Prison ferme pour l’agression dans la rue d’une élue de Saint-Denis

Au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 15 janvier 2024. Au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 15 janvier 2024.

Ils assurent qu’on leur promettait 2 500 euros pour tabasser une élue dans la rue : trois jeunes hommes ont été condamnés vendredi 19 janvier en Seine-Saint-Denis, pour le guet-apens tendu en décembre à Oriane Filhol, une adjointe au maire de Saint-Denis. Cette agression d’édile avait alors choqué l’opinion.

Pour « violences volontaires sur une personne chargée de mission de service public », le tribunal correctionnel de Bobigny a infligé une peine de dix-huit mois de prison, dont six avec sursis probatoire, à un prévenu de 22 ans.

Agés de 18 ans, les deux autres ont été condamnés à douze mois de prison, dont six avec sursis, et huit mois de prison avec sursis probatoire. Le tribunal a estimé qu’ils ne connaissaient pas la qualité d’élue de la victime.

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« Je suis contente que ça ait pu se passer et que les auteurs aient été reconnus coupables », a déclaré à la presse Oriane Filhol, sixième adjointe au maire, à l’issue de l’audience. « J’aimerais qu’on ait un jour l’explication finale (…) qui permettra de savoir pourquoi et qui. Là, ce sont les hommes de main qui ont pris pour tout le monde, mais le coupable qui a pensé ça et monté cette attaque, n’a pas encore été retrouvé », a-t-elle ajouté.

A ses côtés, le maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, s’est félicité qu’un « message clair » soit envoyé : « Quand on frappe des élus, on est sanctionné, il y a des peines de prison qui s’appliquent. »

« Beaucoup moins libre, beaucoup moins sereine » depuis cette attaque

Il fait nuit, ce 20 décembre au soir, lorsque Oriane Filhol sort d’une réunion, à Saint-Denis, du conseil d’administration du bailleur social Plaine commune habitat, dont elle assure la vice-présidence. En rentrant chez elle, la jeune femme comprend que deux individus la suivent dans la rue.

Elle tente de les semer, change de chemin. Entrant dans une résidence privée dont elle connaît le digicode, elle se met à courir. Mais l’un des deux hommes la rattrape sous le porche, lui fait une balayette et la frappe à la tête avant de prendre la fuite, sans piper mot. L’agression provoquera l’émoi du monde politique.

Seulement légèrement blessée, à la barre, encore choquée, Oriane Filhol raconte d’une voix étranglée se sentir « beaucoup moins libre, beaucoup moins sereine » depuis cette attaque, survenue dans un contexte de recrudescence nationale de violences contre les élus.

« J’ai l’impression qu’on m’a volé ma liberté de femme, de personne dans la rue, et aussi qu’on m’a volé un peu de ma volonté d’engagement en tant qu’élue », reprend la trentenaire, entre ses larmes.

Un chauffeur, deux exécutants présumés et un commanditaire inconnu

Confiée au service spécialisé de la sûreté territoriale en raison de la sensibilité du dossier, l’enquête a abouti à l’arrestation mercredi de trois jeunes de Saint-Denis, deux exécutants et un chauffeur présumés. Ils ont été jugés en comparution immédiate vendredi après-midi.

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Les mis en cause, au casier judiciaire vierge, expliquent s’être vu promettre 2 500 euros chacun par un commanditaire qui n’a pas été identifié pour passer à tabac la victime, qui leur a été désignée dans la rue, et dont ils ignoraient l’identité.

« Il fallait juste taper et rien dire, pas de vol, rien. Moi pour 2 500 euros je frappe, même si c’est une femme. Je n’ai pas tiré les cheveux, rien », a raconté en garde à vue Karl N., qui est celui qui a frappé l’élue, peu loquace à l’audience.

Voyant que la cible était « une fille », Nader T., dit Le Nain en raison de sa petite taille, a préféré rester en arrière au dernier moment et ne pas participer à l’agression. L’omerta plane sur le nom du commanditaire – un « daron », « un blédard », « entre 30 et 50 ans ».

En lien avec un projet urbain qui va « va complètement exposer le point de deal »

« Si je parle de lui à la police, je sais ce qu’il peut me faire, madame. Comme je l’ai dit [à un enquêteur], je sais pourquoi je ne vais jamais sortir son prénom, je sais ce qu’il peut me faire », confie le jeune homme de 18 ans.

Face au tribunal correctionnel, le maire, Mathieu Hanotin, suppute un lien avec l’opération de rénovation urbaine prévue dans la cité des Francs-Moisins, quartier sensible dont sont originaires deux des jeunes. Ce projet « va complètement exposer le point de deal », explique l’édile, en référence au trafic de drogue.

Selon le ministère de l’intérieur, en 2023, les agressions envers les élus ont augmenté de 15 %, après une hausse de 32 % en 2022 (2 265 plaintes et signalements). « Si ces messieurs ne sont pas contents du mandat que l’on mène, il y a de nouvelles élections en 2026 et ils peuvent aller voter », a plaidé Oriane Filhol.

Le Monde avec AFP

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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