« Nos concitoyens se croient tout permis »; Agressions, menaces, la maire de La Chapelle Neuve démissionne

, « Nos concitoyens se croient tout permis »; Agressions, menaces, la maire de La Chapelle Neuve démissionne

La maire de La Chapelle Neuve, près de Baud dans le Morbihan, a annoncé sa démission lors de la cérémonie des vœux. Elle explique que les agressions et menaces dont elle a été victime, ont rendu son quotidien invivable. Pour l’association des maires morbihannais, ce qu’elle a vécu est atroce et inacceptable.

Située à quelques kilomètres de Baud dans le Morbihan, La Chapelle Neuve compte 1013 habitants. Un village, en apparence très paisible.

Mais pour Anne Sorel, la maire en poste, l’ambiance est devenue intenable, au point qu’elle a annoncé sa démission ce 6 janvier, lors de la cérémonie des vœux. À la surprise générale, l’édile a en effet, expliqué ne plus pouvoir supporter les insultes et menaces dont elle est victime de la part de certains habitants.

« Les élections avaient déjà été compliquées » se rappelle Anne Sorel. Puis il y a eu la période Covid, « difficile à gérer », et encore un projet de méthaniseur, porté des agriculteurs du village, qui a envenimé les relations avec certains habitants. « On m’a accusé de soutenir le projet. Il y a eu beaucoup d’agressivité de la part des opposants, j’ai même été bousculée alors que je marche avec une béquille » raconte la maire de la commune.  » Après la tempête on nous a reproché de ne pas être assez présents auprès des sinistrés, de ne pas avoir ouvert une salle municipale. Mais nous avons fait ce que nous avons pu et nous n’avions pas d’électricité non plus à la mairie !  » ajoute encore Anne Sorel, désabusée.

Des personnes sont venues m’interpeller et me menacer à la mairie. Et je reçois régulièrement des coups de fil anonymes au milieu de la nuit, chez moi

Anne Sorel, maire de La Chapelle Neuve

Ce qui a motivé la démission de l’élue, ce sont les insultes, et les menaces régulières dont elle a été victime, sur les réseaux sociaux, mais pas seulement.

« Des personnes sont venues m’interpeller et me menacer à la mairie. Et je reçois régulièrement des coups de fil anonymes au milieu de la nuit, chez moi « , détaille Anne Sorel.

La peur a fini par s’installer. La peur d’être agressée physiquement, la peur de voir sa voiture sabotée  » Le matin, je regarde mes pneus avant de prendre la voiture pour venir à la mairie. C’est devenu invivable « , résume cette aide-soignante à la retraite, la voix tremblante.

« Mon moral est sacrément atteint, je suis au bout du rouleau » finit par lâcher Anne Sorel au téléphone.

Seul réconfort pour la maire de la Chapelle Neuve, les centaines de messages de soutien, reçus d’anonymes et surtout d’autres élus. Ces derniers l’ont félicitée d’avoir évoqué publiquement de ce qu’elle avait enduré «  Ils m’ont dit que j’avais bien fait de parler, que cela faisait avancer les choses. J’ai compris que beaucoup de maires sont en souffrance mais ne le disent pas ».

Cet évènement n’est pas sans rappeler d’autres épisodes récents d’agression, et menaces.

Rien qu’en Bretagne, ces derniers mois, le maire de Callac a été la cible de menaces de mort, de harcèlement, et d’intimidations alors qu’il travaillait sur un projet d’accueil d’une dizaine de réfugiés.

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En mai, la maire de Plougrescant, Anne Françoise Piedallu, a déposé plainte pour tentative d’homicide et menaces de mort après avoir découvert que les freins de sa voiture avaient été sectionnés.

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À Plourin-Les-Morlaix dans le Finistère, le maire s’est fait gifler. À Plouher-sur-Rance, l’édile a été menacé avec une arme.

Les chiffres officiels ne laissent pas planer le doute. Les agressions d’élus se multiplient. En 2022, 2265 plaintes et signalements de violences contre les élus ont été enregistrés, soit une augmentation de 32% en un an.

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Fabrice Robelet, président de l’association des maires du Morbihan se dit en colère.  » On est tous choqués par cette histoire. Ce qu’a subi Madame Sorel est atroce, inacceptable  » clame-t-il.

Le maire de Brec’h estime que ces situations sont  » insupportables  » mais il constate, lui aussi, que le phénomène ne fait que s’aggraver.  » On partage tous le même diagnostic, on a l’impression que nos concitoyens ont oublié tous les filtres et se croient tout permis « .

« On a tous en mémoire ce qu’a vécu le maire de Saint-Brévin-les-Pins« , rappelle Fabrice Robelet. « Pourtant on est des serviteurs, on est là pour améliorer le quotidien des habitants ! » ajoute-t-il consterné.

Pour le maire de Brech, il est temps de faire quelque chose.

À l’instar du département des côtes d’Armor il annonce la signature d’une charte pour la sécurité des élus avec la préfecture, la police, la gendarmerie, et le procureur de la République. Une façon de rappeler aux citoyens que s’attaquer à un élu, dépositaire de l’autorité publique, est un acte grave, puni sévèrement par la loi.

Le président de l’AMF du Morbihan souhaite également publier un texte cosigné par tous les élus du territoire, les maires mais aussi les conseillers départementaux et régionaux pour dénoncer ces actes et montrer leur solidarité. Il se dit aussi prêt à saisir le ministre de la justice.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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