Val-d’Oise. Eragny-sur-Oise. Dix ans de mandat : Thibault Humbert, l’heure du bilan

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On se souvient de ses premiers pas hésitants, écrasé par une fonction dont il avait tout à découvrir et à apprendre. C’était en 2014. Thibault Humbert (Lr) venait d’être élu pour la première fois maire d’Eragny-sur-Oise, délogeant de son siège, à la surprise générale, dont la sienne, la socialiste Dominique Gillot, maire de 2001 à 2014. Six ans plus tard, il était reconduit dans ses fonctions dès le premier tour d’un scrutin marqué par le coronavirus avec 79,14 % des suffrages, face à une gauche sans espoir, ni boussole. Dix ans ont filé. Le temps du bilan est venu.     

En 2014, vous découvriez le métier de maire, dix ans ans ont passé, quel est votre regard sur cette décennie ?

Thibault Humbert. Il y a eu une montée en compétence importante puisque je n’avais jamais été élu, les deux premières années ont été difficiles. Il fallait apprendre la fonction, les rouages, le fonctionnement d’une collectivité avec une pression lors des premiers conseils municipaux de mon opposition et de madame Gillot qui était sortante, mais toujours dans le public. La première année, les 48h qui précédaient les conseils municipaux étaient compliquées en terme de tension et de nervosité. Aujourd’hui, je pense avoir pris la mesure du poste avec de très belles réalisations, je pense qu’on a recréé un lien avec les Eragniens qui s’était étiolé lors du dernier mandat de mon prédécesseur.

On parle beaucoup des violences faites aux maires, vous y avez vous même été confronté (en 2017, tentant de raisonner des jeunes qui s’adonnaient à un rodéo à moto, il avait été la cible d’un caillassage en règle doublé d’un torrent d’insultes), qu’en est-il aujourd’hui ? La situation est-elle apaisée ?

La situation est fortement apaisée. Quand je passais en voiture dans certains quartiers, j’étais souvent insulté. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Comme je le disais, il y a un lien qui a été créé et peut-être aussi une image qu’on a voulu me donner qui n’est pas la mienne, celle d’un maire axé uniquement sur la sécurité, la répression. Ce qui n’est plus le cas car on a fait un gros travail sur la prévention. Il n’empêche qu’il y a encore des gens que je dérange, mais c’est le rôle de maire qui veut ça. On est là pour faire régner l’ordre public, la sécurité pour tous.

Dès le début de votre mandat vous avez mis l’accent sur la sécurité, avec quel résultat ? 

On peut dire qu’au niveau du trafic de stupéfiants, on a une réelle baisse des points de deal qui existaient quand on est arrivé en 2014. On avait relevé dix halls squattés, il n’y en a plus qu’un seul en ce moment. La mise en place de la police municipale qui travaille 7 jour sur 7 de 8h30 à 1h30, son renfort, le déploiement de la vidéoprotection ont aidé dans ce combat pour la tranquillité publique. Le bilan est positif mais on a toujours des cambriolages et des vols de voiture en hausse, comme partout en France.

Éragny a relativement été épargnée pendant les émeutes de juin 2023, pourquoi ? 

Le premier soir a été très chaud avec une tentative d’incendie à l’encontre de la ludothèque. En revanche, dès le lendemain, ça s’est calmé grâce à l’action de la police municipale, à la prévention et au travail des maison de quartier qui, avec la Sauvegarde 95, ont fait du porte-à-porte pour parler avec les familles. 

La refonte des berges de l’Oise était une de vos promesses électorales, ça n’avance pas… 

Ce n’est pas que ça n’a pas avancé puisqu’on est justement en train de travailler avec l’agglomération de Cergy-Pontoise sur des premiers aménagements. Les travaux commenceront en septembre et s’achèveront fin 2025. On va refaire les couches de roulement, installer une table de pique-nique, des jeux pour les enfants et requalifier le chemin en contrebas de l’écluse.

En quoi Éragny se serait-elle améliorée sous votre gouvernance ?

En terme de tranquillité publique, il y a une nette amélioration. On a eu aussi la satisfaction d’avoir obtenu une troisième fleur au concours des villes et villages fleuris. Il y a aussi la réfection du complexe de la Cavée, la création d’une salle des fêtes et l’aménagement du Clos Santeuil (Au Bureau, Grand Frais…, ndlr). Même si on reste dans un désert médical, sur le plan de la santé, on a été les premiers à obtenir le financement pour une maison pluridisciplinaire de santé avec trois médecins. On a deux nouveaux médecins qui se sont installés à la Challe. L’offre de soins reste encore à améliorer. On espère accueillir de nouveaux médecins avec la livraison d’un cabinet dans le quartier du Bas Noyer fin 2024. On a aussi ouvert une école, ce n’est pas donné à tout le monde, c’est une grande satisfaction d’autant qu’elle a été financée à 100% par nos partenaires et tout ça sans augmenter les impôts depuis 2014. Un cap qu’on va tenir jusqu’à la fin du mandat.

