Sandrine Josso : « Je veux participer à une réparation collective

Sandrine Josso a un animal totem : la panthère. Ce 14 novembre 2023 au soir, lorsqu’elle parvient à s’échapper du domicile de son collègue sénateur Joël Guerriau à Paris pour s’engouffrer dans un taxi, c’est comme si elle s’était soudain transformée en félin, narre-t-elle. Ressentant une sorte de puissant réflexe primaire, du fond des tripes, lui permettant de s’extirper de la menace de son prédateur, qui la poursuivait.

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Bien sûr, elle se trouve alors dans un état second, qui démultiplie cette sensation. Son histoire est tristement connue. À l’hôpital Lariboisière (Paris, 10e) où elle passera la nuit, on lui détecte un taux très élevé d’ecstasy dans le sang. L’élue, députée de Loire-Atlantique depuis 2017, accuse son collègue et ami sénateur Joël Guerriau, issu du même territoire, de l’avoir droguée à son insu dans le but de l’agresser sexuellement. Elle a immédiatement porté plainte.

Guerriau refuse de démissionner du Sénat

Placé sous contrôle judiciaire, Guerriau est depuis mis en examen pour « administration d’une substance » afin de commettre un « viol ou une agression sexuelle », mais clame son innocence. La rédaction de Complément d’enquête a récemment révélé que le parlementaire avait effectué de troublantes recherches Internet dans son téléphone le mois précédant les faits, tapant notamment les termes « drogue » et « viol », mettant à mal sa défense.

En retrait de ses fonctions à la demande du président de la Chambre haute Gérard Larcher, l’élu ne siège plus mais refuse de démissionner. Il continue donc de percevoir ses indemnités de sénateur. Le parti d’Édouard Philippe, Horizons, dont il est membre, l’a suspendu.

Ce mercredi 6 novembre, Sandrine Josso a rendez-vous avec son présumé agresseur. Un an après les faits, les deux parlementaires sont convoqués dans le bureau des juges d’instruction chargés de l’affaire. Une confrontation que redoute cette diététicienne nutritionniste de formation, qui s’est engagée en politique au moment des municipales en 2014, puis en 2016 en militant pour Emmanuel Macron. Marquée par ce qu’elle a subi, elle prépare minutieusement cette épreuve. Avec son avocate, son psy… et par beaucoup de séances de yoga.

Le procès Mazan « va faire bouger les lignes »

Sollicitée par Le Point, elle parle, raconte, témoigne. Sans s’arrêter. Un flot de paroles ininterrompu, comme une libération cathartique. « Voilà, c’est mon histoire. Ma vie, depuis, est un gros bordel. » Les frais d’avocat, son fils suivi par un psy, sa fille angoissée… Elle en oublie de commander une boisson, on intercepte un serveur à sa place. « On m’a épargnée, maintenant je dois me battre. Mon combat est plus grand que moi. C’est un combat pour les milliers de victimes », nous dit-elle, débit mitraillette mais voix douce. À LIRE AUSSI Procès des viols de Mazan : « J’ai été con, c’est sûr ! Même moi, je m’en veux tous les jours » Les médecins qui l’ont suivie lui ont fait prendre conscience de la réalité d’un fléau encore sous-estimé, mis en lumière par ce qui lui est arrivé et la médiatisation retentissante de l’affaire Mazan. « Faut vous réveiller, madame. La soumission chimique, ça arrive tous les jours. » Sandrine Josso a rencontré Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot, et a rejoint son association M’endors pas comme marraine et porte-parole. Un procès tentaculaire « qui va faire bouger les lignes », espère-t-elle. Sandrine Josso a reçu des milliers de témoignages, rencontré des victimes. Dans 80 % des cas, la soumission chimique a lieu dans la sphère amicale et familiale.

Sensibilisé à la cause par ses sœurs, Gabriel Attal lui confie une mission gouvernementale en avril dernier. Michel Barnier vient de la reconduire, pour six mois. Sandrine Josso entend travailler sur le volet préventif et sur l’accompagnement des victimes, informer la société. L’élue MoDem propose par exemple que les pharmacies puissent délivrer un kit de détection chimique. « Ce serait le pire ennemi des prédateurs », dit-elle.

« Autodidacte de la politique »

Elle juge forcément qu’il y a encore beaucoup à faire pour que la parole des victimes soit entendue. Et ne mâche pas ses mots contre « le système qui vise à rendre les femmes vulnérables ». « Il y a encore beaucoup de freins culturels. Nous sommes le pays des droits de l’Homme mais pas des droits des femmes et des enfants ! » La sphère politique n’est pas en reste.

Ses collègues dans son groupe MoDem ne se montrent pas toujours solidaires, on lui met des bâtons dans les roues, ne serait-ce que pour prendre la parole dans l’Hémicycle pour poser une question au gouvernement. Ni Emmanuel Macron ni Gérard Larcher ne lui ont adressé le moindre message, soupire-t-elle. Édouard Philippe lui a exprimé une moue dubitative. À l’inverse de Yaël Braun-Pivet et de Marlène Schiappa, très attentives et présentes auprès d’elle. François Bayrou s’est lui aussi montré aidant, cite-t-elle. À LIRE AUSSI Soumission chimique : « La majorité des victimes s’ignorent, car elles n’en ont aucun souvenir »


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Ce n’est pas la première fois que Sandrine Josso, « autodidacte de la politique », comme elle se présente, bouscule ses pairs. Au risque de se sentir seule. La quadragénaire, très engagée sur les sujets de santé et de société, s’était mobilisée dans sa circonscription sur l’existence d’un cluster de cancers pédiatriques. Elle porte au moment de sa première réélection en 2022 une loi sur les fausses couches, malgré la réticence de son camp. Par chance, elle trouve une oreille attentive du côté du ministère de la Santé, où François Braun, alors en poste, la soutient.

Sur le terrain, à l’Assemblée, elle sent bien que le regard sur elle a changé. Et pas toujours favorablement. « Parler dans notre pays s’apparente à un acte révolutionnaire ! La honte changera bientôt de camp, croit-elle. La force, je la puise au côté de Gisèle Pelicot, de Caroline Darian, des victimes. Je veux participer à une réparation collective. »


Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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