« Pas maire pour aller au casse-pipe » : agressés, menacés ou insultés pendant leur mandat, ces élus racontent

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Arnaud Mongella a libéré la parole de nombreux maires. Lors de sa cérémonie des vœux, il y a quelques semaines, l’édile de Connerré a appuyé sur les menaces inacceptables subies face à un citoyen durant l’année 2024, couplées à des agressions répétées sur les réseaux sociaux… « Il faut en parler, ce n’est pas quelque chose de normal, le maire est une cible facile », réitère-t-il.

Agressés, insultés, menacés : le mal des maires, à quelques mois des municipales de 2026

Cette prise de parole publique a déclenché l’envie d’en savoir plus sur les agressions répétées subies par les maires. Sont-ils nombreux ? Comment le vivent-ils ? Ont-ils l’intention de lâcher l’écharpe tricolore en 2026 à cause de ces comportements haineux ?

De nombreux maires du territoire ont été contactés. Fort heureusement, ils ne sont pas tous dans ce cas-là et une majorité (hormis quelques prises de becs classiques) ne s’est jamais sentie en danger.

Des agressions même à leur domicile

Mais pour d’autres… Certains ont accepté de témoigner… anonymement, de peur de représailles. Oui, des élus vivent dans la peur. Des édiles ont même vu des citoyens venir frapper à la porte de leur domicile pour obtenir des explications. « Quand ma femme a ouvert, elle n’a pas compris… On est chez nous ! » souligne cet ancien maire eurélien.

Julie Rachel, à Saint-Jean-Pierre-Fixte, a également dû faire face à cette situation. En 2020, quelques mois après son élection. « Quelqu’un était venu chez moi pour un petit désaccord. Je n’avais pas eu peur, mais je n’accepte pas qu’on vienne hurler devant mes enfants. Ça m’avait beaucoup agacée », se rappelle la maire, qui avait alors déposé une main courante.

Les réseaux sociaux n’arrangent rien…

La violence est présente dans la société réelle, c’est une certitude. Mais de nombreux élus dénoncent aussi l’influence et l’utilisation des réseaux sociaux.
Derrière un clavier et un écran d’ordinateur, tout semble permis pour certains. « Une plainte va prochainement être déposée contre une femme qui me harcèle sur les réseaux », annonce Eric Girondeau, maire d’Authon-du-Perche.
Celle-ci écrivant en son nom, il est facile de l’identifier. Mais la plupart se cachent derrière des pseudos, « c’est vicieux et surtout assez facile. Nous sommes sur une surenchère de la haine. C’est violent, on se dit mais punaise, c’est quoi ces messages. Heureusement, il y a quelques commentaires bienveillants qui font taire la critique », répond cet ancien maire.
Arnaud Mongella confirme les propos de son homologue. « Tout ce qu’on peut lire sur les réseaux… C’est dur ! J’ai fait le choix de ne pas répondre. »
Le maire authonnais reprend : « les réseaux sont totalement hors de contrôle, les gens peuvent déblatérer tout et n’importe quoi ».

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« Je pense qu’il m’aurait frappée »

Elle se souvient aussi d’une grosse altercation avec un agriculteur, en 2023. La commune avait alors une grosse fuite d’eau dans ses réseaux et coupait les vannes de 22 h à 5 h le matin. Un agriculteur lui assurait avec force que c’était à la commune de trouver une solution. « En général, je règle les conflits facilement alors je suis allée le voir seule un soir. Mais heureusement, un agent de la Ville est venu me rejoindre rapidement. Sinon, je pense qu’il m’aurait frappée. Cette fois-là, j’avais vraiment eu peur, je dormais mal les nuits suivantes », se remémore l’édile. C’était pour elle la dernière fois qu’elle se rendait chez des particuliers pour tenter de résoudre les problèmes.

Je n’avais pas vu tous ces côtés-là avant d’être élue.

Julie Rachel, maire de Saint-Jean-Pierre-Fixte

Une audience au tribunal

À Authon-du-Perche, Eric Girondeau a porté plainte et est passé au tribunal suite au comportement outrancier d’un de ses administrés.

