Visite d’Emmanuel Macron à La Réunion : les élus déplorent l’absence de réponses aux préoccupations de la population

, Visite d’Emmanuel Macron à La Réunion : les élus déplorent l’absence de réponses aux préoccupations de la population

Le chef de l’Etat quitte La Réunion ce mercredi matin, direction le sommet de la COI à Madagascar. Sa visite-éclair d’une journée sur le département est loin d’avoir convaincu les élus réunionnais, qui en attendaient plus du gouvernement, dans un contexte post-Garance et d’épidémie de chikungunya.

Voilà pour la visite-éclair du président de la République à La Réunion : une dizaine d’heures de rencontres et d’échanges, uniquement dans le nord et l’est de l’île, et sur des thèmes bien ciblés (le chikungunya, l’agriculture, le développement de l’économie). Emmanuel Macron repart ce mercredi matin, afin de rejoindre Madagascar où il est attendu pour le sommet de la Commission de l’océan Indien

Alors que le chef de l’Etat achevait sa journée réunionnaise à la préfecture avec une remise de décorations, certains élus péi tiraient déjà un bilan peu flatteur de cette visite sur le département, la deuxième d’Emmanuel Macron depuis son élection, mais la première de son mandat actuel. 

Il faut dire que le président n’est pas venu les poches pleines d’annonces fracassantes, alors qu’il était attendu de pied ferme sur un territoire en crise après les ravages du cyclone Garance fin février, et qui doit aujourd’hui faire face à une épidémie importante de chikungunya (près de 120 000 cas selon les estimations)

Dès mardi midi, le sénateur Stéphane Fouassin jugeait ce « passage en coup de vent » décevant. « Une journée ce n’est pas suffisant pour rencontrer tout le monde« , soulignait-il sur le plateau du JT de Réunion La 1ère, tout en reconnaissant que le contexte international, avec le décès du pape François notamment, n’aidait pas à désencombrer l’agenda présidentiel. Si bien qu’Emmanuel Macron a annoncé le report de son déplacement à Maurice à une date ultérieure

Stéphane Fouassin était l’invité du JT de Réunion La 1ère : 

Invité plateau Stéphane Fouassin

Le député Jean-Hugues Ratenon lui, a tout bonnement décidé de boycotter cette visite d’Emmanuel Macron à La Réunion. « C’est un acte politique, un acte de résistance, et une façon aussi de faire entendre sa voix, et toutes les problématiques posées sur la table » avait-il commenté lors de la Matinale de Réunion La 1ère mardi. 

Son collègue le député Frédéric Maillot en a fait de même : s’il a été aux côtés des agriculteurs à Bois Rouge en début de journée mardi, il a soigneusement évité toutes les séquences où était présent Emmanuel Macron. 

C’est la politique menée par Emmanuel Macron et son gouvernement qui est un boycot de l’outre-mer et des Réunionnais, fait remarquer le député. S’expliquant : 

« A chaque fois que la loi lé fabriquée, nou lé toujours en périphérie des décisions, en périphérie des grandes politiques nationales » 

Frédéric Maillot, député

Le député de la 6ème circonscription a d’ailleurs sa petite idée des raisons qui ont motivé le président de la République à cette visite de plusieurs jours dans l’océan Indien. 

« Mi pense que ce qu’il faut comprendre entre les lignes de cette visite-là, entre les lignes, c’est « nou lé présent dans l’océan Indien », à l’heure de la guerre économique entre les deux puissances que sont la Chine et les Etats-Unis, à l’heure de la guerre physique sur le territoire européen« , assène Frédéric Maillot.

Il accuse la France de se glorifier d’être une grande puissance maritime, et de se vanter de sa riche biodiversité, toutes deux permises par ses territoires ultra-marins, sans prendre en considération les besoins de leur population.

« Si nou lé des points stratégiques importants, faut regarde aussi l’aspect économique et social derrière. Ni Macron ni son gouvernement ne répondent favorablement aux attentes sociales et économiques, zot i répon’ seulement aux attentes d’économie de guerre et de positionnement géopolitique » fustige le député Maillot. 

« La France à travers Emmanuel Macron, l’Europe, à travers Emmanuel Macron, viennent réaffirmer leur présence militaire dans l’océan Indien et les petits problèmes réunionnais i passe après. Mi pense que c’est ça l’objet premier de cette visite »

Frédéric Maillot, député

Parmi les problèmes des Réunionnais justement, il y a cette épidémie de chikungunya qui sévit actuellement sur l’île. A ce propos, Frédéric Maillot regrette le « manque d’anticipation et de prévention auprès de la population« , et surtout l’absence d’écoute des élus locaux. « Nou koné déjà chikungunya, parce qu’en 2005, nout band’ lété déjà mort du chikungunya. (…) Té fallait juste écoute a nou et prendre les mesures nécessaires« , reproche-t-il aux autorités. 

Il n’est pas le seul à tenir ce discours. La maire de Saint-Denis Ericka Bareigts le rejoint sur ce point, regrettant elle aussi que les élus réunionnais n’aient pas été suffisamment entendus sur la crise du chikungunya. 