4 questions

1. La journée la plus radieuse ?
Les deux élections avec un petit plus pour celle de la confirmation en 2020 et la confiance renouvelée des Eragniens.
2. La journée la plus noire ?
Il y en a eu trois très difficiles. L’incendie de La Challe en 2015, quand j’ai été caillassé en 2017. Mais la pire, c’est le 16 octobre 2020, l’attentat contre Samuel Paty. J’ai vraiment eu du mal à m’en remettre. Il y a eu un manque de considération de la part de l’Etat français vis-à-vis d’Eragny. On ne parlait que de l’attentat de Conflans. Ce n’est que le dimanche soir que j’ai reçu un appel de Jean Castex parce que Gérard Larcher, que j’avais eu téléphone l’après-midi, était étonné et furieux que ni le président de la République, ni le Premier ministre, ni le ministre de l’Intérieur ne m’ait contacté. Ce n’était pas un caprice, on en avait simplement besoin.
3. La rencontre ?
Il y en a une multitude : avec des agents, des présidents d’associations, des bénévoles, des centenaires…
4. La bourde ?
Quand je confondais les grades des sapeurs-pompiers, un colonel, je l’appelais lieutenant, j’étais à la ramasse… Un jour aussi, j’ai dit bonjour monsieur le sous-préfet au préfet..

Qu’est-ce ce qui vous rend le plus fier ?

J’ai le sentiment que les administrés sont heureux et fiers de vivre à Éragny pour la très grande majorité. Une satisfaction qui nous a été bien rendue lors des élections municipales de 2020 où nous avons obtenu le plus beau score du département (79,14%), ça été une grande fierté. On n’y croyait pas.

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Dix ans, ce sont des regrets, des échecs…

Ce n’est pas un échec mais pour maintenir notre capacité d’investissement sans augmenter les impôts, on a dû fermer la crèche familiale, ça été très dur à vivre. Un déchirement parce qu’on n’est pas élu pour fermer un service public. 

La Rn 184 est saturée, quelle solution ?

Il a été acté que des études seront fléchées dans le Contrat de Plan Etat-Région pour envisager sa couverture partielle ou totale ou bien aménager des carrefours en dénivelé pour faire sauter les feux tricolores. Est-ce que je verrai ces aménagements en tant que maire ? Je n’en sais rien car ça risque de prendre du temps. En tous les cas, aujourd’hui, il y a une prise de conscience indépendamment de l’étiquette politique. Les planètes sont alignées pour avancer.

Pourquoi serez-vous à nouveau candidat en 2026 ?

On a engagé des projets que j’aimerais finaliser : achever le quartier du Bas Noyer, continuer de redynamiser Art de Vivre. J’aimerais aussi créer une résidence étudiante qui manque cruellement. Ça fait peut-être un peu prétentieux mais je serai aussi candidat parce que beaucoup d’Eragniens me le demandent… 

Yannick Maurice, chef de file de l’opposition : « Une ville en hibernation »

« Le bilan ? Quel bilan ? » La chef de file de l’opposition de gauche, Yannick Maurice (dvg), 72 ans, porte un regard sans concession sur les dix ans de mandat de Thibault Humbert. 
« La première chose, c’est justement qu’après dix ans à la tête de la ville, aucun bilan n’a été présenté aux Eragniens. Le maire n’ose pas dresser un bilan parce qu’il lui faudrait demander l’avis des Eragnien, des habitants parmi lesquels beaucoup regrettent notamment la disparition de tous les moments de convivialité.
Depuis dix ans, cette ville est en hibernation. A part le renforcement de la sécurité avec la mise en place de caméras de vidéosurveillance et la suppression de tous les postes d’assistante maternelle, qu’a-t-il fait ? Il est charmant le maire, mais ça s’arrête là ! Il conduit une politique sans ambition, sans idées neuves, sans vision. En dix ans, rien de remarquable n’a été fait. »
Pour l’ancienne institutrice à l’école du Bois et ex-adjointe de Dominique Gillot, aucune doute : la copie de l’élève Humbert est à revoir de A à Z.
« Il a fait des promesses qu’il ne tient pas. Il avait promis de stopper la construction d’immeubles collectifs or il a continué. Il était contre le cumul des mandats or il cumule (maire, conseiller régional, vice-président à l’agglo, président de l’île de loisirs, ndlr). Il avait promis d’aménager les berges de l’Oise, rien n’a été fait… »
« Et puis, il n’est pas à l’écoute, enfonce l’opposante. Aujourd’hui, la solidarité est au minimum et l’attention à tous n’existe plus. Eragny, c’est morne plaine. On est dans l’asphyxie. On ne peut pas être dans la pure gestion d’une ville en bon père de famille. Eragny est une ville qui dort ».
Un grand sommeil dont la gauche espère tirer Eragny-sur-Oise en 2026, lors des prochaines élections municipales. Il reste deux ans aux forces de gauche éragniennes pour construire une alternative crédible.
« En 2020, on a monté une liste dans l’urgence. J’espère cette fois que beaucoup de jeunes vont s’y mettre. Moi, je passe mon tour ».

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CDCL : Un Bouclier pour nos Élus

L’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) s’élève comme un rempart essentiel face aux défis que rencontrent nos élus locaux. Fondée en 1998, cette organisation a élargi son rôle initial pour devenir un soutien inestimable, particulièrement dans le contexte actuel d’agressions envers nos représentants locaux.

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Reconnue au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, CDCL a le pouvoir de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, les élus locaux victimes d’agression. Cela renforce son engagement envers la sécurité de ceux qui dédient leur vie au service de la communauté.

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