
Il est reparti illico du tribunal correctionnel de Tours, juste après l’annonce du délibéré. Sans faire de déclaration à la presse. Frédéric Augis a été condamné, ce jeudi 11 avril, à 12.000 euros d’amende, dont 4.000 avec sursis, et à une peine d’inéligibilité d’un an, entièrement assortie d’un sursis. Le président de la Métropole de Tours a été reconnu coupable d’ »outrage à personne dépositaire de l’autorité publique » et « injure publique à caractère racial par personne dépositaire de l’autorité publique », après avoir insulté Cédric De Oliveira, son vice-président, de « sale Portugais », en avril 2023, à l’issue d’un conseil métropolitain.
Cette peine soulève maintenant quelques questions. Car si, du point de vue de la loi, Frédéric Augis peut rester en poste à Tours Métropole, est-ce tenable politiquement ? Moralement ? Éthiquement ? Beaucoup d’élus ont été sollicités. Et beaucoup sont embarrassés. Signe que le terrain est miné.
« Personne ne veut d’emmerdes »
Car depuis le début de cette affaire, ils se sont longtemps cachés derrière l’argument : « Laissons la justice faire son travail ». Maintenant qu’elle est passée, les langues ne se délient pas pour autant. Plusieurs de nos SMS et appels à des vice-présidents sont restés sans réponse. Ou alors, se sont soldés par un cordial : « Je ne souhaite pas communiquer sur le sujet ».
D’autres, qui témoignent anonymement, sont gênés aux entournures. « Les faits sont graves, certes, mais je trouve la peine très lourde, nous lâche un vice-président de Tours Métropole. C’était une dispute entre deux personnes. Et il est allé un peu loin. Mais on doit continuer à avancer sur le même format. M. Augis est un bon président. » Et avec lui, « la Métropole a acquis un certain équilibre, comment remettre tout ça en cause ? », poursuit l’un de ses collègues, qui reconnaît aussi que « personne ne veut d’emmerdes ».
« Oui, ça fait tache, mais vous savez, la tache est là depuis le 4 avril 2023 »
Mais est-ce possible d’imaginer une collectivité, qui représente plus de 300.000 personnes, gérée par un homme condamné pour « injure à caractère racial » ? Là, silence de quelques secondes. Chaque mot est pesé. Réfléchi. « Oui, ça fait tache, mais vous savez, la tache elle là depuis le 4 avril 2023 », souffle un élu. Il poursuit : « À lui d’en tirer les conclusions, en son âme et conscience ». Pas de demande de démission donc ? « Non ». Et puis, comme le fait remarquer un autre membre de l’exécutif, « il ne faut pas sous-estimer ses soutiens ».
Les conseillers métropolitains, eux, sont un peu plus bavards. « Les propos que M. Augis a tenus sont inadmissibles, nous n’en démordons pas », assure l’un d’eux. Tandis que Marion Nicolay-Cabanne, qui accepte, elle, d’être citée, souhaite qu’il passe la main. « L’injure raciste a été prononcée dans le cadre de ses fonctions, ça a été reconnu par la justice. M. Augis est donc condamné en tant que président. La logique voudrait qu’il démissionne. De toute manière, c’est un mandat pour rien. D’ici 2026, il ne va pas se passer grand-chose… »
Dans le même groupe politique, Benoist Pierre, demande à l’exécutif métropolitain de se positionner. « À ceux qui sont rentrés dans cet exécutif avec un projet d’apaisement, c’était le terme employé, je leur demande : ‘Et maintenant, que dîtes-vous ?’ » Il en profite pour s’adresser, en particulier, à Emmanuel Denis, le maire de Tours, et vice-président métropolitain, en charge des mobilités. « Quand il n’était pas dans l’exécutif, ses condamnations et ses reproches étaient vifs. Mais depuis, plus du tout. Sur cette histoire, je ne l’ai pas entendu. Quelle est sa position ? » Sollicité, le maire de Tours a répondu. « Face à cette situation grave et sans précédent, il est essentiel d’engager une discussion collective et franche avec les membres de l’exécutif métropolitain, comme l’exprime le groupe auquel j’appartiens », dit-il. Il estime que « Frédéric Augis, en tant que président en exercice, doit s’exprimer en premier sur la manière dont il envisage la suite de son mandat ».
« Aucune complaisance n’est possible avec le racisme », réagit Cédric De Oliveira
Quant à Cédric De Oliveira, il a réagi dans un communiqué. Il dit « prendre acte du jugement rendu par la justice », « cette insulte m’a profondément blessé », rappelle-t-il. Avant d’ajouter : « Aucune complaisance n’est possible avec le racisme ou toute autre forme de discrimination. Ces propos n’ont leur place nulle part et encore moins au siège d’une collectivité censée être le lieu même d’expression des valeurs républicaines. » Il cite la charte de l’élu local : « L’élu exerce ses fonctions avec impartialité, diligence, dignité probité et intégrité ».
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