(Ottawa) La tentative d’assassinat sur l’ex-président américain Donald Trump relance le débat sur la sécurité des élus au Canada. Crachat au visage, fenêtre brisée et garage incendié : les incidents contre des députés fédéraux et même des sénateurs se multiplient à un point tel que leur nombre a explosé au cours des dernières années. Décryptage.
Quelle est l’ampleur du problème ?
Il y a eu 65 fois plus de rapports d’incidents ouverts en 2023 à la suite de comportements menaçants envers les élus qu’en 2019, selon le sergent d’armes Patrick McDonnell. Le haut responsable de la sécurité de la Chambre des communes avait indiqué au comité parlementaire de la procédure en mai qu’ils étaient passés de 8 à 530 en l’espace de quatre ans. « Il s’agit surtout de harcèlement en ligne, mais il y a aussi eu des cas de harcèlement en personne et pendant divers évènements », a-t-il constaté.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Manifestation aux abords du parlement canadien, lors du « convoi de la liberté », en février 2022
Certains électeurs ne se contentent plus de déverser leur fiel sur les réseaux sociaux. L’ex-ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino s’est fait cracher au visage le mois dernier par un homme qui l’a suivi jusqu’à son bureau, à Ottawa. L’homme fait partie d’un groupe de sympathisants du « convoi de la liberté » qui n’ont jamais vraiment quitté la rue Wellington. Ceux-ci manifestent régulièrement devant l’édifice de l’Ouest, invectivant les élus qui traversent – parfois même des députés conservateurs.
Nous devons prendre la violence politique plus au sérieux au Canada.
Marco Mendicino, ex-ministre de la Sécurité publique
Le Yukon Star rapportait en juin que le garage du député libéral Brendan Hanley avait été incendié. En mai, c’était son collègue ontarien Vance Badawey qui avait vu l’une des fenêtres de sa résidence fracassée par un homme avec une batte de baseball. Les ministres Mélanie Joly et Chrystia Freeland ont toutes deux été confrontées en personne par des citoyens.
La députée Pam Damoff a décidé de ne pas se présenter aux prochaines élections après avoir reçu des menaces de mort. Le chef conservateur Pierre Poilievre a dit dans une entrevue à la radio lundi avoir demandé de la sécurité après avoir lui aussi reçu des menaces. Même les sénateurs y goûtent. CBC rapportait en février que les membres de la Chambre haute avaient reçu des boutons d’urgence.
À qui la faute ?
Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a dit lundi s’inquiéter de la polarisation du débat politique. « On devrait pouvoir s’exprimer, on devrait pouvoir dire qu’on n’est pas d’accord avec une politique qui nous dérange vraiment, mais on ne devrait pas traiter nos opposants politiques comme des ennemis. »
M. Poilievre a condamné la violence, mais a rejeté l’idée de « s’autocensurer ». « Mes critiques du premier ministre sont entièrement raisonnables et portent sur son programme politique », a-t-il fait valoir à la radio de Global News lorsque l’animatrice Alex Pierson lui a rappelé qu’il avait traité Justin Trudeau de cinglé. « Nous n’allons pas laisser le tireur [américain] étouffer notre débat [public]. »
La première ministre albertaine, Danielle Smith, a rejeté le blâme sur la façon dont les élus de la droite sont dépeints, estimant que cela avait alimenté l’atmosphère tendue aux États-Unis et appelant les élus progressistes à faire « attention à leur langage ». En début d’année, Steven Guilbeault l’avait accusée d’inciter à la violence après qu’elle a demandé à l’animateur américain Tucker Carlson de mettre le ministre de l’Environnement « dans sa ligne de mire ».
À Ottawa, on ne compte plus le nombre de fois où le président de la Chambre des communes a dû intervenir durant la période des questions tant les débats sont tendus depuis l’arrivée du chef conservateur Pierre Poilievre. Les invectives fusent autant des banquettes conservatrices que libérales.
Cette polarisation est alimentée par le fait que les gens peuvent publier des commentaires vitrioliques en ligne « en quelques minutes », constate l’ex-sénateur conservateur Vern White, qui a également été chef de la police d’Ottawa et commissaire adjoint de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Le sergent d’armes admettait être impuissant devant ces menaces virtuelles. « Soit les plateformes de réseaux sociaux ne répondent pas à nos appels, soit elles nous répondent et nous disent qu’elles vont étudier la situation, mais rien n’est fait », avait-il déploré.
Qu’est-ce qui peut être fait ?
« Il faut trois choses : plus de ressources et de meilleurs outils pour les forces de l’ordre, que les réseaux sociaux soient plus prompts à enlever le contenu incitant à la haine et à la violence et, enfin, comme politiciens nous devons nous regarder dans le miroir et modérer notre discours », plaide l’ex-ministre Marco Mendicino. Il suggère, entre autres, de créer une zone de protection autour des bureaux de circonscription pour tenir les manifestants à une certaine distance.
Vern White, qui s’est déjà fait suivre dans les rues d’Ottawa par un homme lui criant des insultes, estime lui aussi qu’il faut agir.
Je suis d’accord avec la liberté d’expression, mais il y a une limite à cette liberté et nous devons nous interroger sur où nous devrions la tracer.
Vern White, ex-sénateur conservateur
Le commissaire de la GRC, Mike Duheme, réclame une modification du Code criminel pour qu’il soit plus facile de déposer des accusations. Le ministre de la Justice, Arif Virani, fait valoir que des « dispositions qui traitent des menaces et de l’intimidation » existent déjà. La police a déjà les outils législatifs nécessaires pour intervenir dans certains cas, selon l’ancien chef de police et sénateur Vern White.
« Il faut les mettre au défi de nous expliquer pourquoi ils ne peuvent pas enquêter ou déposer des accusations », fait-il valoir. À son avis, la possibilité de se retrouver avec un casier judiciaire aurait un effet beaucoup plus dissuasif que l’amende pouvant aller jusqu’à 1500 $ adoptée au Québec à l’unanimité par l’Assemblée nationale en juin. Pour l’instant, la Chambre des communes compte offrir une protection policière aux élus et aux candidats lors des prochaines élections.
Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse, et La Presse Canadienne
Protéger nos Élus avec CDCL
Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.
Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.
Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.
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