« J’ai craqué » : un maire filmé en train de donner un coup de tête à un agriculteur condamné par la justice

l’essentiel Pris en flagrant délit par la caméra d’un magasin, le maire d’une commune du Gers a dû reconnaître avoir donné un coup de tête à un agriculteur tarn-et-garonnais. Ce responsable de la chambre d’agriculture locale a été condamné devant le tribunal judiciaire de Montauban, jeudi 9 octobre 2025. Il invoquait un différend ancien et « un moment de tension ».

Carrure de seconde ligne de rugby, costume noir impeccable : Christian Cardona, maire de Mauroux (Gers), comparait devant le tribunal de police de Montauban, jeudi 9 octobre 2025.

L’élu de 56 ans, également président du comité directeur de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), est poursuivi pour des violences commises le 16 avril 2025 dans un magasin agricole de Balignac (Tarn-et-Garonne). Mais l’élu gersois ne semble pas du genre à s’excuser.

« Je n’ai pas réussi à me contrôler »

À la barre, l’ex-président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricole du Gers (FDSEA 32), originaire de Castelsarrasin, cherche plutôt à s’expliquer. « Mon fils était hospitalisé après un accident d’escalade et, par ailleurs, je suis maire, président à la chambre d’agriculture… Je fais l’objet d’attaques régulières. Ce n’était pas une période facile, je n’ai pas réussi à me contrôler », confie-t-il, d’une voix posée.

À gauche, le maire de Mauroux approche sa tête contre l’agriculteur
À gauche, le maire de Mauroux approche sa tête contre l’agriculteur Capture vidéosurveillance

Des aveux arrachés avec difficulté, rappelle la présidente Emmanuelle Yvert : « Après cette altercation, vous aviez tout de même déposé plainte contre la victime, en affirmant avoir été agressé », souligne la magistrate.

Il aura fallu les témoignages des gérants du magasin, mais surtout les images de vidéosurveillance — particulièrement éloquentes — pour que le maire finisse par admettre les faits : un coup de tête et une violente bousculade contre Laurent Dirat, agriculteur et adjoint au maire de Gramont (Tarn-et-Garonne).

« Il m’a tenu la main et a rapproché son visage du mien… À ce moment-là, j’ai craqué », tente d’expliquer le prévenu, évoquant un vieux différend foncier avec le plaignant. « Cela date de 2017, il n’a jamais accepté la validation des ventes de terres », ajoute-t-il.

« J’ai eu beaucoup de chance »

Face à lui, la victime, un jour d’incapacité totale de travail (ITT), raconte un tout autre scénario. « Je conteste l’avoir insulté. Au contraire, j’ai essayé d’être pédagogue, de lui demander d’arrêter de m’intimider à chaque fois qu’il me saluait », témoigne Laurent Dirat.

« J’ai eu beaucoup de chance : quand il m’a projeté contre un rayonnage d’outils, je suis passé entre deux piques. » Nez en sang, hématome à l’œil, il garde un souvenir amer de la scène.

« Lorsqu’il n’a pas d’argument, il devient violent », dénonce Me Nathalie Berthier, avocate de la partie civile, qui fustige « la minimisation constante » des faits par l’élu.

« Ce n’est pas ce qui s’est passé : la vidéo le prouve ! », tonne la juriste montalbanaise. Elle réclame 1 000 euros de dommages et intérêts, que son client souhaite reverser à deux associations — l’une luttant contre les violences faites aux femmes, l’autre pour la défense des personnes LGBT.

« Un passage à l’acte indigne d’un élu »

La substitut du procureur, Lisa Kratz, enfonce le clou : « Un tel passage à l’acte est indigne d’un élu de la République ! On peut tout entendre mais rien ne justifie ces violences », martèle-t-elle, rappelant le devoir d’exemplarité du prévenu.

La défense, elle, tente de retourner la scène. « Il s’est fait traiter de vaurien par M. Dirat », avance Me Sandra Vazquez, qui compare l’incident à « l’affaire Zinedine Zidane » de la finale 2006.

« Mon client a perdu son sang-froid, mais c’est M. Dirat qui va vers lui et lui retient la main. L’échange n’a pas dû être cordial », plaide-t-elle, cherchant à accréditer la thèse d’une provocation. Une version que le tribunal balaie sans hésiter.

Le jugement tombe : Christian Cardona est condamné conformément aux réquisitions à 1 000 euros d’amende, dont 500 euros avec sursis, 400 euros de dommages et intérêts et 600 euros de frais d’avocat. Ce dernier a 10 jours pour faire appel de cette décision.

Rappelons que toute personne suspectée ou poursuivie pour un délit est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie et que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.

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