Violences contre les élus : l’inquiétante situation en Pologne et en Allemagne

L’attaque du Premier ministre slovaque, gravement blessé par balles le 15 mai, a particulièrement ému la classe politique, notamment en Pologne et en Allemagne, où les violences et les menaces de mort se sont significativement intensifiées. Explications de nos correspondants.

Radio France

Publié le 22/05/2024 16:58 Mis à jour le 22/05/2024 17:54

Temps de lecture : 5 min

Affiche électorale montrant les principaux candidats du Parti social-démocrate allemand SPD, dont Matthias Ecke, violemment agressé le 3 mai alors qu'il collait des affiches. (JENS SCHLUETER / AFP)

L’attaque contre le Premier ministre slovaque Robert Fico, mercredi 15 mai 2024, a particulièrement inquiété en Pologne où la scène politique est de plus en plus polarisée et violente. Il faut dire qu’après les années au pouvoir du parti d’extrême droite – battu aux dernières législatives de décembre 2023, la violence s’est installée dans les discours.

En Allemagne, le nombre des agressions contre les politiques a fortement augmenté en 2023 et les statistiques sont alarmantes. Au tel point que pour coller des affiches en vue des Européennes, des consignes préconisent de le faire en plein jour et en groupe d’au moins quatre personnes.

En Pologne, des débats de plus en plus polarisés

C’est d’abord l’émotion qui s’est emparée de la Pologne après l’attaque contre le Premier ministre slovaque. Le Premier ministre Donald Tusk s’est rapidement exprimé sur le réseau social X, mais le moment de recueillement a été court. Sur Internet, le chef du gouvernement polonais a vite reçu des menaces de mort, des messages devenus malheureusement courants ces dernières années, alors que le débat politique s’est de plus en plus polarisé. La dernière campagne pour les législatives, qui a vu la victoire du candidat du centre droit en décembre 2023, est d’ailleurs symbolique de cette montée en violence des discours politiques. Les joutes verbales se sont déchaînées sur les réseaux sociaux. Les personnalités politiques des deux camps se sont insultées par tweets interposés, se traitant le plus souvent d’anti-polonais, de pro-russe, ou bien de traîtres à la solde des Allemands.

Un rapport de 30 pages a été publié par une association contre les discours de haine. Antisémitisme, homophobie, xénophobie, déclarations anti-ukrainiennes, les mots peuvent être choquants. Dans un échange avec un journaliste, un des candidats du parti d’extrême droite Konfederacja, Dobromir Sośnierz, s’opposait à l’accueil des réfugiés par l’UE en mer Méditerranée dans ces termes : « Le garde-frontière devrait tirer en l’air pour les faire partir. Mais il faut leur tirer dessus si nécessaire. » Et lorsque le journaliste demande s’il tirerait sur les femmes et les enfants, le candidat répond : « Oui, je tirerais sur les femmes et les enfants aussi. Pourquoi les femmes devraient être exclues ? On parle d’égalité, si une femme enfreint la loi, on doit la traiter comme un homme. »

L’arrivée de Konfederacja sur l’échiquier politique, considéré comme encore plus extrême que le parti Droit et Justice (PiS), a ainsi polarisé un peu plus les discours et les idées. Il faut dire que pendant les 8 ans de gouvernement du PiS, les discours de haine sont peu à peu devenus la norme dans le pays.

Toute cette violence verbale, qui s’est peu à peu banalisée, se transforme parfois en violence physique, comme en 2019. Lors d’un grand concert caritatif de Noël, Paweł Adamowicz, le maire de la grande ville de Gdansk, dans le nord du pays, s’est fait poignarder à mort sur scène. L’assassin a dit avoir tué le maire, car le gouvernement de Donald Tusk, déjà en poste juste avant l’arrivée du PiS au pouvoir, l’avait mis en prison, où il dit avoir été torturé.

En Allemagne, les délits contre les élus ont presque doublé en 2023

En Allemagne, les statistiques officielles publiées mardi 21 mai 2024, ont dénombré 3 700 infractions à l’égard de politiciens en 2023, dont 80 actes de violence. Ce sont 15 agressions de plus en un an, et 1 700 délits de plus qu’en 2022. La violente attaque début mai du député européen Matthias Ecke a profondément choqué en Allemagne. Le social-démocrate a été brutalement agressé alors qu’il posait des affiches pour les élections européennes, par un groupe de quatre jeunes proches de l’extrême droite. Ceux-ci s’en étaient pris quelques heures plus tôt à un candidat Vert.

D’autres cas avaient auparavant également fait couler beaucoup d’encre. Le plan de tentative d’enlèvement du ministre de la Santé, par des opposants à la vaccination, ou encore ce groupe d’agriculteurs et de partisans du parti d’extrême droite AfD, armés de fourches, qui voulaient s’en prendre au ministre Vert de l’Économie à son retour de vacances. Le pays reste aussi marqué par l’assassinat du préfet Lübcke, en 2019, tué par balle chez lui par un néonazi, en raison de la position favorable de l’élu à l’accueil des migrants.

Les délits touchent en masse les élus locaux. Incendies criminels, menaces de mort, croix gammées taguées sur les murs, agressions d’une élue au supermarché, la présidente du Bundestag a vivement dénoncé ces actes devant le Parlement : « Notre démocratie libérale perd lorsque des personnes engagées politiquement se retirent, par peur. Les personnes qui collent des affiches électorales aujourd’hui, ou qui tiennent des stands d’information, sont exposées à la colère et à la haine, parfois jusqu’à l’agression physique. Les élus locaux sont souvent confrontés à des tentatives d’intimidation, pouvant aller jusqu’à des menaces de mort. La conséquence est que certaines communes ne trouvent plus de maire. » La plupart des partis ont donné à leurs supporters de nouvelles consignes pour la campagne des Européennes : coller les affiches de jour, et toujours en groupe d’au moins quatre personnes.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

Source: Source