ENTRETIEN. Violences contre les élus : « Qui s’attaque à un maire s’en prend à notre État de droit », affirme la ministre Dominique Faure

l’essentiel La ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, Dominique Faure, a présenté le mois dernier son plan de lutte contre les violences faites aux élus.

La situation du maire de Montjoi, dans le Tarn-et-Garonne, a pris une ampleur nationale depuis nos révélations du mois dernier. Quel sentiment vous inspire cette nouvelle affaire ?

Cette affaire de Montjoi est particulière car elle relève du cyberharcèlement : un habitant utilise tous les moyens pour menacer le maire de la commune. Je me réjouis de voir que la plateforme Pharos (site web permettant aux internautes de signaler les contenus et comportements en ligne illicites, NDLR) a déréférencé ce youtubeur Papacito, qui ne cessait de proférer des menaces à l’encontre de Christian Eurgal. Ceci montre à quel point il est nécessaire de signaler le plus tôt possible les moindres faits de cyberviolence.

Christian Eurgal, le maire de Montjoi, devant le domicile d'un de ses administrés, le 2 juin 2023.
Christian Eurgal, le maire de Montjoi, devant le domicile d’un de ses administrés, le 2 juin 2023. DDM – MANUEL MASSIP

Comment analysez-vous cette montée de la violence contre les élus, dont les faits caractérisés ont augmenté de 32% entre 2021 et 2022, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur ?

Nous n’avons jamais vu ça dans ces proportions-là, et, je ne cesse de le dire, cette situation devient insupportable. Avec le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, nous ne laisserons rien passer. Le maire est le représentant de l’Etat et de la République sur le territoire : qui s’y attaque s’en prend à notre État de droit. Il faut impérativement que tous les maires, le plus tôt possible, signalent le moindre phénomène inquiétant : même un tag peut être considéré comme une menace, ce qui n’était pas forcément le cas il y a plusieurs années.

À lire aussi : Violence contre les élus : le gouvernement veut alourdir les sanctions pénales pour « arrêter cette spirale infernale »

Saint-Brévin, Montjoi, et plus récemment Toulouse… pensez-vous que les violences se sont banalisées ces dernières années ? Que disent-elles de notre rapport à la démocratie ?

Je constate, comme beaucoup de citoyens, cette montée des violences, et je crois en effet qu’il y a une forme de banalisation de ces dernières dans toutes les couches de notre société. On le voit notamment avec le comportement des extrêmes, qui n’hésitent plus à se montrer violents contre des élus, voire des policiers ou des gendarmes. Signifier verbalement son mécontentement contre un maire est une chose. Mais s’en prendre à lui, sa famille, ses amis ou son domicile est tout bonnement insupportable. C’est une sorte de gradation ultime des violences qu’il faut prendre très au sérieux. Il faut opérer un choc civique.

À lire aussi : Les violences envers les élus en hausse de 32% en 2022, selon le ministère de l’Intérieur

Quelles actions entreprend l’Etat pour enrayer ce phénomène ? Vous dévoiliez le mois dernier un plan de lutte en plusieurs axes…

Notre plan d’action se résume en quatre points : signaler, évaluer, protéger, sanctionner. Je souhaite que, désormais, une violence entraîne une évaluation systématique. C’est pourquoi nous prévoyons de créer un réseau de plus de 3 400 référents « atteintes aux élus » dans les commissariats et les gendarmeries. L’idée est que ces référents soient les portes d’entrée des élus pour libérer la parole. D’autre part, je compte très prochainement trouver une niche parlementaire afin de porter avec le Garde des Sceaux et Gérald Darmanin un renforcement des sanctions. Je souhaite qu’une personne qui s’attaque à un élu soit désormais punie de la même manière que celle qui s’attaque à un gendarme ou un policier. Nous sommes déterminés et considérons que l’alourdissement des sanctions peut servir d’avertissement.

À l’heure où de plus en plus d’élus locaux sont découragés par la fonction, comment redonner envie, dans ce contexte, de s’engager en politique ? Craignez-vous une « crise de la vocation » ?

Je ne crois pas que ces violences jouent énormément sur la démission des élus locaux. Elles seraient plutôt une composante de ce phénomène. Des maires que j’ai pu rencontrer, il semble plutôt que ce soit la charge administrative qui pousse parfois à quitter ses fonctions. Plus largement, je pense qu’il ne faut pas corréler ces violences avec ces démissions, puisque la plupart des équipes municipales sont résilientes : j’ai eu l’occasion de le voir avec le cas de Saint-Brévin, où l’ancienne adjointe, devenue maire de la commune – et qui fait à son tour l’objet de menaces – m’a dit qu’elle ne reculerait devant aucune intimidation. C’est très encourageant.

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

Source de l’article : Source