Nous étions en réunion pour des travaux dans une rue de la commune. Et il a débarqué en m’insultant de tous les noms car les travaux le gênaient.

Eric Girondeau, maire d’Authon-du-Perche

Une altercation violente qui remonte au printemps 2023 « pendant le phénomène d’émeutes ».

L’édile poursuit : « j’ai été obligé d’appeler la gendarmerie. Ils sont arrivés, et ils ont pu le filmer dans son délire grâce aux caméras ‘piéton’. » Un habitant déjà bien connu des services de la justice aux dires de l’élu. « Il a un casier long comme le bras », s’indigne Eric Girondeau. Les gendarmes ont pris cette affaire au sérieux… mais le premier magistrat est furieux contre la justice.

« Pas maire pour aller au casse-pipe »

J’ai pris de mon temps personnel pour aller au tribunal… Il a été requis dix mois de prison ferme. Et je l’aperçois encore dans les rues d’Authon en liberté…

Eric Girondeau

Une non-sanction qui l’exaspère. « Il faut des solutions plus drastiques. Je souhaitais obtenir une interdiction de séjour sur la commune car il fait sa loi également auprès du voisinage. On me l’a refusée, et on me dit que c’est au maire de faire le médiateur. Mais je ne suis pas maire pour aller au casse-pipe. Et si un jour cet individu passe à l’acte ? » A chaque problème, désormais, Eric Girondeau ne s’embarrasse plus : « Je dépose plainte. »

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« Pas loin de l’agression physique »

Arnaud Mongella a vécu la même situation que son homologue eurélien, à Connerré, et partage sa déception à propos de la justice. Les faits remontent aux dernières élections législatives en juillet 2024.

Un habitant de la commune s’emporte dans le bureau de vote et incendie le maire. « Je l’ai fait sortir, on s’est expliqué dehors… Et j’ai dû finir par appeler les gendarmes. Nous n’étions pas loin de l’agression physique. » Une plainte classée sans suite, malgré le soutien des institutions. « J’ai eu très rapidement le Préfet, j’ai eu un courrier du Ministère de l’Intérieur… »

La gendarmerie aussi essaie de protéger ses élus ! Au Luart, Alain Cruchet a déjà été confronté à une situation similaire.

Les gendarmes me le répètent : ne vous mettez pas en danger. Faites le 17 immédiatement.

Alain Cruchet, maire du Luart

La gendarmerie forme les maires

Depuis 2023, le ministère de l’Intérieur a mis en place un dispositif spécial auprès des maires et élus, suite à de trop nombreuses agressions. « C’est le Calae, le centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus », confie le commandant Frédéric Martin, de la compagnie de Nogent-le-Rotrou.
En 2022, il y a eu « une hausse de 32 % des plaintes et signalements de maires agressés ». Il fallait réagir. Le Calae comprend donc un pack sécurité avec « un ensemble de mesures. Comme le recueil de plainte simplifié, nous nous déplaçons à la mairie. On sait que les maires sont débordés, si on peut leur faciliter la tâche ».
Il peut également être mis en place une « inscription au SIP (Sécurité intervention et protection, NDLR). Ainsi sa vigilance est renforcée, et surtout cette profession est enregistrée comme menacée ».
Les maires peuvent aussi bénéficier de « formation et sensibilisation au groupement de gendarmerie. Il y a une session par an, c’est sur la base du volontariat ».
En Eure-et-Loir donc, et en Sarthe également. « On appelle ça la ‘désescalade’, souvent on couple avec une visite du centre opérationnel pour qu’ils voient comment l’on fonctionne », renseigne le commandant Thomas Hervioux de la compagnie de Mamers.
Dans certains cas les plus extrêmes, les maires peuvent être équipés d’un bouton d’appel. « C’est un bracelet, des numéros d’urgence y sont enregistrés. Et nous pouvons intervenir très rapidement. »
Selon nos informations, (au moins) un maire du territoire en est équipé. « Les agressions d’élus sont un thème que je prends très au sérieux », conclut le gendarme Martin.

