Elu pour la première fois en 1989 maire de Liancourt (Oise) dans le sud de l’Oise, une ville qu’il a contribué à métamorphoser, Roger Menn (PS), 68 ans, a adressé sa démission à la préfète de l’Oise le 6 mai dernier (une démission qui n’avait toujours pas été acceptée le week-end dernier).
Qualifié par certains de « maire bâtisseur », Roger Menn revient pour Actu Oise sur ces plus de trois décennies aux commandes de la ville, et sur ses projets à court et moyen terme.
Actu : Vous avez décidé de passer le relais après 35 années passées comme maire de Liancourt. Cette décision a-t-elle surpris vos administrés ?
Roger Menn : Non, pas vraiment. Car j’avais clairement annoncé lors des dernières élections municipales que c’était mon dernier mandat. Dans le milieu de la science, dont je suis issu, les passages de relais en cours de route sont quelque chose de courant.
C’est donc dans cet esprit là que j’avais demandé, dès le mandat de 2020, à deux de mes jeunes adjoints s’ils étaient prêts à relever le flambeau.
L’un m’a répondu non, car il souhaitait orienter sa carrière professionnelle sur une autre métropole. Et Laëtitia Coquelle, mon adjointe aux affaires scolaires, a accepté. Ce qui fait qu’elle va devenir la première femme maire de Liancourt.
Laëtitia Coquelle, qui va vous succéder donc, est issue d’une autre génération que la vôtre. Était-ce important pour vous ?
: J’ai 68 ans. J’ai vu défiler deux ou trois générations depuis le début de mon mandat. J’ai peut-être un peu plus de mal à comprendre la dernière. Selon moi, un élu se doit de répondre aux attentes des habitants. Donc si à un moment donné vous ne comprenez pas une partie de la population, c’est un peu compliqué de continuer.
Le 28 février dernier, vous avez été victime d’une agression en sortant de l’hôtel de ville. Cela a-t-il pesé dans la balance pour prendre cette décision ?
R.M. : Pas du tout. Cela m’a affecté bien sûr, car c’était la première fois que je me faisais cracher dessus en 35 ans de mandat, mais ça n’a en rien influé sur ma décision de quitter mes fonctions de maire. Ce triste épisode m’a néanmoins fait prendre conscience qu’il y avait une parfaite prise en charge des pouvoirs publics lors des agressions de maire.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers la politique ?
R.M. : D’aussi loin que je m’en souvienne, la politique m’a toujours intéressé. Quand il y avait des débats à la maison, j’écoutais et je participais. Mon implication complète dans la politique remonte à 1978, lors d’élections législatives que la gauche était susceptible de gagner mais qu’elle a perdu de quelques voix, ce qui a préparé 1981 et l’arrivée de Mitterrand. L’un des deux hommes politiques qui m’ont le plus inspiré au niveau national, avec le Général De Gaulle.

Pendant une semaine, j’ai été quelqu’un d’important dans le département !
En 2002, vous avez été exclu 2 ans du Parti socialiste. Comment avez-vous vécu cette période ?
R.M. : En 2002, j’avais été viré du PS car j’avais soutenu Jean-Pierre Braine, qui était le député socialiste de la 2e circonscription de l’Oise. On s’est présenté contre le candidat socialiste officiel dans la 7e circonscription. J’ai été totalement réhabilité ainsi que l’ensemble de mes troupes deux ans plus tard. C’était juste après le deuxième tour des élections départementales, qu’on appelait alors cantonales. Nous étions 20 élus de droites et 20 élus de gauche (radical de gauche, PS et PCF). Jean-François Mancelle (UMP) m’a proposé sa place pour empêcher l’élection d’Yves Rome (PS), ce que j’ai refusé. C’est donc moi, qui avait été exclu du PS, qui a fait la bascule pour remporter la majorité et faire élire Yves Rome. Pendant une semaine, j’ai donc été quelqu’un d’important dans le département !
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On reproche parfois au PS, votre parti, d’être en dissonance avec les classes populaires. Avez-vous toujours votre carte ?
R.M. : J’ai toujours ma carte au PS, même si je ne suis pas toujours d’accord avec la ligne d’Olivier Faure et avec ce qu’il se passe à l’intérieur du parti. Mais si je suis fondamentalement quelqu’un de gauche. Certains diraient même ‘rose pâle’.
