
La Nouvelle-Calédonie s’est construite ces dernières décennies autour d’un projet politique prônant le vivre-ensemble et devant permettre à chaque communauté composant l’archipel de trouver sa place dans un grand Destin commun. La guerre civile qui ravage sur l’île depuis plus de trois semaines démontre malheureusement l’irénisme de ce discours et révèle au grand jour la haine profonde que les indépendantistes les plus radicaux cultivent à l’endroit de certaines communautés.
Les émeutes qui dévastent la Nouvelle-Calédonie se concentrent depuis leur commencement dans l’agglomération de Nouméa. Les destructions et les incendies de commerces ont visé prioritairement les commerces et les habitations des populations non-kanakes, et particulièrement les populations d’origine européenne.
De nombreux habitants témoignent que les émeutiers indépendantistes, alcoolisés et violents, profèrent des insultes racistes lorsqu’ils commettent leurs méfaits. Un racisme décomplexé qui traduit la haine instillée par les élus indépendantistes les plus radicaux auprès de cette base électorale radicalisée qui a versé dans le terrorisme.
Les propos racistes de certains leaders indépendantistes n’ont surpris que les personnes qui méconnaissent le dossier
La violence récente et les propos racistes de certains leaders indépendantistes n’ont surpris que les personnes qui méconnaissent le dossier calédonien ou qui se bercent d’illusions sur cette frange extrémiste qui ne cherche pour la Nouvelle-Calédonie qu’une indépendance nationaliste et identitaire. Cela, au mépris du triple vote souverain des Calédoniens en faveur du maintien du territoire dans la France et de la volonté partagée de la majorité des communautés de l’archipel de vivre ensemble en paix.
Pourtant, les signaux faibles de ces discours haineux étaient perceptibles pour qui voulait bien les entendre. Au soir des législatives de 2022, Roch Wamytan, Président du congrès de la Nouvelle-Calédonie et figure de la branche dure des indépendantistes, expliquait sur la télévision publique à un élu loyaliste d’origine européenne qu’il n’était pas chez lui sur l’île qui l’a vu naître. C’est lui aussi qui déclarait devant l’Assemblée nationale, quelques jours avant le début des émeutes, que le « seuil de tolérance des Blancs est atteint » en Nouvelle-Calédonie. Toute honte bue et sans aucune condamnation ni de la classe politique nationale, ni même du camp indépendantiste.
Face à un tel relâchement dans le partage de propos haineux, comment être surpris par le déferlement de haine et de violence dont ont été particulièrement victimes les populations d’origine européenne lors des émeutes qui ont débuté le 13 mai dernier ?
Après les Blancs, à qui le tour ?
Il est important de prendre en considération que les attaques de la frange radicale des indépendantistes ne se focalisent pas uniquement sur les populations d’origine européenne, mais s’étendent aux populations qui ne soutiendraient pas une indépendance où la supériorité du peuple kanak sur les autres communautés serait la norme.
Les germes de ces attaques envers les autres communautés de la Nouvelle-Calédonie sont présents de depuis longtemps sur le territoire. En 2002, un conflit très violent opposa la communauté kanake à la communauté wallisienne et futunienne. Plus d’un millier de personnes issues de cette dernière fut alors chassé du lotissement de l’Ave Maria où elles s’étaient établies de longue date. Plus récemment, en 2016, Roch Wamytan, encore lui, attaquait un élu métis en pleine séance du congrès en lui disant : « Sale blanc, retourne chez toi à Wallis ».
Cette crainte des communautés non-kanakes vis-à-vis des indépendantistes radicaux et de leurs milices, qui terrorisent la Nouvelle-Calédonie depuis plusieurs semaines a été portée devant les plus grandes instances internationales. Le 14 mai dernier, lors d’un séminaire de l’ONU sur la décolonisation qui se tenait à Caracas, Julien Tran Ap, élu de la province Sud, déplorait que les « minorités vietnamiennes, chinoises, javanaises, tahitiennes, wallisiennes et antillaises ne se reconnaissent pas dans le projet ethnique que dessinent les indépendantistes ».
