La violente agression qu’a subie Ramzi Sfaxi remonte au mois dernier. D’origine tunisienne, l’homme boit un café comme à son habitude dans l’un des bars, place des Halles, à Angoulême. « D’un seul coup, un employé ou un gérant, je ne sais pas, demande au serveur de ne pas me servir. J’ai demandé des explications. Rapidement, cet homme vient me voir et me dit : ‘T’es qu’un arabe de merde, dégage.’ &‘…
La violente agression qu’a subie Ramzi Sfaxi remonte au mois dernier. D’origine tunisienne, l’homme boit un café comme à son habitude dans l’un des bars, place des Halles, à Angoulême. « D’un seul coup, un employé ou un gérant, je ne sais pas, demande au serveur de ne pas me servir. J’ai demandé des explications. Rapidement, cet homme vient me voir et me dit : ‘T’es qu’un arabe de merde, dégage.’ ‘Je vais t’envoyer au bled, dans la grotte’, me dit-il. J’étais avec des amis, il a retourné la table. On a décidé de partir. Mais il m’a suivi, agressé dans la rue. »
Plusieurs dossiers sur la table
Cet Angoumoisin assure n’avoir aucun différend avec son agresseur. « J’ai fui la violence. J’ai décidé d’aller au commissariat sous le choc. On m’a dit de revenir le lendemain. Je me suis senti humilié. J’ai quand même porté plainte », montre-t-il sur une vidéo de son agression jusqu’au poste de police qu’il a captée depuis son téléphone. Depuis, l’homme vit dans la crainte, « regarde toujours qui [l] e suit. » « Je n’ai toujours pas de nouvelles de l’enquête. J’ai cette impression de n’être rien, de ne pas avoir le droit à la justice. »

Julie Desbois
Comme de nombreuses victimes, il a contacté SOS Racisme. Tahar Zerari reste aussi marqué par un dossier récent. « Un groupe de jeunes étudiants chinois, à Angoulême pour apprendre le français, subit au quotidien des insultes, des écrits racistes de leur propriétaire et de leur voisin. Je n’ose même pas dévoiler la teneur des propos. Lorsque je les ai écoutés, ils étaient très touchés. »
Il évoque aussi un employé d’une grande surface d’Angoulême. La victime souffre de harcèlement, d’insultes racistes « toutes aussi répugnantes les unes que les autres. Dans son vestiaire, cet homme a un petit casier pour ranger ses affaires. Il y découvre souvent des inscriptions : ‘Sale arabe, rentre chez toi’», lâche-t-il, marquant un blanc avant de continuer son récit. « Ces mêmes insultes ont été annotées jusque sur le papier toilette, au feutre. Nous avons essayé de rencontrer le patron. Il a voulu le virer, il ne voulait pas qu’il vienne nous voir, de peur d’une mauvaise publicité. »
« Elle était cheffe cuistot, on lui demandait de nettoyer les toilettes. »
Le président de SOS Racisme garde aussi un goût amer de l’histoire de cette infirmière. « Elle était rabaissée, sans cesse, juste parce qu’elle est d’origine africaine. Elle a dû s’arrêter de travailler pendant un an. Il y a aussi cette cheffe cuistot, 20 ans d’expérience. Une fois en poste, on lui donnait des tâches ingrates, jusqu’à nettoyer les toilettes. Les missions ne correspondaient pas du tout à l’objet du contrat », déplore-t-il. « Puis des cas plus compliqués, où la victime n’a pas eu d’autres choix que de s’exiler. J’ai déjà vu ça en Charente. C’est un échec total pour nous. »

Julie Desbois
Le contexte actuel mis en cause
Le contexte actuel et les dernières élections ont accentué les signalements auprès de l’association. « Les gens ont peur de parler, nous sommes parfois leur dernier rempart. La parole raciste se libère. Cette ‘libération’ existe depuis plus de 10 ans mais, aujourd’hui, elle est passée à un autre niveau. Au point d’en oublier que le racisme est un délit. Nous ne laisserons rien passer », prévient Tahar Zerari.
Le président pointe aussi l’absence des pouvoirs publics dans leur combat. « Il n’y a pas de reconnaissance. On est vu comme des emmerdeurs, des gens qui viennent gripper la machine. Il y a un déni certain d’une majorité d’élus politiques, qui ne veulent rien voir et rien entendre, prétextant qu’il n’y a pas de racisme ici ou ailleurs. Il y a aussi encore un réel déni des parquets et des tribunaux. C’est un délit pris trop à la légère. »
Si, depuis la création de SOS Racisme Charente en 2020, treize dossiers ont pu être traités, plus d’une trentaine n’a jamais pu être prise en charge, faute de moyens.
SOS Racisme Charente trouve refuge en Haute-Vienne
Jusqu’en 2022, l’association avait un local à Angoulême, dont le loyer était offert par la Ville. Mais cette année-là, la mairie d’Angoulême a demandé à SOS Racisme d’assumer la charge du loyer. « Impossible pour nous », assure le président Tahar Zerari qui explique avoir alors fait une demande de subvention à la mairie d’Angoulême. « On voulait entre 5 000 et 25 000€. Même la plus petite somme aurait permis de conserver le local. On a demandé trop, nous a-t-on répondu. » Elise Vouvet, adjointe chargée de la vie associative à Angoulême, ne retrouve, elle, « aucune demande officielle ou écrite ces dix dernières années ». « Effectivement, nous avons demandé 10€/m² pour le loyer, une modique somme. Ils sont ensuite partis d’eux-mêmes. Lorsqu’il y a des difficultés, notre devoir est de chercher des solutions. Mais il faut réellement venir nous voir pour cela. »
En attendant de formuler une demande, Tahar Zerari reçoit les personnes qui le contactent dans un bar. « Elles doivent déballer leur vie dans une intimité qui n’existe plus. Certaines n’osent plus. » Alors que, dans son ancien local, le bénévole pouvait accueillir jusqu’à quatre à cinq personnes par semaine.
L’antenne charentaise a également trouvé refuge chez le voisin de Haute-Vienne. Avec deux juristes à ses côtés, l’association peut assurer les poursuites de certains dossiers. « Des Charentais viennent jusqu’à Limoges, pour avoir un petit coin d’intimité, assure Hugues Mathieu, le président de SOS Racisme Haute-Vienne. C’est le cas des étudiants chinois. C’est notre devoir de les accueillir, nous ne devons pas laisser un seul citoyen être victime de haine raciale », martèle-t-il.
Autre problème, sans subvention, le champ d’action de l’association se réduit presque à néant. SOS Racisme accompagne les victimes au commissariat ou à la gendarmerie, aide à la rédaction de plainte, peut se constituer partie civile en cas de procès et mène aussi un travail de pédagogie. « On prend tout à nos frais. Rien que d’entamer une procédure, ça devient perdu d’avance sans argent. »
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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.
Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.
Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.
L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.
Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.
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