«J’ai eu peur », avoue Frédéric Birac, une semaine après son agression. Le maire de Bieujac, village de 670 habitants situé dans la campagne langonnaise, a hésité avant de témoigner. « Je n’aime pas être plaint, je ne cherche pas la lumière. » Mardi 25 mars vers 18 h 30, une voiture fait crisser ses pneus sur le parking de la salle polyvalente. À l’intérieur du bâtiment municipal, des enfants suivent un cours de danse urbaine. « Une collègue conseillère municipale m’a appelé pour me dire que des jeunes faisaient n’importe quoi avec leur voiture et qu’il y avait un danger pour son fils et ses copains du cours de danse. J’habite à deux minutes à pied, je suis venu », rembobine Frédéric Birac, maire depuis 2020.
En arrivant sur place, l’élu découvre des traces de pneus sur le petit chemin caillouteux et l’herbe reliant le parking de la salle polyvalente aux terrains de tennis et de pétanque. « Ce chemin est formellement interdit aux voitures », précise l’édile avant de poursuivre : « Alors que j’étais en train de constater les traces au sol avec ma collègue du Conseil municipal, la voiture est remontée sur le chemin interdit. J’ai fait de grands gestes pour dire au conducteur de s’arrêter. » Dans la voiture citadine : deux jeunes « âgés de 20 à 25 ans » : « Je ne les connais pas. Ils ne sont pas du village. »
Des noms d’oiseau
La discussion s’envenime rapidement. Les imprudents disent vouloir récupérer leurs boules de pétanque oubliées. Le maire leur demande de faire demi-tour et de venir les chercher après avoir garé leur véhicule sur le parking, situé à moins de 100 mètres de là. « J’ai bien précisé que j’étais le maire de la commune. Cela n’a pas calmé un des deux protagonistes qui m’a mis trois coups de poing dans le thorax. Heureusement, je suis costaud. J’en ai vu d’autres pendant mes dix années de pratique de rugby. Mais j’étais abasourdi. Ma collègue élue aussi. Nous avons été copieusement insultés. » La voiture est repartie sur les chapeaux de roues. « Sur le choc, je n’ai pas pensé à relever la plaque », regrette le maire de Bieujac. Les gendarmes enquêtent pour retrouver le véhicule et ses deux occupants.
« Je n’ai pas dormi le soir des faits. Depuis, c’est compliqué. Ils savaient que nous étions élus. Cela ne les a pas empêchés de me frapper et de nous injurier »
Frédéric Birac n’est pas tombé au sol. Mais son esprit est marqué : « Je n’ai pas dormi le soir des faits. Depuis, c’est compliqué. Ils savaient que nous étions élus. Cela ne les a pas empêchés de me frapper et de nous injurier. » La victime a porté plainte dès le lendemain. Il a reçu des messages de soutien de son cercle proche, du préfet, du sous-préfet, du président de l’Association des maires de Gironde (AMG) et de quelques élus au courant de la situation. « J’ai rendez-vous mercredi au Centre d’accueil en urgence de victimes d’agression (Cauva) », précise-t-il avant de soupirer : « Je suis choqué. »

A.D.
À portée de coups de poing
Frédéric Birac a trop l’habitude de se soucier des autres. Pas question de s’apitoyer : « Je pense à ma collègue du Conseil municipal et à tous les habitants de Bieujac qui voient désormais cette chaîne empêchant les voitures de circuler. C’est triste d’en arriver là, juste à cause de deux imbéciles. » Le lendemain de l’agression, le maire a demandé à un employé municipal d’installer cette protection pour bloquer les véhicules.

Mairie de Bieujac
« Il y a quelques mois, le maire de Langon disait que les élus n’étaient plus à portée d’engueulade mais à portée de baffe. J’ai envie de dire aujourd’hui que nous sommes à portée de coups de poing », ironise le quinquagénaire dont la motivation n’a pas été ébréchée. « Je ne vais pas baisser les bras à cause de deux idiots. Cet accrochage n’est pas représentatif de ce que je vis au quotidien. Je vais continuer », positive le maire de Bieujac, également référent des déchets ménagers à la Communauté de communes du Sud-Gironde et président du syndicat des eaux du secteur. Il compte bien se représenter dans un an.
Les dernières agressions en Sud-Gironde
La liste des élus agressés en Sud-Gironde s’allonge. En novembre 2020, le conseiller municipal Patrick Mazzi a été hospitalisé avec des coups portés par un jeune de 16 ans. En février 2021, le maire de Bassanne Richard Gauthier, dont le village a été entièrement inondé, a été frappé par un habitant mécontent. En décembre 2021, le maire de Saint-Macaire Cédric Gerbeau a été victime d’une pluie d’insultes et d’un coup de planche en bois. En juillet 2024, le maire de Langon Jérôme Guillem a été bousculé en public puis harcelé. En janvier cette année, le maire de Saint-Pierre-d’Aurillac Stéphane Denoyelle a été pris à partie par un chauffard dans le bourg. Quelques jours après, l’élu municipal de Targon Frédéric Dejean a eu droit à des crachats, des insultes, et a dû esquiver un coup de poing. Cette liste n’est pas exhaustive.
…
Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.
Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.
Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.
L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.
Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.
Source: Source
