« La Marseillaise avait un goût amer », des élus de Haute-Vienne critiquent le rassemblement de dimanche soir à Limoges et appellent à la concorde

Une tribune de maires et élus du département de la Haute-Vienne dénonce un instant de concorde raté à la suite du rassemblement place de la République dimanche soir. Plus généralement ils sont nombreux à appeler à l’apaisement avant les prochains rassemblements de samedi pour éviter que la situation ne dégénère.

Dimanche soir, ils arrivaient de tout le département, voire de toute la région. D’abord en civil, on les voyait progressivement ceindre leur écharpe tricolore pour se mêler à la foule, devenant une part significative des 7 000 participants. Des élus de tous horizons venus vivre un instant de solidarité républicaine. Mais au fur et à mesure des prises de paroles, on a en vu certain dont la physionomie changeait jusqu’à faire franchement la grimace en réaction aux propos du maire (LR) de Limoges Guillaume Guérin et de David Lisnard, président de l’association des maires de France mais aussi candidat à la présidentielle.

Un malaise qui a poussé plusieurs d’entre eux à signer une tribune. Ils sont désormais 122 signataires dénonçant la tournure qu’a prise le rassemblement de dimanche soir en soutien au maire, aux agents et plus généralement aux Limougeauds à la suite de l’incendie de l’hôtel de ville. Des maires sans étiquette ou de sensibilité de gauche qui, pétris de bonnes intentions, ont eu l’impression d’assister à un meeting politique de la droite plutôt qu’à un moment de concorde.

« On y allait avec plusieurs collègues dans un esprit de marche blanche avec l’idée quels que soient nos partis politiques, de rappeler nos valeurs et de condamner la violence. Nous en sommes ressortis avec un sentiment de frustration, un sentiment de s’être fait confisquer nos écharpes sans respect pour notre diversité » déplore le maire (SE) du Dorat, Daniel-Odon Hurel.

Le lundi matin, mal à l’aise avec ce qui s’est passé la veille, il a pris sur lui, avec l’assistance de trois autres élus, d’écrire cette tribune pour exprimer son mécontentement.

« Dimanche, ce rassemblement devait être l’affirmation de l’unité républicaine face aux attaques perpétrées à Limoges comme dans un certain nombre de villes de France. Malheureusement, nous avons le sentiment que notre écharpe tricolore, notre présence, ont été instrumentalisées au profit d’un rassemblement politique partisan, loin de l’esprit d’unité qui devait nous réunir. Nous regrettons que certains élus de la Ville de Limoges se soient vus refuser l’accès à la tribune alors qu’ils sont des élus de la République. Nous regrettons également que des propos à caractère partisan, propres à alimenter les divisions, aient émaillé les discours successifs », peut-on lire dans le communiqué.

Le texte de la tribune

Le texte de la tribune • © Daniel-Odon Hurel

« Nous avons été choqués de voir que les élus de l’opposition de Limoges n’avaient pas accès à l’estrade et par les propos stigmatisants sur une partie de la gauche et sur le plateau de Millevaches. La Marseillaise entonnée à la fin avait un goût amer » complète le maire du Dorat.

« J’ai été violemment repoussée » confirme Soizig Villerbu, membre de l’opposition de Limoges. « Finalement, je ne regrette pas car cette cérémonie était indigne. On a été trompés, floués. On y allait pour un moment digne unité républicaine. On se doutait que ça ne serait pas le cas », complète l’élue écologiste.

Un malaise également exprimé par Philippe Barry, président de l’association des maires et élus du département de la Haute-Vienne (ADM87).

« Nous avions convié les élus au nom de l’ADM87 à participer à ce rassemblement. J’ai donc été chagriné par l’expression de David Lisnard notre président national. Il n’était pas sur une posture d’apaisement, ce discours a généré un malaise. On attendait une expression de solidarité nationale. On a plus entendu le candidat que le président de l’Association des maires de France. Nous avons fait remonter notre mécontentement au sein de l’association ».

