Législatives 2024 : « L’impuissance des élus locaux nourrit le RN » dans les zones rurales, estime un politologue

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«On progresse et on s’en est bien rendu compte en arrivant en tête dans presque toutes les communes de Corrèze, et même pour la première fois à Brive, la ville principale de cette zone très rurale », se félicite Valéry Elophe, délégué départemental du Rassemblement national en Corrèze et candidat sur la deuxième circonscription aux législatives des 30 juin et 7 juillet dans ce département, ex-bastion de la gauche socialiste.

La vague de l’extrême droite n’a pas épargné ce territoire où a été élu à plusieurs reprises François Hollande, avant son ascension présidentielle. Aux européennes, Jordan Bardella y caracole en tête avec 32,58 % des suffrages, loin devant le candidat socialiste Raphaël Glucksmann (15,23 %). « Aucun territoire n’est à l’abri mis à part les grandes métropoles et les zones touristiques, estime Rémi Lefebvre, professeur en sciences politiques à l’université de Lille et spécialiste du Parti socialiste. Les villes moyennes et le monde rural, où le PS est traditionnellement implanté, sont très affectés par la montée du RN. »

« En trois ans, ils ne vont pas détruire le pays ! »

« Tout a augmenté : le gaz, l’électricité, l’alimentation et on voit aussi que l’insécurité grandit : même dans mon petit village il y a des cambriolages », fait valoir un quinquagénaire, ancien employé de l’industrie, qui vit à 5 km de Tulle. Après avoir voté Chirac et Hollande, parce qu’« issus de la région », il s’est décidé cette fois-ci pour le Rassemblement national, qu’il voit comme la seule alternative, celle qu’on n’a pas encore tentée. Quand on évoque les premiers reculs annoncés par le RN, comme sur la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, il ne sourcille pas, trouvant logique que le parti regarde les coûts des mesures. Lassé des politiques en général, il est prêt à jouer le tout pour le tout : « Il reste trois ans [avant la présidentielle de 2027] et en trois ans ils ne vont pas détruire le pays ? Pourquoi ne pas essayer ? »

Moins direct, cet agent municipal croisé à l’heure du nettoyage du marché de Tulle, assure qu’il adhère à la base à l’idéologie socialiste mais son discours s’inspire du programme du RN. Pour lui, il y a un problème de répartition des aides sociales et des fraudes massives. « Ces dérives-là, les Français n’en peuvent plus », assure ce quinquagénaire. « Il faut rester une terre d’asile mais il faut de la fermeté et faire appliquer la loi », continue-t-il.

Le délégué départemental RN va, lui, beaucoup plus loin, rappelant qu’il y a eu une « installation forcée d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) à Beyssenac, commune située à un peu moins d’une heure de Tulle, malgré l’opposition de la commune. Les gens ne comprennent pas qu’ils soient bien logés et soignés, quand nous, on a du mal ». Les mêmes arguments anti-immigration sont repris, peu importent les secteurs géographiques.

Des problématiques nationales et peu d’armes locales

« Sur le recul des services publics ou sur les déserts médicaux, les élus locaux ont très peu de leviers, rétorque Rémi Lefebvre. Leur impuissance nourrit le RN, et leurs électeurs ont l’impression qu’on ne fait rien pour eux, que leur déclassement est implacable. » Et en effet, c’est un des arguments forts de la campagne de l’extrême droite : « Ici, on a des délais d’un an et demi pour voir un dentiste ou un ophtalmologue ! » tempête le candidat Valéry Elophe.

Pour Rémi Lefebvre, ce n’est pas le PS, implanté dans beaucoup de villes moyennes avant son sérieux revers aux municipales de 2014, qui est en cause mais des dynamiques sociales et économiques, comme le recul des services publics et plus largement, le sentiment d’abandon des territoires à l’écart des grandes métropoles. Des problématiques de portée nationale sur lesquelles les élus locaux n’ont pas la main. « Cela a été renforcé par la déception de l’exercice de la gauche au pouvoir sous Hollande », convient cependant le professeur de sciences politiques.

Un rééquilibrage en faveur du parti socialiste

Avec 13,83 % des suffrages récoltés par le candidat socialiste aux européennes, qui talonne la candidate de la majorité présidentielle, on peut pourtant parler d’une bonne performance électorale. « Glucksmann a pris beaucoup de voix aux écologistes, il y a un rééquilibrage lié à des logiques nationales mais je n’ai pas observé de variations sur les territoires », estime le politologue. En clair, les anciennes terres socialistes ne sont pas mieux loties et ne résistent pas mieux au RN. Selon son analyse, elles seraient même plus affectées que celles où l’on vote France Insoumise, davantage ancrée dans les secteurs métropolitains et les quartiers avec une forte population issue de l’immigration.

Sur le plan politique, le Nouveau Front populaire acte, selon ce politologue, un rééquilibrage net en faveur du parti socialiste. « Ils ont obtenu 100 circonscriptions et des concessions importantes sur le programme, fait-il valoir. En 2022 ils étaient écrasés, là ils vont élargir leur groupe parlementaire. Le centre de gravité de la gauche unie s’est déplacé vers eux. » Dans la formation de cette coalition, il observe que le rapprochement a d’abord eu lieu entre les socialistes, les écologistes et les communistes, avant d’inclure LFI. L’union a aussi été actée dans le quartier général des écologistes, ce qui a son importance, selon lui. Enfin, cette coalition a suscité peu de dissensions internes.

« Mais les vieux démons de la division du parti socialiste vont peut-être le rattraper, glisse-t-il, Olivier Faure risque d’être chahuté au prochain congrès du parti. »

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Reconnue au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, CDCL a le pouvoir de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, les élus locaux victimes d’agression. Cela renforce son engagement envers la sécurité de ceux qui dédient leur vie au service de la communauté.

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