Violences en hausse : les médecins de plus en plus ciblés par les agressions

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Jean-Jacques Avrane. Tout d’abord, je précise que je suis également délégué à l’Observatoire national de la sécurité des médecins ; depuis plus de vingt ans, l’Ordre a déjà pris en compte la violence contre les médecins et les professionnels de santé. Or, chaque année, nous publions une étude sur le sujet, en collaboration avec l’institut de sondage Ipsos. Cela donne une bonne idée de l’état des lieux de la sécurité. Cette étude sera publiée début octobre, je n’ai donc pas encore précisément les chiffres de l’année 2023, mais je peux déjà dire qu’ils ne sont pas bons.

Le pourcentage de violences a encore évolué. Depuis vingt ans, on constate une augmentation régulière de celles-ci. Entre l’année 2021 et 2022, il y a eu une augmentation de 23 % des violences à l’encontre des médecins. C’est énorme.

Comment comprendre cette hausse des agressions ?

On peut y voir deux choses. Premièrement, cette évolution peut être mise en parallèle avec la montée des violences en général dans notre société.

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Augmentation de 23 % des violences contre les médecins entre 2021 et 2022

Deuxièmement, je pense à ce qui vient de se passer à Mougins : les forces de l’ordre subissent aussi des violences. Les élus, les médecins, les pompiers, les policiers – tout ce qui représente l’institution – deviennent plus particulièrement des victimes.

Vous parlez de violences, quelles sont-elles ?

Quand je parle de « violences », je pense à différents types d’entre elles : les violences verbales et, malheureusement, également les violences physiques, les vols, les dégradations dans le cabinet, des tags antisémites sur les plaques des médecins…

Chaque année, nous analysons ces différents types de violences et qui elles touchent. Les plus courantes sont les agressions verbales, qui viennent du patient ou de la famille du patient.

Dans notre société, parfois, quand le patient arrive chez le médecin, non seulement il sait ce qu’il veut, mais en plus il exige du médecin ce qu’il a décidé qu’il fallait faire. Or, cela ne se passe pas comme cela : le diagnostic résulte d’un examen, d’une discussion, d’un échange et d’une décision thérapeutique prise par le médecin, après ses consultations.

« Souvent, les médecins n’osent pas porter plainte »

Aujourd’hui, le patient arrive en disant : « Je veux un arrêt de travail d’une semaine ». Or, le médecin n’est pas obligé de le lui donner s’il estime que cela n’est pas nécessaire. Nous ne sommes pas des distributeurs d’arrêts de travail. À Marseille, un patient a frappé une médecin et une personne qui l’accompagnait a mordu celle-ci, parce qu’elle refusait de délivrer une ordonnance.

Concrètement, qu’avez-vous mis en place à l’Ordre des médecins ?

Nous avions travaillé avec le ministre de la Santé de l’année dernière, madame Firmin Le Bodo, sur une commission, avec monsieur Masseron, qui est médecin, afin de réaliser un rapport sur ces violences. Le ministère de la Santé a donc pris la mesure de ces violences, un travail a été fait. Désormais, il faut qu’il soit suivi au niveau du gouvernement, au niveau institutionnel. Je sais qu’il faut du temps.

L’année dernière a été voté à l’Assemblée nationale un durcissement des peines relatives aux agressions des professionnels de santé. Je souligne aussi qu’à l’initiative de la députée Astrid Panosyan-Bouvet, il est possible aujourd’hui pour un professionnel de santé, lorsqu’il dépose sa plainte, de se domicilier au Conseil de l’Ordre. L’intérêt d’une telle mesure : le médecin n’a pas à donner son adresse personnelle et évite donc des représailles. Certains médecins, après avoir été agressés, décident même de retirer leur plaque et d’arrêter d’exercer.

Nous faisons un travail de prévention à l’Ordre des médecins : informer la population, faire comprendre la gravité des agressions, quelles qu’elles soient. C’est la seule façon de nous permettre d’agir ensuite en réaction à ces prises de conscience. Les chiffres que nous avons en notre possession ne représentent que la face visible de l’iceberg. Il y a un grand nombre d’agressions que nous ignorons.

Pourquoi ? Car souvent, les médecins n’osent pas porter plainte. C’est un secteur dans lequel les professionnels ont de l’empathie, et veulent en général arranger les choses seuls. Or, il me semble qu’il ne faut pas laisser les choses se dégrader.

Depuis une dizaine d’années, des protocoles de sécurité ont été signés avec les procureurs et les autorités départementales, afin que chaque médecin puisse avoir ainsi un accès rapide à un policier ou à un gendarme, dans le cas où il veut porter plainte. Éventuellement, des visites sont prévues quand un médecin s’installe dans son cabinet – pour des conseils de prévention, afin que le cabinet soit plus sûr.

Enfin, l’Ordre des médecins apporte un soutien aux professionnels victimes d’agression, car l’épisode peut avoir été traumatisant. Nous les aidons à reprendre leur activité lorsqu’ils hésitent à le faire.

Nous travaillons également sur la mise en place de « boutons pressoirs » : en cas d’agression, le médecin peut ainsi prévenir quelqu’un, discrètement, sans que l’agresseur s’en rende compte, afin d’avoir, après vérification, une aide des autorités. Cette proposition est en cours d’expérimentation, en Guyane notamment. C’est un défi d’organisation, car il faut aussi préserver le secret médical, et de financement.

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

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