« La prise de parole plus politicienne à la fin du rassemblement m’a dérangé dans ce contexte. Il y avait un décalage entre le message fort que l’on souhaitait faire passer tous ensemble qui n’était surtout pas un message de haine et de division » déplore également Jean-Claude Leblois, président du département présent sur l’estrade.

« On est à six mois de la présidentielle. Avant 2027, tout le monde s’observe, tous les élus ont la boule au ventre. Le fait que l’élection s’invite à cet évènement était donc à mon sens inéluctable. Dans ce contexte, la cohésion qui aurait pu avoir lieu est donc passée à la trappe » tempère Laurent Daulny. L’élu Républicain creusois, maire de Dun-le-Palestel accompagnait sur l’estrade la présidente du département de la Creuse.

« Décision a été prise de rassembler surtout les élus de la majorité. LFI n’a pas été associé car dans leur communiqué du samedi soir, ils ne soutenaient pas explicitement le maire », tente d’expliquer Sébastien Larcher, maire de Couzeix.

Damien Maudet conteste. « Dès le samedi soir, nos élus n’ont pas été invités à la conférence de presse de Guillaume Guérin. Deux élus ont tout de même essayé d’y aller, ils se sont fait refouler. Le lendemain, sur les plateaux TV, j’ai exprimé sans détour mon soutien au maire. Le soir, nous sommes allés au rassemblement avec Manon Meunier mais en voyant que nos élus de l’opposition de Limoges étaient refoulés et que le député UDR de la Creuse était sur la scène, nous avons tout de suite compris que nous n’y serions pas les bienvenus. La récupération politique a été très rapide. Les accusations à notre encontre totalement abjectes. Nous n’avons rien à voir avec l’ultra gauche ni les mouvances libertaires du plateau de Millevaches qui d’ailleurs nous détestent. Les premiers nous considèrent comme des traîtres à la révolution. Les seconds refusent la société et les partis politiques ».

Sollicité à propos de la tribune des élus, Guillaume Guérin n’a pas souhaité s’exprimer.

Les maires signataires ne poursuivent pas un but précis. Ils appellent à passer à autre chose de plus constructif et au respect de la démocratie au moment où la République est en danger.

Comme en écho à leur initiative et à ce qui s’est passé dimanche, l’association des maires et élus du département de la Haute-Vienne organisait ce jeudi 22 octobre une conférence de presse pour adresser un appel solennel à la population.

« Nous appelons à l’apaisement, à la concorde. Il faut aller à l’encontre de la polarisation galopante qui se développe de manière exponentielle », explique Philippe Barry appuyé par les maires de Couzeix, Saint-Paul, Veyrac et Vicq-sur-Breuilh.

Conférence de presse des élus de l'ADM87

Conférence de presse des élus de l’ADM87 • © France Télévisions – Nicolas Chigot

Pour préserver leur rôle de proximité mis à mal, ils veulent le soutien de l’Etat et surtout que le gouvernement cesse de leur couper des moyens.

« Il y a un épuisement, les compromis ne sont plus à la mode, on a l’impression de ramer à contre-courant » alerte Christine de Neuville, maire de Vicq-sur-Breuilh.

Lors de la venue du Premier ministre vendredi 23 octobre, ils appellent donc à mettre les drapeaux en berne. « Ce geste est un signal d’alarme qui traduit l’inquiétude et l’exaspération des maires face à une crise démocratique qui fragilise nos institutions. Nous demandons à l’Etat d’entendre les élus locaux, de prendre pleinement ses responsabilités et d’apporter des réponses à la hauteur des enjeux » plaident les élus dans leur appel.

L'appel des élus de l'ADM87

L’appel des élus de l’ADM87 • © France Télévisions – Nicolas Chigot

Protéger nos Élus avec CDCL

Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.

Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.

Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.

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