Ma France : les municipales à l’épreuve de la cybermalveillance : Martial Foucault, politologue, et Frédéric Roig, maire

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Ma France s’intéresse à la place des réseaux sociaux dans campagne des municipales. Selon une étude du Cevipof, près d’1 maire sur 3 a reçu des insultes ou menaces sur les réseaux sociaux. Pour en parler, Martial Foucault, politologue, et Frédéric Roig, maire de Pégairolles-de-l’Escalette.

En 2025, alors que les élus sont de plus en plus actifs sur les réseaux sociaux, près d’un maire sur trois reconnaît subir des insultes ou des agressions en ligne, selon  28% des maires déclarent avoir subi au moins une attaque sur les réseaux sociaux l’année dernière, contre 20% en 2020, et c’est un chiffre un peu sous-estimé, explique Marcel Foucault,  politologue et professeur des Universités à Sciences Po :« C’est un phénomène qui est lié à l’émergence des réseaux sociaux dans la vie publique. On regarde souvent les réseaux sociaux au travers du sujet de la désinformation mais un peu moins sur la nature des violences que les réseaux sociaux peuvent suggérer de la part de citoyens qui ont trouvé là l’occasion et un support pour partager soit des insatisfactions. Beaucoup de citoyens n’hésitent plus aujourd’hui, à harceler. »

Ce que révèle l’étude, c’est aussi que les  élus utilisent les réseaux sociaux comme un moyen d’information, ce qui a des côtés positifs mais aussi négatifs, selon le politologue : » Le principal réseau social utilisé dans la vie des municipalités, des communes, c’est Facebook. C’est presque l’extension virtuelle du bulletin municipal que les citoyens recevaient avant au format papier. Tous les élus ne sont pas formés de la même manière à l’usage, aux pratiques, aux bons réflexes sur les réseaux sociaux. Et ça à son importance parce que certaines situations parfois s’enveniment,  parce que l’élu, un peu dépassé, n’a pas les bonnes techniques. Et puis, il y a aussi,  dans les petites communes, où l’intention est  de pouvoir donner de l’information aux citoyens, une confusion entre le compte de la commune, le compte institutionnel, Facebook, et le compte personnel de l’élu. Lorsque les deux fusionnent en quelque sorte, ça provoque beaucoup de dégâts et donc des situations de cyber malveillance. »

Frédéric Roig, maire de Pégayrol, de l’Escalette depuis 2001, depuis 25 ans, et président de l’Association des Maires de France du département, témoigne de l’évolution de la fonction avec l’usage des réseaux sociaux :« J’ai été élu en 1995, c’était les débuts des téléphones portables, et donc j’ai vécu effectivement cette transition. Aujourd’hui, il est difficile d’échanger autrement qu’au travers des réseaux sociaux, et notamment du réseau Facebook, pour un élu, quelle que soit la taille de sa commune. Et donc ça n’enlève pas fort heureusement la relation directe avec les gens, mais les gens communiquent aujourd’hui entre eux, quelles que soient les catégories socio-professionnelles et les âges, et donc à partir du moment où les citoyens sont tout le temps là-dessus, il est bien évident qu’on ne peut pas se passer de ce mode de communication. »

Il confie être régulièrement confronté à ce qu’il nomme « les courageux anonymes », des citoyens qui, dans l’anonymat, déversent du fiel contre l’action publique : « Mais ces gens-là on ne les voit pas souvent quand il faut venir se confronter à la réalité de la gestion communale.  Par exemple, pour des raisons de sécurité, depuis quelques années, on a un échangeur routier, et l’été avec les bouchons, c’est une file cessante de véhicules qui met en danger la vie des gens. J’ai obtenu que quelques heures dans la journée et uniquement le samedi, cet échangeur soit fermé. Et fréquemment, au mois de juillet, au mois d’août, je me fais insulter sur les réseaux parce que les gens trouvent cela inadmissible. Alors que 100% de la population y est favorable. Est-ce que se faire insulter sur Internet, ça a le prix de la vie d’un enfant ou d’une personne ? »

L’étude du Cevipof révèle également qu’à peu près 10% des maires déclarent que leur entourage familial sont aussi victimes de la même malveillance, qui parfois débouche sur une violence beaucoup plus physique, explique Martial Foucault :« On a quelques dizaines de cas dans lesquels on a pu observer que des situations, qui touchaient à l’intégrité physique des élus, était née de discussions, de contestations et de violences sur les réseaux sociaux. Et donc se pose la question de la formation des élus » . Pour le moment, il n’existe pas de formations similaires à celles mises en place avec la gendarmerie nationale ou police nationale alors que « les élus sont très demandeurs de ces ateliers de formation. Car on demande beaucoup aux maires, sur ces situations, d’être des médiateurs, d’avoir les bons mots, les bons réflexes pour qu’une situation ne se dégénère pas. Sur des sujets de désinformation, là je pense que c’est une bonne hygiène qu’il faut inculquer aux maires. Ne pas confondre un compte personnel à un compte institutionnel, veiller à ne pas faire ce qui est reproché aux citoyens, c’est-à-dire employer un ton très offensif, très violent, très blessant. Le maire ne peut pas se permettre d’être dans ce registre de prise de parole.