Toulouse. Affaire Samir Hajije : les questions qui se posent après la vraie-fausse agression de l’élu

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L’affaire défraie la chronique depuis ce week-end à Toulouse. L’agression (supposée) de Samir Hajije, un élu de la majorité, lors d’une réunion coorganisée par la CGT à la Bourse du travail, a pris une tout autre tournure au fil des jours. Le point sur cette affaire rocambolesque qui agite la Ville rose à quelques jours d’une séance du conseil municipal qui s’annonce houleuse, jeudi 28 novembre 2024, au Capitole.

# 1. Que sait-on de cette réunion ?

Une altercation impliquant Samir Hajije, conseiller municipal délégué aux bibliothèques à Toulouse, est survenue vendredi soir, à la Bourse du travail, à l’occasion d’un meeting portant sur la « libération du Sahara occidental », coorganisé par la CGT, qui occupe ce local syndical situé place Saint-Sernin. Depuis 1975, le statut de ce territoire, ancienne colonie espagnole, suscite des débats enflammés et oppose le royaume chérifien au Front Polisario, un mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie.

Outre la CGT, parmi les institutions organisatrices de ce rendez-vous, on comptait l’association sahraouie d’Occitanie et Midi-Pyrénées, ainsi que l’association des amis de la République arabe sahraouie démocratique, deux institutions qui dénoncent l’occupation par le Maroc du Sahara occidental.

# 2. Que s’est-il passé avec Samir Hajije ?

C’est le principal point d’achoppement dans cette affaire. Le maire de Toulouse a lui-même vite présenté vendredi soir une version des faits, qu’il détaillait samedi… et qui a été contredite par le parquet dimanche.

Dès vendredi, Jean-Luc Moudenc s’est dit « profondément choqué ». D’après lui, son élu venait d’être « violemment agressé » alors qu’il « souhaitait assister à une conférence hébergée par la CGT ». Son post publié sur les réseaux sociaux a été très viral, suscitant une vague d’indignation sur la scène politique, et de nombreux échos dans la presse. Samedi, le premier magistrat assurait à Actu Toulouse que son élu avait été pris à partie par plusieurs personnes, qui « ont essayé de l’étrangler, puis l’ont tabassé en donnant des coups de pied et des coups de poing ». Le groupe majoritaire Aimer Toulouse a fustigé des « actes de violence » commis « sous le patronage de l’extrême gauche ».

Mais le dimanche, le parquet a révélé une tout autre version. Il a indiqué avoir « classé sans suite » la plainte déposée par Samir Hajije, s’appuyant sur l’exploitation de vidéos des témoins de la scène, remises à la police : « Elles ont montré qu’il n’y avait pas eu de coups portés sur cet élu. Il a été simplement repoussé à l’extérieur de la salle de conférences. Il y a eu une chute de l’agent de sécurité et de l’élu ».

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# 3. Pourquoi l’élu a-t-il assisté à cette réunion ?

Pourquoi Samir Hajije s’est-il invité à cette réunion en soutien à la position de l’Algérie dans ce conflit ? L’élu, qui « est franco-marocain », aurait, d’après Jean-Luc Moudenc, décidé « au dernier moment » d’assister à cette réunion « sur le Sahara Occidental organisée par la CGT uniquement avec le point de vue de ceux qui contestent la souveraineté du Maroc ». Selon le maire, « il ne savait pas qu’il y avait cette réunion. Il faisait son jogging avec deux amis quand il a vu l’affiche. Le thème l’a interpellé ».

Revenant « avec recul » sur « l’agression (sic) dont j’ai été victime », Samir Hajije a enfin donné sa version des faits lundi 25 novembre en soirée. Il assure simplement que sa présence était « totalement légale, s’agissant d’un événement ouvert au public ».

# 4. Samir Hajije était-il reconnu… et le bienvenu ?

Si Jean-Luc Moudenc estimait samedi que « la CGT n’accepte pas la contradiction [sur les sujets abordés dans ses meetings », Cédric Caubère, secrétaire général du syndicat dans le département, défend l’inverse : « On a laissé rentrer M. Hajije, accompagné d’autres personnes. On savait qu’ils s’inscrivaient dans l’opposition de la position dominante du débat, preuve qu’il s’agissait d’un vrai débat public ».

