Chicago entre déclin démographique, violence armée et tentatives de revitalisation

Il y a quelques semaines, Chicago était prise d’assaut par des dizaines de milliers de délégués démocrates pour la convention qui a couronné Kamala Harris comme candidate à la présidence des États-Unis. Alors que d’imposantes mesures de sécurité avaient verrouillé le centre-ville, la petite vie paisible continuait son cours dans les quartiers résidentiels cossus.

Dans le quartier Andersonville, la courtière en immobilier Khadija Laurens fait visiter une de ces maisons de ville très recherchées, parce que non loin du centre-ville.

Son client Marc, originaire de Normandie, qui est locataire depuis deux ans, veut justement s’acheter une maison pour être à proximité de son travail.

Il n’a que de bons mots pour Chicago. C’est une ville magnifique où on peut y marcher et y faire du vélo, ce qui est différent de beaucoup d’autres villes américaines, qui sont l’empire de la voiture.

Le prix moyen d’une maison à Chicago est de 850 000 $ US, beaucoup moins cher qu’à New York par exemple, selon Khadija Laurens.

Le marché immobilier de Chicago, c’est un marché qui est stable. Ce n’est pas comme en Floride, où les prix peuvent exploser et ensuite s’effondrer.

Une citation de Khadija Laurens, courtière en immobilier
Khadija Laurens.

Khadija Laurens, courtière en immobilier à Chicago, constate que bien des immeubles de bureaux du centre-ville sont vides depuis la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Au centre-ville, par contre, c’est une autre histoire, où énormément de tours de bureaux ont été désertées. Tout le monde travaille de chez soi, explique l’agente immobilière. Les entreprises, aujourd’hui, ont du mal à faire revenir les employés au bureau, parce qu’ils n’en ont pas besoin, ils font une l’économie de temps et sur le transport.

Le centre-ville déserté

Résultat : Chicago a connu une forte baisse des nouvelles constructions, avec seulement neuf grues opérationnelles l’été dernier, contre 29 en février 2020, juste avant le début de la pandémie. Une baisse de 69 %, une des plus importantes parmi les grandes métropoles américaines. La valeur immobilière des immeubles de bureaux a également chuté.

Plusieurs grandes entreprises ont fui le centre-ville, dont Citadel, l’un des plus grands gestionnaires d’actifs alternatifs au monde – avec plus de 62 milliards de dollars d’actifs sous gestion –, mais aussi le géant de l’aérospatiale Boeing.

Le centre-ville de Chicago.

Le centre-ville de Chicago ne s’est pas encore remis de la pandémie, qui a vidé les tours de bureaux.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

À l’Institut des politiques de l’Illinois, Austin Berg, qui fait partie de ce groupe de réflexion conservateur, a fait des calculs.

Le taux d’inoccupation de notre centre-ville est supérieur à 25 %. C’est un record pour notre centre-ville. Mais il est certain que de nombreuses villes connaissent le même phénomène avec l’évolution du travail à domicile.

Une citation de Austin Berg, membre de l’Institut des politiques de l’Illinois

Le problème, c’est qu’à Chicago, la marge d’erreur est très faible, parce que la ville a une dette énorme et 40 % de son budget est consacré aux coûts fixes, explique Austin Berg.

Cette charge ne pourra pas être remboursée par une ville en déclin. Nous devons nous développer pour payer ces dettes. Or, nous avons des signes très inquiétants de rétrécissement à Chicago, tant sur le plan économique que démographique.

Et le déclin démographique continue depuis les neuf dernières années. Si la tendance se maintient, Chicago sera bientôt dépassée par Houston pour le titre de troisième ville des États-Unis.

De 1870 à 1900, Chicago était la ville qui avait connu la croissance la plus rapide du monde, indique M. Berg.

Mais aujourd’hui, Chicago est revenue au même niveau de population qu’en 1920, soit un peu moins de 2,7 millions d’habitants.

Violence et gangs

Les années 1920, justement, rappellent l’époque d’Al Capone, le puissant gangster de Chicago. Sous son règne mafieux, les rivalités croissantes avec d’autres criminels ont plongé la ville dans des conflits qui tournaient souvent à la violence.

Leentje De Leeuw.

Leentje De Leeuw, journaliste et guide, déplore la présence de nombreuses armes à feu dans les grandes villes comme Chicago.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Leentje De Leeuw, journaliste et guide établie à Chicago, montre du doigt les armes à feu qui pullulent dans la ville. Mais c’est un problème à l’échelle du pays, dans chaque grande ville, et pas seulement à Chicago, nuance-t-elle.

