
Voiture vandalisée à plusieurs reprises et tags d’insultes qui se multiplient. À Douarnenez, Dominique Boucheron, le premier adjoint de la mairie, jette l’éponge après trois ans de mandat. Il déposera sa démission ce lundi 26 février non sans un profond sentiment d’amertume.
Cela a commencé en 2020 par de la peinture rose étalée sur sa voiture, puis des pneus lacérés à coups de couteau. ça a continué en 2022 avec de profondes rayures réalisées à nouveau sur son véhicule. Deux fois. En 2023, c’est la façade de son domicile qui est taguée, puis sa voiture à nouveau vandalisée, à trois reprises.
Cette liste est celle des incivilités subies par Dominique Boucheron, premier adjoint à la mairie de Douarnenez depuis trois ans. Des incivilités qu’il a énumérées lors du dernier conseil municipal, jeudi 22 février dernier, avant d’annoncer sa décision : Il démissionne de sa fonction d’élu.
Quelques jours avant, le mardi 13 février, pendant la période des Gras de Douarnenez, il avait découvert son véhicule tagué d’un message « SUV NUL PART« . Sa lunette arrière « explosée » tout comme ses vitres latérales.
« C’est la fois de trop« , souffle-t-il aujourd’hui. « Mes enfants et mon épouse ont organisé un conseil de famille et m’ont dit que cela ne pouvait plus durer. » Tous craignent que les auteurs de ces incivilités aillent un jour plus loin. Cela fait déjà 18 mois que Dominique Boucheron prend des tranquillisants pour s’endormir.
« C’est un sentiment de gâchis immense« , assure le Douarneniste. À 70 ans, c’était la première fois qu’il s’engageait dans un mandat d’élu municipal, « avec l’envie de faire avancer la ville.«
L’esprit d’équipe et le monde associatif ont toujours fait partie de ma vie. Tout jeune retraité, j’ai choisis de m’engager, car j’estimais que faire partie d’une équipe municipale, c’était une sorte de continuité.
Dominique BoucheronPremier adjoint à la mairie de Douarnenez
Aujourd’hui, l’élu est rayé de la plupart des compagnies d’assurance. Surtout, il garde de ses trois ans de mandats un sentiment de gâchis : « La porte de mon bureau est grande ouverte, c’est facile de prendre rendez-vous avec moi. On peut ne pas être d’accord, mais en aucun cas, on ne doit viser les humains personnellement. »
Conscient qu’il n’est pas le seul élu à subir ces incivilités, il assure : « je crois que j’en veux à cette société qui dérive. »
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Cette démission, Jocelyne Poitevin, la maire de Douarnenez la regrette amèrement : « En tant que maire, je n’ai aucune envie qu’il quitte sa mission, je lui ai confié plusieurs délégations qu’il assume parfaitement. Mais en tant que femme, que personne humaine, je suis très consciente de son mal-être et je ne voudrais pas être à l’origine d’une dégradation de sa santé en lui demandant de rester. »
Maire de la commune de 1996 à 2001 puis à nouveau en 2020, conseillère départementale depuis 2015 et première femme présidente de Douarnenez Communauté depuis l’année dernière, Jocelyne Poitevin est rompue à l’exercice de la vie politique. Mais depuis quelques années, sa mission lui semble plus lourde à porter.
Ces trois dernières années, elle a, elle aussi, déposé une dizaine de plaintes. « Je fais moi aussi l’objet d’attaques, des menaces de mort, tags inscrit sur les murs. Mais je n’habite pas en centre-ville, et puis j’ai un peu de métier, j’arrive prendre un peu de recul.«
Je ne vis pas le même mandat cette fois-ci que les fois précédentes. Les gens ont basculé dans une forme d’intolérance.
Jocelyne PoitevinMaire de Douarnenez et présidente de Douarnenez Communauté
« Je ne sais pas si c’est lié à la crise du Covid, mais les gens sont maintenant d’une exigence. Ils n’ont plus que des droits, plus aucun devoir. Les mentalités, les exigences, les réactions… Tout est devenu beaucoup plus violent. »
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Au-delà de la démission de son premier adjoint, Jocelyne Poitevin redoute aussi les conséquences de ces incivilités sur les futurs candidats en 2026 : « Quand on voit ce qui arrive sur les élus, ce n’est pas très encourageant. Six ans de mandat, c’est long, il faut tenir dans le temps. On ne s’engage pas pour être des boucs émissaires, on le fait pour être au service de notre collectivité, pour le bien-être des habitants.«
Dominique Boucheron, lui, a déjà préparé sa lettre de démission. Ce lundi 26 février, il assurera pour la dernière fois ses fonctions d’élu.
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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.
Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.
Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.
L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.
Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.
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