Un ancien élu se fait corbeau et insulte le maire – Sud Ouest

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À La Croix-Blanche, où de nombreux projets émergent, le maire a été victime d’une plume anonyme, identifiée par les gendarmes. Gilles Charolais partage sa lassitude

Il y a la fonction de maire, telle qu’on se l’imagine. Celle où le chef de la commune, façon Abraracourcix, tranche, prend les décisions, monte des projets, marie ses administrés, les accompagne dans leur bonheur et dans leur malheur.

Puis il y a cette « nouvelle réalité », celle qui pousse ces élus à se poser la question d’un nouvel engagement pour 2026. Car, depuis dix, vingt ans, « tout a changé. Être maire, ce n’est pas de tout repos ».

Ils sont plusieurs à le clamer, dont Gilles Charolais, maire de La Croix-Blanche. Dans cette commune qui l’a vu grandir, l’édile gère, aux côtés d’autres collectivités, des projets d’envergure. La déviation de la RN 21 compte parmi ces derniers. Depuis quelques mois, un nouveau rond-point a émergé sur cet axe, qui relie Agen à Villeneuve, sur sa commune. Un giratoire qui n’est pas du goût de tous. En avril 2023, Gilles Charolais a reçu un courrier anonyme le menaçant, l’insultant et l’accusant de corruption. « Dans cette lettre, on m’accuse d’avoir touché de l’argent du rond-point. Ma famille aussi est visée. Je suis insulté, et menacé… »

Stage de citoyenneté

Jusque-là, « rien de très original », regrette Gilbert Guérin, représentant des maires ruraux de Lot-et-Garonne qui assure, en cette période, que les mairies sont destinataires de nombreux courriers incendiaires. Sauf qu’à La Croix-Blanche, l’émetteur de cette missive anonyme a été identifié par les gendarmes comme étant un… ancien élu. Un corbeau qui connaît parfaitement la fonction de maire, en somme.

Le parquet d’Agen et la gendarmerie ont immédiatement réagi après le dépôt de plainte de Gilles Charolais : les atteintes aux élus sont considérées comme prioritaires. Après une enquête minutieuse auprès des habitants, notamment, un mis en cause a été désigné. Chez lui, des brouillons de lettres ressemblant à l’originale ont été retrouvés. Convoqué devant le délégué du procureur, l’individu doit effectuer un stage de citoyenneté. « Je le croise parfois, il nie toujours en être l’auteur », lâche Gilles Charolais.

D’autres lettres

Au-delà d’un simple nouveau rond-point, le premier édile a été au cœur d’échanges tendus, concernant le tracé de la déviation qui contourne le hameau où il réside, Galimas, fort de 170 habitations… L’élu a toujours milité pour que ce lieu-dit soit contourné. « Ils vont bientôt lancer la DUP [procédure qui permet de réaliser une opération d’aménagement sur des terrains privés par le biais d’une expropriation pour cause d’utilité publique, NDLR]… Ce n’est donc pas terminé. » Gilles Charolais a demandé à son secrétariat de mairie que toute lettre insultante ou menaçante ne lui parvienne plus. « J’en ai reçu deux, signées cette fois-ci, où, de la même manière, on m’insulte, on me menace. » Toujours au sujet de la RN 21… « Tous les grands projets, de toute façon, suscitent la polémique. Et je ne suis pas épargné : c’est sur ma commune, également, qu’est née l’idée de l’implantation du parc des Horlogers du temps. »

Cet engagement ne nécessite pas d’être confronté à la violence physique ou verbale

Gilles Charolais, heureux d’avoir endossé l’écharpe de maire en 2020, est aujourd’hui un peu las. « Depuis le Covid, c’est plus compliqué. Nous sommes devenus le réceptacle de tous les problèmes. Je suis sans cesse appelé pour des problèmes privés. On m’a même sollicité pour un frigo qui ne marche pas… » Gilbert Guérin abonde. « Le niveau de tolérance a plus que baissé dans les communes. Tout est sujet à tensions. Et on a tendance à culpabiliser le maire dès que quelque chose ne va pas. Nous devenons le punching-ball privilégié de la société et de nos administrés. Or, cet engagement ne nécessite pas d’être confrontés à la violence physique ou verbale. »

Dans ce contexte, Gilles Charolais se pose la question de continuer à être maire. « Je ne veux pas continuer d’endosser la responsabilité « de tout, pour tout ». « Nous sommes devenus les interlocuteurs privilégiés de tous car l’État ne répond pas, ne répond plus. »

Le désengagement de l’État serait-il la cause de ces maux ? Gilbert Guérin partage l’avis de son homologue. « L’État nous plombe la tête. Il baisse ses dotations aux collectivités, nous enlève des compétences… Et est plus absent que jamais. »

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