« Ce qu’on demande aujourd’hui, c’est ce qu’il y ait du pouvoir local qui s’exprime, car nous avons la mémoire de ce qu’il s’est passé en 2006, nous avons des propositions à faire. Sauf qu’à chaque fois, ça nous échappe : la gestion de crise n’est pas dans la main de ceux qui sont élus et connaissent le territoire » 

Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis

Plus tôt dans la journée, elle avait plaidé la cause des Missions locales de France, sous le coup d’une baisse de 5,8% de ses financements. Mardi soir, après un court entretien avec le chef de l’Etat, elle disait avoir obtenu la garantie d’Emmanuel Macron du « bon accompagnement » de ces structures d’insertion pour les jeunes de moins de 25 ans. 

Une rencontre qui lui a permis également de remettre au président le « Manifeste pour une Réunion résiliente » rédigé par la « Plateforme réunionnaise« , réunissant le PS Réunion, le PCR, EELVR, Banian, Ansanm, et Place Publique. 

Le texte évoque « des sujets graves, primordiaux« , rapporte Ericka Bareigts. De la protection de l’environnement, aux défis de la mobilité, en passant par la continuité aérienne, ou le logement. 

L’édile du chef-lieu faisait partie des seulement quatre élus conviés à la préfecture en fin de journée pour un échange avec le président de la République. Avec elle, le président du conseil départemental Cyrille Melchior, la présidente du conseil régional Huguette Bello, et le président de l’Association des maires de La Réunion Serge Hoareau. 

Pour Emmanuel Séraphin, le maire de Saint-Paul et secrétaire général du PLR, c’est bien simple : en ne conviant que certains, Emmanuel Macron a « contourné les élus« , leur affichant non moins que du mépris.

Non seulement les annonces ne sont pas là, mais de nombreux sujets manquent aussi à l’appel, dénonce-t-il. « Cette visite est presque choquante, on ne prend pas les problèmes à bras le corps« , peste Emmanuel Séraphin.

« On est un peu en colère de cette visite qui n’apporte rien et qui n’aborde pas les vrais problèmes. Qu’en est-il de la question des logements ? On a eu un cyclone, quelles sont les solutions ? On n’a pas vu la couleur d’un euro »

Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul et secrétaire général du PLR

L’édile saint-paulois regrette que plusieurs visites ministérielles aient eu lieu pour préparer celle présidentielle, mais que le résultat ne soit pas au rendez-vous. Rien sur le logement, rien sur le tourisme. « Hélas, la montagne a accouché d’une souris. En gros, ensorte a zot, et demain, le président ne sera plus là« , souffle Emmanuel Séraphin. 

Le maire de Saint-Paul souligne par ailleurs l’absence de séquence présidentielle dans l’Ouest, « capitale économique » de l’île, où se concentre une bonne part du tourisme, secteur impacté par la crise du chikungunya.

« Il faut que les Réunionnais s’habituent à ce que l’Etat leur dise « ensorte a zot ». C’est une forme nouvelle de largage ».

Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul et secrétaire général du PLR

Pour sortir de la « situation grave » que l’on vit actuellement, Emmanuel Séraphin entend demander rapidement une réunion de l’association des maires de La Réunion, ainsi que des députés, pour « faire front commun« .

Emmanuel Séraphin était invité sur le plateau de Réunion La 1ère : 

La réaction d’Emmanuel Séraphin suite à cette journée de visite présidentielle

Ce mercredi matin, le député de la 1ère circonscription Philippe Naillet a lui aussi réagi à cette visite sur les ondes de Réunion La 1ère radio. Il parle d’un « voyage-éclair pour rien ». « Le président de la République n’a porté aucun message fort par rapport aux crises que connaît La Réunion, logement, vie chère…« , détaille-t-il. 

S’il reconnaît la nécessité d’aller trouver des leviers dans la zone pour le développement de l’économie réunionnaise ou la souveraineté alimentaire, « il y a aussi la réalité de ce que vivent les Réunionnais, qui ne trouvent pas de logement, d’emploi, qui ont du mal à s’insérer« . 

« Bien sûr qu’il faut la coopération régionale (…), mais il y a la vie concrète des Réunionnais et des Réunionnaises, et là-dessus, il n’y a eu rien de concret »

Philippe Naillet, député

C’est dans un communiqué que la députée Karine Lebon a quant à elle commenté cette visite présidentielle, « aller-retour institutionnel sans contenu, ni cap, ni considération réelle pour les enjeux réunionnais« . 

Au-delà de l’absence de réponses aux attentes de la population sur l’emploi, la vie chère, la jeunesse, la transition écologique et le soutien à l’entrepreneuriat local, Karine Lebon estime que « cette visite s’est déroulée sur fond de renforcement des effectifs militaires des FAZSOI »

« Faut-il comprendre que le gouvernement préfère militariser La Réunion plutôt que la soigner, la former, ou l’écouter ? Cette logique sécuritaire, imposée en silence, est un signal très inquiétant » 

Karine Lebon, députée

Le maire de Saint-André Joé Bédier dénonce pour sa part la visite d’Emmanuel Macron à l’ancien maire de la commune, Jean-Paul Virapoullé, lors de son passage à Saint-André, au lieu de rencontrer la population dans cette région fortement frappée par le cyclone Garance. 

« (…) Ce n’est pas à un ancien élu que l’on devrait s’adresser pour penser l’avenir de La Réunion. Ce sont les exécutifs en place, les élus légitimes, ceux qui portent aujourd’hui les espoirs et les besoins des Réunionnais, qui doivent être associés aux décisions d’envergure. À moins que le mépris des territoires d’outre-mer ne soit plus fort que la République elle-même ? »

Joé Bédier, maire de Saint-André

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

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