Le patron local de la CGT a ajouté que l’élu et les autres personnes avec lui seraient sortis de la salle. « À ce moment-là, vu les comportements qu’il y avait – ça passait des coups de téléphone, comme si on appelait du renfort – on a demandé qu’ils ne puissent plus rentrer à nouveau. Au moment où l’on fermait la porte, ils s’y sont opposés. Ils ont poussé les camarades qui étaient là pour s’interposer. M. Hajije a fini par passer. Il y a eu une bousculade. Il a été attrapé, reconduit à la porte. Mais il n’y a eu aucun coup porté, aucun étranglement ».

« En ce qui me concerne », souffle de son côté Samir Hajije, « je n’ai jamais cherché à provoquer ou perturber les débats ».

Je me suis toujours refusé à toute forme de violence dans mon comportement, ce qui n’a pas été le cas de mes contradicteurs.

Samir Hajije Conseiller municipal délégué de Toulouse

# 5. Que disent les vidéos et y a-t-il eu « agression » ?

Lundi soir, Samir Hajije a publié sur les réseaux sociaux des séquences partielles de la fameuse vidéo de la scène, celle-là même qu’il a remise à la police. Des images sur lesquelles on le voit chuter à terre après une altercation, et peiner visiblement à se relever, mais sur lesquelles on ne décèle aucun coup. Reste qu’à ses yeux, ces images « illustrent bien que je demeure la victime ».

Il n’en demeure pas moins que l’ITT de deux jours qui m’a été prescrite est aussi une preuve confirmant la gravité de l’agression.

Samir Hajije

« Eu égard à la gravité de ce qu’il s’est passé », l’élu dit regretter « un certain manque de considération » par la justice, après le classement sans suite de cette affaire.

En conférence de presse, ce mardi, l’opposition a commenté l’affaire. « Les vidéos diffusées par l’intéressé ne montrent strictement rien, hormis un élu qui tombe par terre », raille Maxime Le Texier, coprésident du groupe AMC, qui n’y voit qu’une « manipulation orchestrée » pour déstabiliser la CGT.

Quelques heures plus tard, Pierre Esplugas-Labatut, porte-parole du groupe Aimer Toulouse, s’est à l’inverse étonné que le parquet ait « classé aussi vite la plainte au vu des vidéos que j’ai pu voir, qui montrent incontestablement que Samir a été agressé et violenté ».

# 6. Le maire, son élu et sa majorité se sont-ils emballés ?

Contacté par Actu Toulouse pour réagir aux révélations du parquet, Jean-Luc Moudenc se refuse à revenir sur cette affaire. « Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter de plus dans ce dossier », soutient le maire, évoquant « les deux versions en présence ».

Samir Hajije assume, entre les lignes, avoir grossi le trait sur les faits survenus à la Bourse du travail : « Cette altercation, par sa soudaineté et sa violence, a été psychologiquement traumatisante, au point, je le reconnais, que certains qualificatifs employés dans mon témoignage soient aujourd’hui contestés, minorés, ou ignorés ».

Sans surprise, la gauche a fait ses choux gras de l’affaire. Probable rival de Jean-Luc Moudenc dans la course au Capitole en 2026, le député (LFI) François Piquemal l’accuse d’avoir délibérément « menti », en envoyant « une nouvelle fois un proche […] bordéliser une réunion publique ». S’offusquant des « contrevérités multiples de l’élu », Maxime Le Texier estime que « c’est irresponsable de sa part, et de la part du maire ».

Jean-Luc Moudenc a vite communiqué sur ses réseaux sociaux, en reportant ces allégations, utilisant le mot « tabassé » pour tordre la vérité et créer un amalgame sur une organisation syndicale qu’il souhaite tout simplement évincer de la Bourse du travail.

Maxime Le Texier Coprésident du groupe AMC à Toulouse

La majorité s’est-elle emballée en condamnant ces actes, sans s’assurer de leur véracité ? « Oui, on a été vite », assume ce mardi Nicolas Misiak, président du groupe Aimer Toulouse. « On est un collectif, on se soutient et on se fait confiance. Mais « Nous ne regrettons pas d’être intervenus car il y a eu agression. Samir Hajije a été choqué. Il n’empêche qu’il s’est vu refuser d’un lieu public et qu’il a été violenté physiquement ».

# 7. La mairie cherche-t-elle à récupérer la Bourse du travail ?

La mairie veut-elle bouter la CGT hors de son fief ? « La multiplication de ces agissements à la Bourse du travail — je n’ai pas oublié la manière dont une autre de mes collègues, Nicole Yardeni, s’était vue interdite de parler au même endroit l’an dernier — nous indigne autant qu’il nous interroge », a lancé vendredi Jean-Luc Moudenc : « Un tel lieu ne peut devenir le fonds de commerce de l’intolérance et de la sauvagerie ». Son groupe a vite renchéri : « La Bourse du travail n’a pas vocation à devenir la succursale des combats idéologiques de l’extrême gauche ».

