des décisions qu’on prendra, potentiellement, il pourra y avoir des personnes qui ne seront pas satisfaites. J’espère qu’on n’en arrivera pas au point de menace de mort ou autre, comme ont pu être la cible certains élus, notamment le maire sortant. Mais ça alerte, forcément », observe Antoine Jean, premier adjoint au maire de Cherbourg-en-Cotentin.

Cherbourg-en-Cotentin n’est pas un cas isolé. Lors des dernières éléctions municipales, des limites ont été franchies un peu partout dans le département, constate Charly Varin, le président de l’Association des maires de la Manche. « Il y a eu des points chauds avec des équipes municipales ou des candidats qui y ont fait une campagne un peu dure et qui, du coup, ont généré des réactions sur les réseaux et des agressions verbales. On n’est pas sur des agressions physiques, mais des agressions verbales envers des candidats ou des élus locaux. »Selon l’Association des maires de la Manche, les violences verbales et parfois physiques contre les élus sont en hausse depuis 2022 dans le département. Pour aider les nouveaux maires à faire face à des situations de tension, l’association proposera dans les prochaines semaines aux nouveaux élus des modules de formation, avec la gendarmerie.