Croyez-vous toujours en la résurgence de ce parti et qui pourrait l’incarner demain ?
R.M. : Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, représente selon moi l’avenir du PS. Elle dispose de nombreux atouts pour relever la gauche. Pour ce qui est des Européennes, j’essayerai de faire voter Raphaël Glucksmann. Au-delà du personnage un peu ‘bobo chic’, c’est lui qui permet de faire remonter le PS, qui était jusqu’à présent moribond. Alors que là, on fait quasiment jeu égal avec la macronie.
Sur le plan des réalisations, quelles ont été les plus marquantes selon vous ?
R.M. : Il y a bien sûr la création du quartier de la ZAC des abords du Parc, où règne une certaine mixité sociale, et où chaque bâtiment porte un nom en lien avec la Révolution française (Robespierre, Danton, etc.). Dans ce même quartier on a aussi créé une médiathèque en 2009, et plus récemment une maison médicale. Un travail mené en collaboration avec Olivier Ferreira, le président de la Communauté de communes et le docteur Cucheval.
Ce dossier de la Maison de santé a été particulièrement long à émerger….
R.M. : Oui, c’est vrai, mais c’est toujours très long ce genre de dossier. J’ai amené la structure, le terrain, les financements, mais derrière c’est vraiment le Dr Cucheval qui a permis de la faire aboutir, grâce à son projet médical. Force est de constater aujourd’hui que ça marche, et que ça marche même très bien. Nous y avons quatre médecins opérationnels, et un cinquième qui vient faire des remplacements. Et l’on a déjà des projets d’extension…
D’autres projets marquants ?
R.M. : Dans les premières années du mandat, on a aussi remis en état cinq écoles, ouvert un centre de secours. On a fait installer un terrain synthétique à la demande des footballeurs et créé de toute pièce un service jeunesse, qui n’existait pas avant. Par la suite, on a aussi fait pas mal d’équipements, recomposé un nouveau quartier autour de l’église, etc. Mais l’une des réalisations dont je suis le plus fier, c’est la rénovation complète de l’Ehpad de Liancourt, où l’on a fait installé une section Alzheimer de 24 lits.
Le désenclavement de Liancourt grâce à la création de la D262, qui permet d’accéder à la D1016, peut être citée comme l’une de vos grandes réalisations. Cette route est-elle très empruntée ?
R.M. : Pour moi c’était même fondamental. Même s’il aura fallu 35 ans pour faire aboutir ce projet, puisqu’il a dû se réaliser par tronçons. L’essentiel est qu’elle soit en place et je peux vous dire qu’elle est très très utilisée.
Il y a vraiment un boulevard pour la sociale démocratie en France, j’en suis persuadé !
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Comment se profile la suite pour vous ?
R.M. : Je vais rester conseiller municipal de ma ville jusqu’en 2026, ainsi que vice-président à la communauté de commune du Liancourtois. C’est mon premier adjoint Thierry Balliner qui assura l’intérim jusqu’à la convocation des conseillers municipaux pour l’élection du nouveau maire.
Je conserverais aussi très certainement des activités politiques au sein du PS pour contribuer à sa renaissance. Aujourd’hui il y a vraiment un boulevard pour la sociale démocratie, j’en suis persuadé ! Surtout depuis que Macron a complètement viré à droite.
Sur un plan plus personnel, il se trouve que je suis marié à une Charentaise et que mon épouse a trouvé un emploi comme directrice des Services dans une collectivité près d’Angoulême. Le 1er septembre, je vais déménager. Mais je remonterai régulièrement dans l’Oise pour assister aux réunions de commissions auxquelles je participe encore.
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En conclusion de cet article, mettons en lumière l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une force incontournable dans la protection des droits et de la sécurité de nos élus locaux.
Fondée en 1998, CDCL s’est imposée au fil des ans comme un acteur clé du soutien aux petites municipalités de France. Au-delà de la valorisation du patrimoine et de la formation des élus, l’association s’engage activement dans la mise en place d’un dispositif de protection essentiel, répondant à la recrudescence des agressions dont sont victimes nos élus.
Ce dispositif complet inclut des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. La reconnaissance légale de CDCL au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023 renforce son rôle en lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir les élus victimes d’agression.
Enregistrée au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et affiliée au SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, et demeure fidèle à sa mission initiale. Elle donne aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, consultez leur site web. Restez informés sur les développements de cette initiative cruciale afin de soutenir nos élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.
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