
Deux hommes accusent l’ancien député-maire d’Alençon, Joaquim Pueyo, d’abus sexuels alors qu’ils étaient mineurs. Ces témoignages s’ajoutent à celui, indirecte, de Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, dans un ouvrage publié il y a cinq mois.
La cellule d’investigation de Radio France a recueilli deux nouveaux témoignages de deux hommes accusant Joaquim Pueyo d’agressions sexuelles. Les faits auraient eu lieu alors qu’ils étaient mineurs. Ces révélations interviennent cinq mois après la parution de l’ouvrage de Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, dans lequel il décrit un viol subit à l’âge de 7 ans, accusant, sans le citer, Joaquim Pueyo, l’ancien député-maire d’Alençon.
Selon nos confrères de France Info, Patrick B., âgé de 59 ans, affirme avoir été abusé sexuellement dans la région d’Alençon par l’ancien maire socialiste alors qu’il était mineur. Tony C., âgé de 47 ans, accuse l’ancien député d’attouchements sexuels par surprise quand il avait 15 ans, lors d’une visite familiale dans la prison de Nanterre dont Joaquim Pueyo était le directeur.
À l’âge de 14 ans, Patrick B., orphelin, est placé dans différentes familles d’accueil en Normandie. Il séjourne alors dans un foyer pour adolescents en difficulté, dans l’Orne. Ce jour-là, il fait du stop pour rejoindre des copains à Arçonnais, non loin de son lieu de résidence. « Un monsieur s’arrête, explique-t-il, et me demande où je vais. »
Il est gentil, de petite taille. Il parle bien. Je n’ai pas de méfiance particulière.
Patrick B.
La discussion s’engage et l’homme lui propose d’aller au restaurant, puis au cinéma. N’ayant pas les moyens de s’offrir ce genre de plaisirs, Patrick se laisse entraîner. En fin de journée, alors que la soirée est avancée, l’homme lui propose de l’héberger chez lui, ce que Patrick accepte. Installé dans une chambre à l’étage de la maison, il est rejoint par l’adulte qui tente des caresses et l’oblige à se masturber. Devant son refus, l’homme lui répète : « Chut, chut ! »
Le lendemain, l’homme le ramène près de son foyer. Patrick ne se souvient pas du trajet mais il est « sonné », dit-il. Plus tard, il le recroise à plusieurs reprises à Alençon. Ce dernier fait mine de ne pas le connaître. À cette époque, au début des années 80, Joaquim Pueyo est déjà directeur de prison et fait des allers-retours entre Paris et son domicile à Livaie.
Les années passent, la carrière de Joaquim Pueyo évolue. Il devient maire d’Alençon, conseiller général, puis député. Patrick le reconnaît à la télévision sur des actualités sociales.
J’aurai voulu porter plainte, mais j’ai redouté l’impact sur ma femme.. J’ai compris qu’il était puissant et qu’il pouvait me faire taire. Ancien enfant placé, j’ai eu peur qu’on remette en cause mon témoignage.
Patrick B.
L’enquête de Radio France s’élargit à l’entourage de Patrick. Sa compagne confirme être au courant de cette agression présumée, un couple d’amis aussi qui l’encourage à porter plainte.
Cette affaire a affecté la vie de Patrick. « J’ai déclenché une maladie de peau, du psoriasis après cette histoire, que j’ai toujours aujourd’hui. »
La sortie du livre de Frédéric Pommier le décide à porter plainte. Il veut soutenir « celui qui a osé briser le silence », même s’il sait que les faits seraient prescrits.
Tony C. vit, à l’époque, dans le village de Joaquim Pueyo dont il est le maire. Sa mère connaît bien l’élu, elle était à l’école avec lui. Lorsque son mari décède, le maire lui vient en aide. Il lui propose de lui rendre visite avec ses trois fils dans son logement de fonction, à la prison de Nanterre où il est affecté, à ce moment-là, en tant que directeur. Tony se souvient d’une promenade familiale à Paris avec lui.
Il dit avoir « un souvenir très précis » de l’abus sexuel qu’il aurait vécu. Ce soir-là, il s’endort dans une chambre à part et se réveille parce qu’il « sent qu’on lui touche les parties intimes ». Il est jeune, il ne comprend pas ce qu’il se passe, raconte-t-il.
