« Nous sommes les souffre-douleurs de la société » : les élus locaux réunis dans l’Hérault après l’agression du maire de Pérols

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Agressé le 31 janvier dernier, le maire de Pérols a accueilli ce vendredi ses homologues pour les remercier de leurs soutiens. Partage d’expériences obligatoire.

« On m’a traité de tous les mots : putes, salopes… C’était même écrit sur une banderole qu’on avait mise pour soutenir les commerçants. » Anne Durand est maire de Viols-le-Fort depuis 2020. Elle a fait connaissance frontalement avec cette forme de violence dont sont victimes les élus locaux. Elle échange avec Laurent Jaoul, son homologue de Saint-Brès : « Moi, en 2017, il y a en un qui a voulu mettre une balle à sangliers dans la tête. Et quand les gendarmes sont arrivés, il leur a tiré dessus ! »

« T’es qui toi ? Tu te prends pour qui ? »

Ce vendredi, à Pérols, après le discours de Jean-Pierre Rico, chacun y va de son anecdote, la discussion va bon train. « On te dit : t’es qui toi ? Tu te prends pour qui ? Alors qu’ils te connaissent, que tu leur as alloué un logement social. » ; « Et les réseaux sociaux ? Là, c’est du harcèlement ! » ; «  Nous sommes les souffre-douleurs de la société ! »

Ce vendredi, le maire de Perols, dans l’Herault, agressé dans l’hôtel de ville le 31 janvier, à remercié ses homologues pour leur soutien pic.twitter.com/eUhzoC5ioq

— Midi Libre Montpellier (@MLMontpellier) February 14, 2025

Le maire, un citoyen pas comme les autres

S’en prendre à un policier, tout le monde le sait, ça peut coûter cher. Eh bien pour un maire, c’est pareil. Dépositaire de l’autorité publique, il n’est pas un citoyen comme les autres puisque reconnu “officier de policier judiciaire”. À ce titre, il peut constater des infractions sur sa commune, transmettre des informations au procureur et… il a même le pouvoir de dresser des procès-verbaux.

Le 21 mars 2024, une loi est venue renforcer la protection des élus locaux. Avec 19 articles, alourdissant les sanctions pénales de l’agresseur, l’octroi automatique de la protection fonctionnelle, l’amélioration de l’information…

C’est à quelques pas de l’endroit où son interlocuteur l’a saisi par le col, le poing levé avant que les policiers municipaux n’interviennent, que le maire de Pérols, Jean-Pierre Rico, a accueilli ce vendredi matin les maires qui l’ont soutenu et prononcé son discours. Avec des mots forts. « Deux fois, j’ai été confronté à l’extrême colère d’individus irresponsables et irrespectueux. Et je ne suis pas le seul. Chaque jour en France, des maires, adjoints, conseillers municipaux sont insultés, harcelés, menacés, frappés et, malheureusement, certains en meurent. » Rappelant alors le drame de Signes, dans le Var, en 2019, où le premier magistrat avait été percuté par un camion qui venait de déposer des gravats. « En 2023, près de 2 300 élus ont été victimes de violences dans l’exercice de leur fonction. Cela représente plus de six élus par jour ayant déposé plainte pour une agression. »

François Commeinhes, venu de Sète : « Je suis agressé régulièrement »

Sur cette place de la mairie, ils sont une quinzaine de maires et d’élus, écharpe tricolore en bandoulière. La ministre déléguée Patricia Miralles est présente, les sénateurs Grand et Bourgi, les maires de Castelnau, Saint-Georges-d’Orques, Vendargues, Villeneuve-lès-Maguelone, Mauguio… François Commeinhes aussi est là, venu de Sète, « soutenir un ami. Je suis agressé régulièrement. Il y a quinze ans, j’ai pris un coup de poing par quelqu’un qui pissait sur une porte d’entrée. Il y a trois ans, pareil, lors d’une inauguration. Ça fait vingt-quatre ans que je suis maire, oui, ça a encore évolué, depuis cinq ans je dirais. Je pense que les réseaux sociaux ont exacerbé les pulsions. Mais on résiste. »

Des pistes ?

Les réseaux sociaux ? Au micro justement, Jean-Pierre Rico a mis en avant cinq pistes qui pourraient aller dans leur sens : « supprimer l’anonymat des réseaux sociaux, renforcer les sanctions contre les agresseurs d’élus avec des procédures rapides, soutenir les élus victimes de violence, restaurer une culture de dialogue. » Une procédure plus rapide ? Le maire de Pérols apprécie déjà qu’en huit jours après sa plainte, l’homme a été interpellé, entendu, présenté au procureur puis au juge des libertés et placé sous contrôle judiciaire. L’agresseur répondra de son acte en mai prochain devant le tribunal. Ceci grâce à une loi votée le 21 mars 2024, renforçant justement la protection des maires (lire par ailleurs).

« C’était mardi, je vais porter plainte »

« La violence n’est pas que physique », souligne le sénateur Jean-Pierre Grand, maire de Castelnau-le-Lez durant 34 ans, qui évoque la violence militante. « On n’en peut plus. Chacun pense qu’il est détenteur de la vérité. ce qu’on vit, c’est fou ! » Lui pense au dossier de déplacement de la clinique du Parc à Sablassou. À Castelnau justement, Frédéric Lafforgue prend un autre exemple, à la suite de son arrêté municipal interdisant sur sa commune la projection d’un film jugé raciste. « Cette semaine, quelqu’un a appelé l’état-civil et il m’a menacé de mort. C’était mardi. Je vais porter plainte. » Une histoire sans fin ?

La Marseillaise pour finir la mobilisation des maires de l’Herault après l’agression dont a été victime le maire de Pérols le 31 janvier dernier pic.twitter.com/zTewWPglWe

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« J’ai été menacée de décapitation »

Ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants, Patricia Miralles était présente de vendredi à Pérols.

Emmanuel Macron a joint ce matin Jean-Pierre Rico grâce à votre intermédiaire…

Le Président a pris connaissance de cette réunion par le préfet. Il m’a demandé si j’étais sur place. J’ai dit oui. Il m’a aussitôt appelé et je lui ai passé Jean-Pierre Rico. Il garde un excellent souvenir de la commune, quand il était passé en 2023.

De quoi ont-ils parlé ?

Ils ont échangé sur la loi de 2024 renforçant la protection des maires. Ils ont aussi parlé de l’anonymat sur les réseaux sociaux, sur lequel nous avons un travail à faire.

Vous-même avez-vous déjà été menacée ?

J’ai reçu soixante menaces de morts au moment du Covid (elle défendait la vaccination obligatoire, NDLR), j’ai été menacée de décapitation… Ce n’est pas normal. Et ce n’est normal nulle part. Cela arrive à l’hôpital, à l’encontre des pompiers, à l’école… On leur reproche quoi à nos enseignants ? D’éduquer nos enfants ? Il faut revenir aux fondamentaux.

Pour les maires et les élus locaux, quels sont ces fondamentaux ?

Quand un maire s’engage, il faut que la Nation soit derrière lui. Chaque Français doit être derrière son maire. Il est élu au suffrage universel. Que l’on soit d’accord avec lui ou pas, on n’a pas à l’agresser.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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