Elle a hésité à prendre la parole. Premièrement parce que ça brasse toujours de grandes émotions. Deuxièmement parce qu’elle a peur d’être jugée et parce que dans son rôle de mairesse de Saint-Prime, elle est davantage perçue comme une femme qui a confiance en elle que comme une victime.
Celle qui hésitait encore lorsqu’elle a quitté sa résidence mercredi matin a touché le cœur de toutes les personnes assises dans la salle.
Pernicieux et insidieux
Marie-Noëlle Bhérer avait 19 ans lorsqu’elle a rencontré cet homme de dix ans son aîné. Il était déjà père d’un enfant et c’est elle qui s’est mise à en prendre soin. Cet homme qui buvait pratiquement tous les jours l’a tranquillement éloignée de ses amis et de ses proches.
«J’aurais dû comprendre plus rapidement les petites défaillances qu’il avait. J’ai été naïve. En même temps, ma naïveté c’est ma plus belle qualité parce que je me dis toujours que demain sera meilleur.»

Cette relation a duré cinq ans avant qu’elle arrive à cette journée de trop. Marie-Noëlle était alors maman d’une enfant de trois ans et enceinte de huit mois.
«Je me souviens qu’il faisait super beau. C’était à la fin de l’été. Il y avait plein d’amis à la maison…»
Le reste de l’histoire lui parvient encore aujourd’hui comme des flashs.
Il s’en est pris physiquement à son enfant. Elle a réagi et il a lancé un objet vers elle. «C’était la première fois qu’il s’en prenait physiquement à l’un de nous. Il y avait un tournant là. J’avais peur.» Mais elle n’est pas partie cette journée-là.
Sept à neuf fois
Intervenante au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), la travailleuse sociale Catherine Larouche soulignait quelques minutes plus tôt qu’il faut en moyenne sept à neuf ruptures évolutives avant qu’une personne sorte définitivement de ce cycle infernal.
«J’ai tout fait ça. Pendant quatre mois. J’ai recouché avec lui, je pensais revenir et je pensais qu’il changerait.» Marie-Noëlle Bhérer confirme, la gorge nouée par l’émotion, que la rupture a été difficile. «Je n’étais pas consciente de la grosseur de la montagne devant moi et c’est bien correct parce que si ça avait été le cas, je serais restée en bas.»
«Je ne lui ai pas pardonné parce que j’ai le droit d’être en colère. Mais moi j’avance. J’utilise cette colère pour avancer. Il ne me fait plus peur.»
— Marie-Noëlle Bhérer
Banalisation
Comme bien des victimes, elle a souvent tenté de se convaincre qu’elle n’en était pas une. «Je me disais, tant que tu n’as pas de bras cassé, ce n’est pas de la violence conjugale. Je me disais qu’il devait en avoir des pires.»

C’est au point où lorsqu’on l’a amenée à une maison d’hébergement, elle avait l’impression de voler la place à quelqu’un qui en avait vraiment besoin.
Cette banalisation ou méconnaissance est très répandue chez les jeunes, mentionne Nicolas Barrette d’Équijustice qui travaille souvent dans les écoles. «Il faut les amener à parler et discuter avec eux. Bien souvent, c’est de la méconnaissance et de l’insouciance des impacts de leurs gestes.»
Roxanne Hébert de l’organisme Diversité 02 rencontre aussi beaucoup de gens de la communauté LGBT qui banalisent leur situation. «Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup d’outils pour la violence entre femmes ou pour les hommes alors ils ont de la difficulté à se voir. À constater ce qui leur arrive.»
Donner au suivant
L’avocate Marie-Josée Hamelin Gagnon participait aussi à l’échange. Soulignant le courage des victimes, elle a rappelé à quel point le premier contact est important. «Souvent, les gens ont une méconnaissance du système judiciaire et on leur garroche toute cette information. Il faut donc une approche en douceur.»
Une fois remise sur pied, Marie-Noëlle Bhérer a eu envie de redonner à la société, de s’investir. Elle s’est donc mise au bénévolat, puis la vie l’a amenée vers la politique. Aujourd’hui, elle prend soin des 2800 résidents de sa municipalité, Saint-Prime.
Mercredi, elle a choisi de donner un pan de sa vie privée pour prouver qu’il y a toujours du beau après. L’accueil chaleureux lui a prouvé qu’elle a bien fait de ne pas faire demi-tour à Saint-Gédéon parce qu’elle hésitait encore à prendre la parole.
Protéger nos Élus avec CDCL
Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.
Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.
Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.
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