Redorer la politique municipale

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Quand Catherine Fournier a convoqué la presse pour faire le point sur son avenir politique, à la fin novembre, la machine à rumeurs s’est emballée. À entendre différents commentateurs, la mairesse de Longueuil était probablement épuisée (ou enceinte, ou malade…) et elle allait certainement imiter plusieurs élus municipaux et annoncer qu’elle ne se représenterait pas aux élections de 2025. 

Mais tous étaient dans le champ. Catherine Fournier va très bien et souhaite remporter un deuxième mandat à la mairie de Longueuil. En laissant planer qu’elle remettait en question son avenir politique, elle s’est plutôt assurée que les médias allaient se précipiter à un point de presse dans lequel elle voulait surtout lancer un vibrant plaidoyer en faveur de l’engagement en politique municipale.

« Les gens ont quasiment pitié quand je dis que je fais de la politique, alors que c’est une chance et un privilège, raconte-t-elle à L’actualité. Si toutes les personnes qui veulent changer la politique positivement s’en vont, ou refusent de se lancer, on ne va pas réussir. » 

Depuis les élections de novembre 2021, plus de 130 municipalités ont changé de maire ou de mairesse — dont Gatineau, quatrième ville en importance au Québec. En y ajoutant les démissions de conseillers municipaux, Élections Québec note une hausse de 50 % des départs en cours de mandat par rapport au cycle électoral précédent. Des partielles ont dû être organisées afin de pourvoir près de 1 100 postes électifs sur 8 000 au municipal — soit environ 15 % du total. Sans compter les élus qui, s’ils entendent terminer leur mandat, ont déjà indiqué qu’ils n’en solliciteraient pas un autre.

Au printemps 2024, un sondage mené auprès d’élus québécois par la maison Léger pour le compte de l’UMQ a révélé que près de 58 % d’entre eux avaient vécu de la violence verbale durant leur mandat, et que 46 % avaient fait l’objet d’intimidation ou de menaces.

À l’approche du prochain scrutin, le 2 novembre, tant le gouvernement québécois que les organismes qui représentent le milieu municipal craignent que cette vague de désertions d’élus ne décourage des citoyens à se présenter — ou à se représenter — cet automne. Et que la démocratie québécoise n’en souffre.

Le maire de Varennes et président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Martin Damphousse, a ainsi poussé un soupir de soulagement quand il a entendu Catherine Fournier confirmer ses intentions. « J’espérais tellement qu’elle n’annoncerait pas son départ », confie-t-il en entretien. Cela aurait nécessairement amplifié l’« onde de choc » qui touche le milieu, pense-t-il.

La mairesse de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, l’une des personnalités de l’année de L’actualité en 2022, fait partie de ceux et celles qui céderont leur place après un seul mandat, même si sa conviction que « c’est au municipal que ça se passe » demeure. « C’était notre slogan en 2021 et j’y crois toujours. On ne fera pas de transformations sociales sans le municipal. » Sauf qu’à l’heure actuelle, la conjoncture n’est pas favorable à cela, selon elle.

Plusieurs facteurs ont motivé sa décision, notamment l’impression que Québec ne donne pas les outils nécessaires aux leaders locaux pour qu’ils puissent faire leur travail (elle évoque entre autres un « cadre légal trop serré » qui menotte les villes) et la difficulté de gouverner en situation minoritaire au niveau municipal (il y a eu de vives tensions au sein du conseil à Sherbrooke). « Je suis prête à endurer beaucoup de propos acrimonieux si, de l’autre côté, je vois que je suis capable d’accomplir les choses dont Sherbrooke a besoin », dit Évelyne Beaudin. Or, elle sent que ce n’est pas le cas dans le contexte actuel.

