
Jean-Yves Chapelet, maire de Bagnols-sur-Cèze, est équipé d’un bracelet d’alerte depuis un an et les menaces reçues dans le dossier de l’imam Mahjoubi. Alors que le gouvernement annonce qu’il pourrait être généralisé, l’édile évoque son utilité.
Vous avez été équipé en mai 2024 d’un bracelet d’alerte, après avoir reçu des menaces à la suite de l’expulsion de l’imam Mahjoub Mahjoubi. Le portez-vous toujours un an après ?
Oui. Les menaces se sont calmées, mais j’en ai reçu d’autres pour un sujet similaire, heureusement moins virulentes. Et puis, ce dossier est toujours en cours, le dernier jugement en appel étant programmé le 7 octobre. Je préfère donc le conserver pour l’instant, il me rassure et, c’est très important, il rassure mon épouse et mes proches. Je le porte même constamment et je ne le cache pas ; il est toujours à mon poignet, les gens le voient et, depuis un an que j’en suis équipé, la plupart connaissent sa fonction.
C’est un outil aussi dissuasif ?
Je le crois. Et pourtant, je suis un ancien rugbyman, j’ai servi dans les parachutistes, je ne suis pas du genre à courber l’échine si on me menace. Je ne l’ai d’ailleurs jamais activé.
Le gouvernement envisage de généraliser ce dispositif d’alerte. Comment cela fonctionne ?
C’est un bracelet d’appel, similaire à ceux que l’on donne aux personnes âgées qui vivent seules à leur domicile. La différence, c’est qu’il est relié aux forces de police, par le biais d’une petite manipulation à effectuer. J’ai donc le sentiment de ne pas être seul s’il m’arrive quelque chose. Et ainsi d’avoir le soutien de l’État qui a reconnu, en m’équipant de ce bracelet et, au moment des faits, en organisant des patrouilles autour de mon domicile, que je traversais un moment difficile.
« Un dépôt de plainte à chaque menace ou insulte »
Est-ce que ces menaces que vous avez essuyées traduisent la dégradation de la relation des administrés avec les élus ?
Cette affaire-là, je crois, est le reflet de la société. Il n’y a plus de demi-mesure, beaucoup sont tout de suite dans l’excès, sans même prendre le temps de s’intéresser au sujet, d’en comprendre les tenants et les aboutissants. C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’à la mairie de Bagnols-sur-Cèze, nous avons coupé les commentaires sous nos publications sur les réseaux sociaux. Face aux menaces ou insultes, j’ai aussi décidé qu’il y aura à chaque fois un dépôt de plainte. Je ne refuse jamais le dialogue, l’engueulade même. Mais quand, vendredi dernier dans un café, un Bagnolais m’a insulté et agressé verbalement parce qu’il a estimé que sa rue n’était pas assez propre, je lui ai indiqué que je ferai preuve de fermeté. Le maire est aussi officier de police judiciaire, il représente l’autorité, il doit être respecté. Je crois d’ailleurs qu’il faut revoir le statut d’élu, le sacraliser.
Malgré ce que vous avez traversé, vous serez candidat en 2026 ?
Oui parce qu’il y a aussi plein de moments agréables, des gens extraordinaires. J’ai dû m’arrêter quelques semaines récemment et j’ai reçu des centaines de messages de soutien. Et puis, les menaces ne me font pas plier, au contraire.
« On intervient moins, on ne se met plus en danger »
Frédéric Roig, maire de Pégairolles-de-l’Escalette, et président de l’association des maires de l’Hérault, ne s’avérait pas surpris par les chiffres du Centre de lutte contre les atteintes aux élus : « Dans l’Hérault comme ailleurs, nous avons davantage de témoignages en ce sens. Et s’il y a les agressions constatées statistiquement, car elles font l’objet d’une plainte ou d’un dépôt de main courante, il y a aussi tous ces témoignages de maires qui se font insulter pour un permis de construire pas accordé ou une voiture mal garée signalée à son propriétaire. Et les élus, là, souvent, ne portent pas plainte et privilégient le dialogue, la pédagogie… »
Mais ça ne suffit pas toujours : « Il y a ce discours très surprenant sur le fait qu’on enlèverait toujours plus de libertés aux gens. Mais il y a toujours eu des lois, des règles, qu’il faut respecter. On ne me prive pas de liberté parce que je ne peux pas rouler à gauche. Je roule à droite, c’est tout. Et ce n’est pas un drame de demander une déclaration de travaux s’il refait son toit ! Pourtant, ça se termine souvent par une agression physique ou verbale ».
Et en cas de conflit plus sérieux, confie Frédéric Roig, « comme la violence se banalise, on n’intervient moins, en tout cas plus directement, comme on pouvait le faire auparavant. On arrivait à temporiser. Désormais, on ne se met plus en danger, on appelle la gendarmerie. D’ailleurs, les maires ont eu des formations, avec des négociateurs du GIGN, sur la gestion de crise. Et on va continuer« .
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