Gironde : à Lège-Cap-Ferret, les élus s’affrontent et la majorité s’effrite autour de l’éviction du premier adjoint

Il est bien rare que la salle du conseil municipal de Lège-Cap-Ferret attire les foules. Jeudi 25 septembre au soir, elle était pourtant pleine. Plus une chaise de libre pour assister à la chute du premier adjoint Thierry Sanz, accusé d’avoir confirmé en bureau son ralliement à l’éventuelle candidature du conseiller municipal de la majorité, Thomas Sammarcelli, au lieu de celle du maire Philippe de Gonneville qui se représente. Le vote pour retirer à Thierry Sanz son poste d’adjoint était annoncé et inévitable. Car, le 12 août dernier, le maire lui avait déjà enlevé, en raison d’une « perte de confiance », ses délégations et signatures, le lendemain d’une réunion houleuse entre élus en bureau le 11 août.

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« Choqué et blessé »

Il restait à savoir comment ce vote allait se dérouler ? Le maire a tout de suite annoncé à l’assemblée que cela se ferait à bulletins secrets. Mais avant ce scrutin, dont l’issue ne faisait guère de doute, chacun pouvait prendre la parole. Thierry Sanz, face à un public qui lui était largement acquis, a annoncé vouloir dire « sa vérité ». Il s’est déclaré « choqué et blessé par cette procédure incompréhensible et injuste, mettant à bas douze ans de services et de dévouement auprès d’une population dont mon principal souci était l’intérêt général, me reprochant une amitié jamais dissimulée pour la famille Sammarcelli ». Il a confié « apprécier cette tâche de premier adjoint », tout en constatant avoir « souvent été mis à l’écart en quelques mois ». Il s’est également dit « attristé du silence de quelques élus », « déçu et trompé par la personnalité du maire », alors qu’il « a toujours voté les décisions malgré, des divergences exprimées en réunion ». Il a évoqué « une manœuvre peu transparente et peu glorieuse pour mon éviction, – un calcul plus personnel que voué à l’intérêt collectif ». Et a eu droit aux applaudissements d’une bonne partie de la salle.

Thomas Sammarcelli a dénoncé un « délit d’opinion avec injonction de soumission ».
Thomas Sammarcelli a dénoncé un « délit d’opinion avec injonction de soumission ».

P. B.

Une salle du conseil était pleine pour l’occasion.
Une salle du conseil était pleine pour l’occasion.

P. B.

« En ce funeste 11 août au soir, un homme de 71 ans a été convoqué, invectivé, insulté et condamné par un gang pour délit d’opinion »

Thomas Sammarcelli lui a emboîté le pas en parlant d’un « délit d’opinion avec injonction de soumission ». « En ce funeste 11 août au soir, un homme de 71 ans a été convoqué, invectivé, insulté et condamné par un gang pour délit d’opinion. […] Un vote à bulletin secret devrait avaliser ce simulacre ? Au mieux vous obtiendrez une victoire à la Pyrrhus, un succès qui ressemble déjà à une défaite. […] Au nom de certaines familles de cette presqu’île qui portent des valeurs de respect et qui ont voté aux élections pour toi, Philippe et en particulier les Sammarcelli, je me dois de condamner cette violence orchestrée à ton seul profit », a-t-il notamment ajouté, évoquant une « triste fin de mandat ». Tous deux ont reçu l’appui d’une autre conseillère municipale de la majorité, Laëtitia Guignard, pour qui Thierry Sanz « n’a commis aucune faute dans l’exercice de ses fonctions ».

Alain Bordeloup a été le plus incisif, rappelant qu’il s’agit « d’un acte de déloyauté ».
Alain Bordeloup a été le plus incisif, rappelant qu’il s’agit « d’un acte de déloyauté ».

P. B.

Voilà trois conseillers de la majorité de Philippe de Gonneville qui s’en écartent donc publiquement et politiquement. C’est pourquoi l’opposant Fabrice Pastor s’est demandé s’il y a « encore une majorité municipale ». L’autre opposante, Anny Bey, a annoncé pour son groupe une « non participation au vote », ajoutant : « Les habitants ne nous ont pas élus pour assister à ces querelles internes. »

19 conseillers ont voté pour l’éviction de Thierry Sanz.
19 conseillers ont voté pour l’éviction de Thierry Sanz.

P. B.

« Trahison »

Place ensuite aux prises de paroles des adjoints et conseillers de la majorité, en soutien à la décision du maire. Luc Arsonneaud a reproché à Thierry Sanz « un manque d’honnêteté, mais ni son travail ou son investissement ». Gabriel Marly a souligné qu’un premier adjoint « doit rester fidèle et loyal au maire jusqu’au bout du mandat ou démissionner ». Quant à Alain Bordeloup, il a été le plus incisif, rappelant qu’il s’agit « d’un acte de déloyauté entraînant une perte de confiance qui s’appelle une trahison », qui aurait dû entraîner « une démission ». Il a aussi évoqué cette fameuse réunion du 11 août en bureau « qui n’avait rien d’un lynchage » : « Thierry Sanz y a déclaré qu’il soutiendrait Thomas Sammarcelli sauf si le maire s’engageait à le reprendre comme premier adjoint. » Témoignage également repris par Luc Arsonneaud et Gabriel Marly, mais que Thierry Sanz a vivement contesté en déclarant notamment : « C’est n’importe quoi ! ». Quant à Philippe de Gonneville, il n’a pas souhaité commenter, ni répondre aux critiques, se contentant de « la perte de confiance entraînant un dysfonctionnement de la bonne marche la commune ».

Après ces échanges, il restait à voter. 19 conseillers ont voté pour l’éviction de Thierry Sanz, six contre et deux n’ont pas participé au vote. La majorité s’est donc sérieusement effritée après cette éviction du premier adjoint, mais reste importante. Quant à Thomas Sammarcelli, de nouveau sollicité par « Sud Ouest », il n’a pas souhaité dire s’il est ou non candidat aux municipales. Thierry Sanz est remplacé par Blandine Caulier Diaz. Et il a « félicité » celle qui lui succède au poste de premier adjoint.

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