
L’avertissement des élus d’Enghien fait notamment écho aux résultats d’une enquête de l’Union des Villes et des Communes de Wallonie, publiés en septembre 2023. Le titre de ce rapport, Le blues des élus, était déjà un constat en lui-même. Dans cette enquête, 82% des plus de 400 élus sondés affirmaient notamment que les réseaux sociaux étaient le théâtre d’insultes, de menaces et de harcèlement à leur égard. En Wallonie picarde, de nombreux élus locaux ont déjà été victimes ou témoins de ces faits de violence.
Un phénomène généralisé
Vincent Palermo, le bourgmestre de Péruwelz (MR-IC) ne compte plus les dégradations commises sur son véhicule: « Des griffes, des pneus dégonflés. Un jour, quelqu’un avait même posé un phallus sur ma voiture. Il y a eu aussi des lettres anonymes, des messages sur les réseaux sociaux remplis de mensonges. Mais je ne vais pas me laisser décourager, au contraire. » Vincent Palermo a également été plusieurs fois témoin d’agissements de concitoyens envers les membres du personnel communal: « Heureusement, ça reste une minorité. À deux reprises, j’avais d’ailleurs pris les personnes dans mon bureau pour leur signifier qu’elles avaient totalement manqué de respect à nos collaborateurs. Elles se sont excusées. Je répète que ça ne concerne qu’une minorité. »
À Beloeil, le bourgmestre Luc Vansaingèle (PS) a dû intervenir suite au comportement d’un citoyen vis-à-vis du service population: « J’ai dû menacer d’appeler la police. En tant que représentant de l’ordre, je n’hésite pas non plus à signaler des faits à la police si besoin. Maintenant, sur 14.000 habitants dans la commune, il y en a peut-être vingt qui posent problème. »
Bruno Lefebvre, bourgmestre d’Ath (PS) a lui été personnellement visé à plusieurs reprises: « J’ai moi-même été victime d’un dépôt d’immondices à 4 reprises devant ma maison. Et nous avons déjà observé des attaques sur les employés des services administratifs et les élus de la ville d’Ath. Il y a un estompement de la norme à cause des réseaux sociaux. Je peux me faire insulter sur les réseaux pour un égout bouché et si je croise la personne le lendemain dans la rue, elle va me saluer poliment. »
Quant à Ellezelles, le bourgmestre affirme que la situation y est plutôt calme, même s’il y a tout de même « une dizaine de personnes, souvent les mêmes, qui réagissent de manière assez agressive aux décisions de la commune. Ce ne sont pas des personnes en particulier qui sont visées mais plutôt la commune en général, dans des déclarations du type »la commune ne fait rien ». Cela arrive sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie mais les réseaux agissent comme une caisse de résonance pour cette dizaine de personnes sur les 6000 habitants de la commune. »
À Comines, la jeune bourgmestre Alice Leeuwerck se dit parfois choquée des propos qu’elle peut lire sur internet à son encontre ou envers les agents communaux en général: « Nous sommes dans une période difficile où les gens ont l’impression d’avoir du pouvoir derrière leurs claviers et il y a une forme de haine, de malaise et de jalousie qui se développe. Facebook est devenu un exutoire de frustration et nous y sommes très vulnérables. Les insultes prennent différentes formes et sont aussi bien partagées dans la rue que par courriers, anonymes ou non. Les gens oublient parfois que nous ne sommes pas des machines et que parfois on ne s’en sort plus. En plus, en tant qu’élus politiques on ne peut pas toujours se justifier car il y a des choses confidentielles qu’on ne peut pas partager. »
Pas d’autre report à l’horizon
Si les élus locaux se soutiennent entre eux, il n’est pour l’instant pas question d’un mouvement d’ampleur de « grève de la démocratie » dans les communes de Wallonie picarde. Pour Bruno Lefebvre, « le geste du conseil communal d’Enghien est symbolique car cela donne un coup et montre que ces actes importants doivent être mis en évidence. » Mais le maïeur athois ne compte pas reproduire la manœuvre.
Pour le bourgmestre de Péruwelz, il est question de ne pas accorder l’attention qu’ils ne méritent pas aux acteurs de ces actes de violence: « Attention, je respecte tout à fait ce que le bourgmestre et le collège d’Enghien ont souhaité faire, mais pour ma part, je ne voudrais pas donner plus de visibilité encore à ces inciviques irrespectueux. »
Luc Vansaingèle estime quant à lui que l’ajournement d’un conseil communal se ferait au détriment des citoyens de la commune: « Chacun a sa façon de voir les choses mais à titre personnel, je n’aurais pas agi comme mon homologue d’Enghien. Je ne suis pas sûr que reporter le conseil et donc peut-être des dossiers importants pour la vie des citoyens soit la meilleure manière de faire. Il a voulu marquer le coup et je peux le comprendre, mais pour améliorer la confiance du citoyen dans les institutions et éviter que des énergumènes ne propagent de tels propos, je crois que reporter un conseil communal n’est pas la solution. Je ne voudrais surtout pas retarder des dossiers pour ça. Ce sont deux choses différentes. » Ce point de vue est partagé par la bourgmestre de Comines: « Je comprends la démarche du collège communal d’Enghien mais aujourd’hui les gens ont tendance à tout mélanger donc cela pourrait être mal reçu par les citoyens d’utiliser le report du conseil comme signe de contestation » ajoute Alice Leeuwerck.
Des dispositifs spéciaux contre les violences
Les communes ne comptent cependant pas rester silencieuses quant aux violences que subissent le personnel et les élus. À Péruwelz, un registre de faits de tiers recense de tels comportements: « Nous avons une personne de confiance qui gère ce registre et ça peut aller jusqu’à une plainte s’il le faut. Sur demande, il existe aussi des espaces de parole au sein de l’administration et tant la directrice générale que la responsable des ressources humaines et moi sommes disponibles. Nous avons déjà déposé des plaintes pour des menaces contre des collaborateurs. A un moment, il faut dire les choses si quelqu’un dépasse les bornes » explique Vincent Palermo. Le bourgmestre péruwelzien a d’ailleurs décidé de passer à la vitesse supérieure depuis ce mois de janvier, eu égard à certaines publications sur les réseaux sociaux: « Nous avons mis un avocat sur le coup parce que les insultes et les mensonges, ça va trop loin. Mandataires politiques comme citoyens doivent faire preuve de respect. Le débat contradictoire, d’accord, mais les attaques personnelles, ça non. Des gens tiennent des propos à la limite du racisme et attisent ainsi la haine. C’est inacceptable. Que tout le monde ait le respect, la politesse et l’écoute, dans l’intérêt du citoyen. Je défendrai toujours ça. Par contre, on ne peut pas tolérer les mensonges émis par des couillons qui ne signent même pas. Heureusement, beaucoup de citoyens sont capables de faire la part des choses. »
Le dépôt de plainte est aussi systématique à Ath en cas de violence envers les services administratifs et les élus. Pour Bruno Lefebvre, le but est de « montrer qu’il y a des règles et des lois à faire respecter. »
Comme le rapport de l’Union des Villes et Communes de Wallonie, l’action du collège communal d’Enghien est un signal envoyé aux citoyens, mais aussi aux plus hautes sphères de pouvoir. Dans son discours, le collège plaide pour un cadre légal qui protégerait l’exercice des mandats et fonctions publiques. Et pour Alice Leeuwerck, « il est urgent que le niveau fédéral se penche sur le problème et que la justice s’en empare pour créer un système semblable à celui de la France avec des lignes directes pour venir en aide aux élus locaux. Il est important de secouer tous les échelons! »
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