Déjà, il alertait : « Devons-nous, nous autres minorités calédoniennes, nous attendre un jour à ce que les indépendantistes décrètent que le seuil de tolérance de Jaunes ou de Wallis en Nouvelle-Calédonie est atteint ? Je m’y refuse ».
Racisme politiquement utile
De quoi ce racisme décomplexé est-il le nom ? Probablement d’un projet idéaliste bâti par les socialistes lors des Accords de Nouméa. Ces derniers ont sacrifié l’avènement d’un réel vivre-ensemble sur l’autel d’un rééquilibrage social et économique pour trop destiné à la seule communauté kanake et d’un processus institutionnel truqué qui devait mener irrémédiablement à l’indépendance, alors même que les Calédoniens n’en veulent pas.
Plus certainement toutefois, ce racisme décomplexé est l’un des outils, avec la violence désormais, utilisé par la frange radicale des indépendantistes pour tenter de prendre par la force ce que la majorité des Calédoniens leur a refusé plusieurs fois par les urnes. Menacer les populations non-kanakes, majoritairement loyalistes, en détruisant leurs commerces, en incendiant leurs maisons et en les attaquant directement est un moyen de les encourager à quitter le territoire. Ce faisant, les indépendantistes radicaux espèrent bouleverser les équilibres politiques actuellement en place afin de renforcer les partis indépendantistes, toujours minoritaires lors des scrutins locaux.
Aujourd’hui, toutes les communautés sont concernées par les actes terroristes orchestrés par la frange radicale des indépendantistes. Blancs, Wallisiens, Asiatiques ou Métis victimes des déclarations racistes des élus indépendantistes les plus radicaux et, depuis quelques semaines, des exactions commises par les émeutiers indépendantistes. Mais également une grande partie de la communauté kanake qui, fidèle à ses principes de respect, d’ouverture et d’accueil, ne se reconnaît ni dans ces paroles, ni dans ces actions.
Si l’idée de construire un destin commun est chimérique, la philosophie qui préside à sa réalisation ne doit pas être évincée
Si l’idée de construire un destin commun en à peine vingt ans à la suite de l’Accord de Nouméa est chimérique, la philosophie qui préside à sa réalisation ne doit pas pour autant être évincée. L’idée selon laquelle la Nouvelle-Calédonie doit devenir une terre où les communautés qui l’habitent vivent ensemble, en paix, dans le respect des cultures de chacun est un idéal juste. Surtout, il est aujourd’hui largement partagé par les Calédoniens, notamment les plus jeunes, qui, de plus en plus métissés, ne se reconnaissent pas dans les débats ethniques qui ne cessent de maintenir peur et violence dans l’archipel.
Alors que les indépendantistes les plus radicaux organisaient le saccage de l’archipel, le condamnant paradoxalement à une encore plus grande dépendance vis-à-vis de la France, la solidarité qui s’organisait dans les quartiers de l’agglomération de Nouméa face à la barbarie des émeutiers indépendantistes offrait une perspective optimiste de ce qui fera le terreau, demain, d’une Nouvelle-Calédonie apaisée. Des Calédoniens, de toutes origines, parfois d’obédiences politiques très différentes, faisant corps ensemble pour organiser leur défense et leur approvisionnement.
Au projet nationaliste et identitaire des indépendantistes les Calédoniens ont depuis toujours préféré celui d’une Nouvelle-Calédonie dans la France. Une Nouvelle-Calédonie où le racisme n’a pas sa place. Il est ainsi grand temps que les élus nationaux condamnent les propos odieux de certains élus indépendantistes radicaux. Il est grand temps que la Nouvelle-Calédonie soit débarrassée de ces apôtres de la désolation pour que la paix revienne sur l’archipel et que le vivre-ensemble ait enfin une réelle chance d’advenir.
*Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie.
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