AboÉlus menacés à Yverdon
Un trentenaire sous enquête après avoir visé le syndic et un municipal
Le domicile de l’agent de sécurité a été perquisitionné et des armes saisies. Les élus, sous protection policière, témoignent. En ligne, les relations se sont dégradées.

Les deux élus sont sous protection policière légère. L’auteur des menaces est jugé instable psychologiquement. Il s’affiche avec des armes en ligne (image d’illustration).
Jean-Paul Guinnard – Archives
- Le syndic et un municipal d’Yverdon vivent sous la menace d’un individu instable.
- Une enquête judiciaire est ouverte et des armes ont été confisquées.
- Le climat politique tendu à Yverdon engendre des attaques personnelles en ligne.
Plusieurs élus yverdonnois craignent pour leur sécurité. Une scène résume la situation dans la cité thermale depuis quelques mois. Le 5 décembre au soir, en pleine séance du Conseil communal, deux agents en civil de la Police Nord vaudois (PNV) s’assoient discrètement au fond de la salle. Leur mission? Surveiller un individu qui s’est installé sur une chaise, dans un coin, avec un sac noir.
Ce trentenaire est sur leur radar depuis plusieurs semaines. Sur les réseaux sociaux, il a menacé de s’en prendre au syndic, Pierre Dessemontet (PS), et à son collègue de Municipalité Christian Weiler (PLR). Son profil inquiète les forces de l’ordre: un agent de sécurité rompu aux techniques de combat rapproché, vivant entre la Suisse et le Brésil. Celui qui s’affiche en ligne avec des armes est jugé instable psychologiquement. Une «protection légère» des deux élus est donc mise en place par la police cantonale et la PNV.
«On va s’expliquer»
«Il s’est fait filmer en plein jour devant l’Hôtel de Ville, mon lieu de travail, en train de crier: «Viens, on va s’expliquer», et une autre vidéo le montre en train de dire «je vais vous taper», livre Pierre Dessemontet. Estimant que l’intimidation «dépassait l’ordinaire», le syndic d’Yverdon a fait appel à la police, qui a enquêté. L’édile a déposé une plainte le 11 octobre, son collègue en a fait de même.

Pierre Dessemontet, le syndic socialiste d’Yverdon, n’entend pas se cacher, malgré les menaces.
Jean-Paul Guinnard – Archives
Une enquête judiciaire a été ouverte dans la foulée. «À la suite des plaintes mentionnées, une perquisition a été effectuée et des armes saisies chez l’intéressé. Celui-ci bénéficie de la présomption d’innocence», indique Eric Kaltenrieder, le procureur général.
«Ce sont des menaces répétées, substantielles et crédibles. On m’en veut en tant que syndic, pour avoir fait mon travail, constate le socialiste, stupéfait. Mais il n’est pas question que je me cache. J’ai décidé de ne rien changer et de prendre sur moi.» En cours depuis quatre mois, la mesure de protection policière – dont il n’a pas connaissance du dispositif – n’a été révélée que cette semaine par «Le Temps».
Lampe torche sur la façade
Chargé de la Sécurité publique à Yverdon, Christian Weiler fait état de «menaces directes et répétées d’agression physique» de la part du même individu. L’élu a vécu un événement préoccupant: «Une nuit, des gens se sont arrêtés devant mon domicile. Avec le faisceau d’une lampe torche, ils ont balayé la façade et les fenêtres pendant plusieurs minutes. Ce n’est pas un acte anodin… Peut-être de l’intimidation», confie le libéral-radical. Il fait preuve de plus de vigilance au quotidien, même s’il n’a pas réduit ses sorties en ville.

Le municipal PLR Christian Weiler a porté plainte contre l’individu qui l’a menacé en ligne.
Marie-Lou Dumauthioz – Archives
L’agent de sécurité le menace notamment en raison d’une proposition refusée de contrat faite à la Ville… directement sur Facebook, afin de régler le problème du deal à la place d’Armes en employant la manière forte. L’homme préconisait le déploiement de treize agents «spécialisés» et l’installation de 25 caméras de surveillance, pour 1,2 million de francs. «Des méthodes incompatibles avec un État de droit», commente Christian Weiler. L’auteur des menaces a de son côté déposé une plainte contre les deux élus.
«C’est un abruti»
Le député Vert Théophile Schenker a reçu un message vocal insultant et menaçant, après avoir commenté le projet de sécurité privée: «Je vais vous ni**** tellement profond, espèce de fils de p***!» Le Parti socialiste vaudois et Unia ont également été visés: «Je vais entrer directement chez vous et vous humilier devant vos enfants et vos parents», a scandé en ligne le virulent agent de sécurité. Le candidat socialiste à la Municipalité Julien Wicki fait partie de ses cibles.
Jeudi, son adversaire, le candidat Ruben Ramchurn, fondateur du parti Yverdon pour tous, a pris ses distances avec l’auteur des menaces, qu’il désigne comme son «pote». «Je ne cautionne pas ce qu’il a dit ou ce qu’il a fait. S’il a insulté ou menacé des municipaux, c’est un abruti. Mais je ne le contrôle pas», a-t-il déclaré par vidéo. Quant au trentenaire sous enquête, il minimise ses actes dans un texte en ligne: «Il n’y a eu aucune menace, simplement des taquineries qu’ils n’ont pas supportées.»
Pas de modération en ligne
Ces dernières années, la cordialité a peu à peu disparu des groupes Facebook de la capitale du Nord vaudois, à mesure que le clivage politique s’est accentué. Par dépit, «T’es d’Yverdon si… Officiel» a banni tout contenu à caractère politique. Mais d’autres groupes fourmillent de posts, parfois anonymes, portant des attaques personnelles sans modération. L’un d’entre eux est administré par Ruben Ramchurn.
La campagne électorale a exacerbé les tensions, au point que des sympathisants de gauche ont lancé une pétition pour dénoncer les «procédés d’extrême droite» de Ruben Ramchurn, avant qu’une pétition «contre la censure» émerge de son camp.

Après avoir subi des torrents d’insultes en ligne, la conseillère communale Ella-Mona Chevalley (Solidarité & Écologie) redoute de prendre la parole.
Jean-Paul Guinnard – Archives
De septembre à novembre, la conseillère communale Ella-Mona Chevalley (Solidarité & Écologie) raconte avoir été victime d’un déchaînement de haine sur la question du deal de rue après la publication de deux vidéos par l’ex-UDC sur plusieurs réseaux sociaux reprenant des extraits de son intervention au Conseil: «Il y a eu des centaines de commentaires insultants et très violents qui n’ont pas été modérés de sa part. Depuis, je redoute de prendre la parole contre lui et d’user de ma liberté d’expression et de débat. Il m’a désignée comme cible, et j’ai parfois même peur pour ma sécurité à Yverdon», déplore la jeune femme.
Ruben Ramchurn rétorque que lui aussi fait l’objet de calomnies répétées et de graves intimidations en lien avec sa bataille contre le deal. «J’ai reçu des menaces de mort pendant toutes les Fêtes. Ces gens prétendent être de la mafia de Lyon et auraient mis ma tête à prix 50’000 balles.» Il a porté plainte début janvier, messages reçus à l’appui, que nous avons pu consulter. Il énumère aussi plusieurs tentatives d’attaques perpétrées par des trafiquants. «On a essayé de rentrer deux fois chez moi en janvier, et un de mes véhicules a été visité», ajoute-t-il.
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