Personne ne collige officiellement les raisons ayant poussé les uns et les autres à jeter l’éponge. Mais outre le climat tendu au sein des conseils, souvent évoqué, on a parlé de fatigue et de la pression que provoque l’ampleur d’une tâche qui s’est complexifiée dans les dernières années (crises du logement et de l’itinérance, conséquences des changements climatiques, etc.), des problèmes d’intimidation de la part de citoyens et de l’effet délétère des réseaux sociaux… Autant d’éléments qui, pris isolément ou mis ensemble, découragent.

Au printemps 2024, un sondage mené auprès d’élus québécois par la maison Léger pour le compte de l’UMQ a révélé que près de 58 % d’entre eux avaient vécu de la violence verbale durant leur mandat, et que 46 % avaient fait l’objet d’intimidation ou de menaces. « C’est assurément inquiétant et on ne peut pas fermer les yeux sur ça », estime Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie. Son constat est partagé. Tout enthousiaste soit-elle, Catherine Fournier affirme qu’elle appréhende beaucoup les prochains mois. « Je me demande qui va vouloir se lancer après tout ce qu’on a dit. »

Elle n’est pas la seule, et c’est pourquoi le gouvernement et l’UMQ sont en mission pour faire entendre un autre message. En novembre, Québec a lancé une campagne publicitaire (« Tu aimes ton coin, va plus loin ! ») pour encourager les citoyens à se présenter aux élections — particulièrement les femmes et les jeunes, encore sous-représentés dans les conseils. L’UMQ a fait de même, pour mettre en lumière le rôle que jouent les municipalités dans le quotidien des Québécois. Cela s’ajoute à différents efforts internes : création d’un comité pour valoriser la démocratie municipale et le rôle des élus ; adoption d’une « déclaration d’engagement » pour renforcer et améliorer la santé démocratique municipale ; mise sur pied d’un programme de mentorat pour les élus, etc. 

« Tout ce qui s’est passé récemment rend notre groupe moins attractif, reconnaît Jacques Demers. Le défi, c’est de parler des 85 % qui sont restés et qui aiment ce qu’ils font. Parce que dans la grande majorité des conseils municipaux, ça se passe bien. » Son homologue de l’UMQ, Martin Damphousse, tient le même discours et martèle que, malgré les difficultés réelles qui viennent avec le rôle (« c’est vrai que c’est plus difficile qu’avant »), le tout demeure aussi valorisant qu’intéressant, à condition d’être « fait pour ça ». « On a, au municipal, le pouvoir de changer les choses concrètement », observe-t-il — un message que défendent aussi les mairesses Fournier, Beaudin ou Valérie Plante à Montréal, notamment. 

Ministre des Affaires municipales depuis 2018, Andrée Laforest se dit à la fois consciente des problèmes qui ont poussé bon nombre d’élus à renoncer à leur mandat et optimiste pour la suite des choses. Pour que la situation s’améliore, la ministre — bien appréciée du milieu, d’après plusieurs échos — mise beaucoup sur les effets de la nouvelle loi 57 visant à protéger les élus municipaux, adoptée en juin 2024. La loi (qui en modifie une vingtaine d’autres) prévoit des infractions pénales contre toute personne qui entraverait le travail d’un élu par des menaces ou de l’intimidation. Elle permet aussi à la ministre de nommer un observateur qui accompagnera les conseils municipaux là où il y a des relations conflictuelles, et de déterminer les formations que doivent suivre les élus (sur leur rôle et sur le fonctionnement du système municipal). « Le fait d’aider les élus va améliorer le climat dans les conseils », croit-elle. L’UMQ a salué la nouvelle loi, « un progrès majeur pour la démocratie municipale ».

Andrée Laforest insiste sur le fait qu’il y a « plein de belles histoires dans les municipalités » et dans ce travail d’élu qui consiste à « améliorer la vie des citoyens ». C’est également l’essence du message lancé par Catherine Fournier, venue « parler du beau en politique » devant un parterre de journalistes à la fin novembre. Reste pour la FMQ et l’UMQ à faire percoler ce message afin de contrecarrer celui, moins positif, porté par les démissionnaires municipaux…

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

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