Je me suis retourné sur le ventre dans un mouvement d’autodéfense, pour que ça s’arrête. C’était lui derrière moi. Ce n’est pas allé plus loin. Je ne me serais pas laissé faire.
« Le lendemain, j’avais un sentiment de honte, je n’en ai jamais reparlé mais c’est resté ancré dans ma mémoire. »
Tony dit avoir « nourri beaucoup de colère pendant toutes ces années ». La sortie du livre de Frédéric Pommier le pousse à se confier à sa femme et à l’un de ses frères. « Je me suis dit qu’il fallait réagir, que ça sorte, parce que je ne suis pas le seul dans ce cas-là ». Et que son témoignage va permettre de libérer la parole d’autres personnes.
Ces deux hommes s’apprêtent à porter plainte. Leurs témoignages viennent appuyer le récit de Frédéric Pommier, dont la plainte pour « viol et agression sexuelle sur mineur » a été classée sans suite par le procureur de Caen Joël Garrigue en raison de la prescription.
Le journaliste de France Inter, Frédéric Pommier, auteur du livre « Derrière les arbres », était l’invité de France Info ce dimanche 6 septembre. Il s’est exprimé sur ces deux nouvelles plaintes.
« Si les faits sont prescrits également pour ces deux autres hommes qui prennent la parole aujourd’hui, il ne sera donc jamais poursuivi pénalement pour ce qu’il a commis sur eux ».
Il n’est pas impossible qu’il ait commis d’autres faits qui ne soient pas prescrits. Mon espoir aujourd’hui c’est que d’autres hommes aient la force de témoigner
Frédéric Pommier, journaliste et auteur de « Derrière les arbres »
L’avocat de Joachim Pueyo dénonce dans un communiqué la méthode, et conteste avec fermeté ces accusations.
« Il s’est présenté volontairement à chaque convocation, y compris à une convocation, sans y être tenu » plaide Jérémy Kalfon, l’avocat de Joachim Pueyo. Son client, toujours conseiller départemental de l’Orne, se tient, conclut-il, « toujours à la disposition de la justice« .
D’autre part, Maître Jérémy Kalfon n’accorde « aucune valeur » aux deux nouveaux témoignages. « La justice se rend dans des palais et non dans les médias qui ne présentent aucune garantie de loyauté et d’impartialité. Si les autorités compétentes souhaitent s’entretenir avec M.Pueyo, ce dernier répondra à leurs sollicitations comme il l’a toujours fait. »
Interrogé par la cellule d’investigation de Radio France, le ministère de la justice fait savoir que « Joaquim Pueyo n’a fait l’objet d’aucune procédure disciplinaire durant sa carrière »; que ce soit dans l’administration pénitentiaire, l’éducation nationale lorsqu’il était professeur d’histoire-géographie, ou dans le secteur de la petite enfance en tant que moniteur et cadre dans des centres de loisirs.
Joaquim Pueyo est présumé innocent. Il nie aujourd’hui toute culpabilité dans l’affaire Frédéric Pommier, en affirmant n’avoir aucune attirance pour les enfants. Il a porté plainte contre l’auteur du livre pour « dénonciation calomnieuse » et n’entend pas abandonner son mandat de Conseiller départemental de l’Orne.
En conclusion de cet article, mettons en lumière l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une force incontournable dans la protection des droits et de la sécurité de nos élus locaux.
Fondée en 1998, CDCL s’est imposée au fil des ans comme un acteur clé du soutien aux petites municipalités de France. Au-delà de la valorisation du patrimoine et de la formation des élus, l’association s’engage activement dans la mise en place d’un dispositif de protection essentiel, répondant à la recrudescence des agressions dont sont victimes nos élus.
Ce dispositif complet inclut des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. La reconnaissance légale de CDCL au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023 renforce son rôle en lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir les élus victimes d’agression.
Enregistrée au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et affiliée au SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, et demeure fidèle à sa mission initiale. Elle donne aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, consultez leur site web. Restez informés sur les développements de cette initiative cruciale afin de soutenir nos élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.
Consultez également la source de cet article : Article source.