Il y a certains quartiers du West Side et du South Side où se trouvent les gangs. Ce sont des gangs de drogue, même du cartel d’El Chapo, mais ce n’est pas la ville la plus dangereuse des États-Unis. Je pense que ce n’est même pas dans le top 20.

Une citation de Leentje De Leeuw, journaliste et guide établie à Chicago

Même si la ville a connu une moyenne de 11 homicides par semaine au cours des 12 derniers mois, Chicago n’est en effet pas parmi les plus violentes.

Les villes de Détroit, de Baltimore et de Saint Louis remportent la palme. Mais il reste qu’avec la densité de population et les nombreuses armes à feu en circulation, Chicago a un taux de criminalité violente supérieur à la moyenne des États-Unis.

Dans le sud de la ville, le pasteur Donovan Price est un habitué des fusillades. Celui qui a vu des horreurs est souvent appelé pour réconforter les proches de victimes en crise.

La plus jeune victime était une enfant de cinq mois qui a été tuée par balle dans son siège d’auto. Elle s’appelait Cecilia, se rappelle-t-il. J’ai passé trois heures dans la chambre de l’hôpital avec la mère, le père et l’enfant mort.

Chaque soir de fin de semaine, il surveille avec son téléphone les alertes de fusillades dans les quartiers proches.

Un samedi soir, lors de notre entrevue, il recense en l’espace de 30 minutes trois fusillades. Du moins, ce sont celles qui sont rapportées. Quand il se passe quelque chose dans le quartier, personne ne dit rien, et personne n’appelle réellement la police.

Une personne est tirée toutes les 2 heures et 48 minutes, et une personne est assassinée toutes les 14 heures et 23 minutes.

Une citation de Le pasteur Donovan Price

Attaques républicaines

Depuis 2023, le maire nouvellement élu de la Ville, Brandon Johnson, multiplie les conférences de presse pour s’exprimer après des fusillades meurtrières.

Depuis 1931, tous les maires de la ville sont des élus démocrates, ce qui en fait une cible de choix pour les républicains qui attaquent la gestion de la ville et déplore la dangerosité de la municipalité.

Le pasteur Price ne pense pas qu’un maire républicain changerait grand-chose. Si nous avions un maire différent, appartenant à un autre parti, pensez-vous que les jeunes n’auraient pas d’armes? […] Les armes sont les nouveaux jouets. Si vous avez 12 ans et que vous avez une arme, vous voudrez l’utiliser quoi qu’il arrive.

Les républicains étant peu enclins à réglementer la disponibilité et le port des armes, cela ne changera pas à Chicago non plus, pense-t-il.

Austin Berg.

Austin Berg, membre de l’Institut des politiques de l’Illinois, estime que Chicago fait face à un inquiétant déclin démographique.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

C’est aussi ce que pense Austin Berg, de l’Institut des politiques de l’Illinois. Je suis d’avis que vous pourriez élire mère Teresa ou Périclès au poste de maire de Chicago, ils seraient toujours confrontés à des défis très importants en raison de la structure de notre gouvernance.

Il estime que si la ville se dotait d’une charte comme New York et Los Angeles, pour en moderniser la gouvernance, bien des problèmes comme la corruption pourraient être évités.

Le conseil municipal de Chicago, en particulier, est l’organe législatif le plus corrompu d’Amérique, déplore l’analyste. Depuis les années 1970, plus de 40 conseillers municipaux ont été emprisonnés pour corruption.

Le conseil municipal de Chicago a donc un taux de criminalité comparable à celui des quartiers les plus dangereux en raison des responsabilités qui leur sont confiées, ajoute M. Berg.

La journaliste Leentje De Leeuw constate aussi que la justice ne suit pas toujours. Ce qui est un problème ici, c’est que certains criminels ne sont pas vraiment punis. Mais on est optimiste que quelqu’un va vraiment rendre coupable les criminels, parce que c’est encore un problème typique de Chicago.

En attendant que le problème de la criminalité, qui peut donner une image peu attirante de la ville, soit vraiment prise à bras-le-corps, le maire Johnson veut donner un coup de fouet à Chicago.

Il va ainsi accorder 150 millions de dollars de subventions à des promoteurs immobiliers pour qu’ils convertissent en hôtels et en appartements des espaces de bureaux inutilisés au centre-ville.

Ce qui n’est pas toujours bien perçu, lorsque c’est aux frais des contribuables qui sont déjà très imposés à Chicago.

Revitaliser le centre-ville en déclin et essayer de polir la ville, c’est déjà un bon début pour la courtière immobilière Khadija Laurens, qui demeure optimiste pour l’avenir de sa ville. Ils vont devoir se recréer, se trouver autre chose pour revitaliser et ramener du monde.

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

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