Le conflit que l’édile a dû gérer remonte à l’été dernier : un barbecue trop alcoolisé. « Ils avaient bu, avaient cassé les vitres de la boulangerie en ville. Avec un gars qui avait un beau palmarès, 50 mentions au casier judiciaire. J’y suis allé… mais j’avais la crainte qu’ils sortent une arme blanche. »

« On s’est fait assassiner »

Si les maires ont bien quelques formations pour appréhender leurs nouvelles fonctions, ils ne savent pas comment gérer un conflit de façon professionnelle (pourtant des formations existent auprès de la gendarmerie, lire l’encadré).

À Dollon, Xavier Jamois a pu mettre à profit son expérience de plus de trente ans en gendarmerie au service de sa fonction de maire. « Quand un individu hausse la voix, on apprend qu’il faut baisser d’un ton pour faire redescendre… »

Une recette qui peut fonctionner dans certains cas, mais pas tout le temps.

Il m’est arrivé de demander à des gens de partir de la mairie.

Xavier Jamois, maire de Dollon

Un exemple revient en mémoire de l’élu. « Sur la nouvelle numérotation des rues, on s’est fait assassiner, mais on n’y peut rien !» 

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Le personnel également ciblé

Alors, dans ces cas de reproches, Xavier Jamois a sa petite réplique favorite.

Je ne vous ai pas vu sur les listes électorales lors des dernières élections, présentez-vous si vous feriez mieux que moi.

Xavier Jamois, maire de Dollon

Il poursuit avec son franc-parler. « Je suis sûr d’une chose, j’ai fait des erreurs durant mon mandat, mais j’ai toujours donné le maximum. »

Surtout il y a une chose que l’édile n’accepte pas ! « Des agressions contre le maire, ce n’est pas normal, mais je l’assume. Mais contre les adjoints, ou la secrétaire de mairie, ça c’est inacceptable !»

Un fait que dénonce également Arnaud Mongella. « Je suis garant de mon personnel, donc les propos irrespectueux à leur égard, c’est intolérable aussi. On peut être en désaccord mais il y a des façons de le dire. Aujourd’hui, il y a de la véhémence, une forme d’agressivité. »

« Il était dans son délire »

Une société à la dérive… mais aussi parfois, simplement des habitants dans une situation psychiatrique très compliquée. « Une fois, je sortais de la mairie, j’étais au téléphone, et un habitant m’agresse directement sans que je ne comprenne pourquoi. Il me hurle dessus en me reprochant plein de choses. Ç’a duré dix minutes, je pense, c’était très long. Mais je ne pouvais pas discuter, il était dans son délire. Je me demandais jusqu’où il allait aller. On avait déjà porté plainte contre lui car il avait agressé du personnel communal », se souvient cet ancien maire d’Eure-et-Loir.

Le constat global des premiers magistrats repose sur une « société de plus en plus individualiste où règne le chacun pour soi, et où le respect n’est plus une priorité. Cela renforce le sentiment d’injustice quand on dit ‘non’ ». 

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« Cela reste marginal »

Dans de nombreuses communes, 2026 approche avec une pointe d’inquiétude. Qui acceptera d’être maire dans ces conditions ? Certains, comme Xavier Jamois à Dollon, ont déjà prévu de rendre l’écharpe tricolore face à la véhémence de la population. Arnaud Mongella, maire de Connerré, termine, lui, sur une note positive. « Ce n’est pas le quotidien, cela reste marginal, il ne faut pas noircir le tableau. »

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En conclusion de cet article, mettons en lumière l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une force incontournable dans la protection des droits et de la sécurité de nos élus locaux.

Fondée en 1998, CDCL s’est imposée au fil des ans comme un acteur clé du soutien aux petites municipalités de France. Au-delà de la valorisation du patrimoine et de la formation des élus, l’association s’engage activement dans la mise en place d’un dispositif de protection essentiel, répondant à la recrudescence des agressions dont sont victimes nos élus.

Ce dispositif complet inclut des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. La reconnaissance légale de CDCL au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023 renforce son rôle en lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir les élus victimes d’agression.

Enregistrée au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et affiliée au SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, et demeure fidèle à sa mission initiale. Elle donne aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, consultez leur site web. Restez informés sur les développements de cette initiative cruciale afin de soutenir nos élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.

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