« Il y a une réunion publique par semaine à la Bourse du travail. Il n’y a pas de problème de sécurité, personne ne se fait molester », rétorque Cédric Caubère. « On n’entend jamais parler d’aucun problème, sauf quand il y a dans l’histoire un élu municipal. On en déduit ce que l’on veut… ».

Pour Caroline Honvault, co-présidente du groupe AMC, « ces caricatures » prouvent que « le maire veut probablement expulser la CGT de la Bourse du travail ». Le syndicat occupe le lieu depuis 1895 et son inauguration par un certain Jean-Jaurès, alors conseiller municipal à l’instruction publique. « Même pendant l’occupation ils étaient là », rappelle Maxime Le Texier.

On demande à Jean-Luc Moudenc de clarifier ses intentions sur la Bourse du travail. Que veut-il en faire ? Notre conviction, c’est que ça représente un bâti intéressant en plein centre de Toulouse…

Maxime Le Texier

Questionné par Actu Toulouse, le groupe majoritaire indique que le devenir du lieu « relève de la décision du maire ». Mais son porte-parole, Pierre Esplugas-Labatut, ne s’en cache pas : « À titre personnel, j’estime que lorsqu’une institution ne respecte pas les lois de la République, la question peut se poser. C’est à Jean-Luc Moudenc de trancher ».

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# 8. Pourquoi une réunion sur le Sahara Occidental à la Bourse du travail ?

Rappelant une autre altercation survenue en mai 2023 à la Bourse du travail, avec l’adjointe au maire Nicole Yardeni, ex-présidente du CRIF, lors d’une conférence pour la « liberté de la Palestine », Jean-Luc Moudenc explique avoir interrogé la CGT « sur toutes les activités qui sont développées dans ce lieu municipal ». Des demandes formulées par courrier depuis deux ans et restées sans réponse.

« Ce sont des courriers qui demandent que la mairie ait un droit de regard sur les réunions que l’on tient à la Bourse [du travail, NDLR]. La CGT y est depuis 1895. Nous y tenons des réunions dans un cadre légal », rétorque Cédric Caubère. Et si le maire avait pointé « une dérive » dans les activités de la CGT, son secrétaire départemental l’affirme : « Nous faisons du syndicalisme, en entreprise et en dehors aussi ».

« Ce syndicat sort de sa raison d’être qui est la défense des intérêts professionnels », avance Pierre Esplugas-Labatut.

Quand la CGT sort de son cadre, si ce n’est pas pénalement répréhensible, cela pose un problème moral, et cela devient problématique dès lors que l’on s’en prend aux élus de la République.

Pierre Esplugas-Labatut Porte-parole du groupe Aimer Toulouse

« Pourquoi cibler systématiquement la CGT ? » s’interroge de son côté Maxime Le Texier. À ses yeux, ces débats qui dépassent le monde du travail sont bien « dans la raison d’être de la CGT, qui porte les droits des travailleurs, mais défend aussi ceux de tous les opprimés ». Caroline Honvault appelle à respecter « la liberté d’expression des contrepouvoirs ».

# 9. Peut-il y avoir des suites politiques et lesquelles ?

Dénonçant « une manipulation des réseaux sociaux à des fins électoralistes », le groupe AMC demande « à Jean-Luc Moudenc et sa majorité de retirer leurs propos ». Maxime Le Texier invite aussi le maire de Toulouse à… quitter le réseau social X, ex-twitter, tombé aux mains d’Elon Musk, futur ministre de Donald Trump. Considérant que d’une part, le maire de Toulouse « utilise les réseaux sociaux à son pire potentiel », et que d’autre part, la plateforme devient « un lieu de propagation des idées d’extrême droite », il avance : « Nous lui proposons de se retirer du réseau X, comme l’a fait Archipel Citoyen ».

Quant à Samir Hajije, alors que certaines voix réclamaient qu’il soit mis au ban de l’équipe Moudenc après cette affaire, pour la majorité, il n’y a pas lieu de le sanctionner, mais plutôt de s’interroger sur les faits répétés qui visent ses élus : « En quelques mois, c’est la troisième fois » qu’il y a de tels incidents avec des membres de son groupe et « la deuxième dans le même lieu. La CGT 31 a un problème avec les gens qui ne pensent pas comme elle, et doit s’expliquer ».

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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

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