Chronique de l’improviste Apôtre de l’« insultocratie » Par Henriette Niang Kandé

, Chronique de l’improviste Apôtre de l’« insultocratie » Par Henriette Niang Kandé

C’est un mot que l’histoire retiendra peut-être un jour, à ranger dans la vitrine des déchéances politiques : insultocratie. Le ministre d’un gouvernement pour lequel le mot d’ordre n’est ni « jub, jubal, jubanti », ni gouverner, réformer, mais bel et bien insulter. C’est désormais une doctrine, et Birame Souley Diop, ministre de l’Énergie, en est l’apôtre zélé.

À Saint-Louis, ce 19 juillet 2025, dans l’enceinte de l’Université Gaston Berger, haut lieu de savoir, de rigueur, et de luttes aussi, le ministre s’est livré à une scène surréaliste : « Qui insulte Ousmane Sonko, insultez-le. Qui insulte Diomaye Faye, insultez-le. »

« On est ministre du lundi au vendredi », dit-il, comme on annoncerait ses horaires de bureau à la poste. Le week-end, visiblement, la République prend repos : plus d’éthique, plus de dossiers. Les urgences nationales attendront le lundi suivant, comme un courrier recommandé. Pendant le week-end, on oublie les promesses. Ministre à temps partiel, conscience en CDD hebdomadaire. Son ministère ?  Un open space avec pause prolongée dès le vendredi soir

Pas une parole sur les doléances des étudiants, pas un mot sur les campus, les bibliothèques, les outils et moyens de formation à Dakar, Thiès, Ziguinchor ou Bambey. Non, Birame Souleye Diop qui s’était délaissé de son costume de ministre, samedi-dimanche oblige,  s’était fixé une mission : mobiliser l’insulte, ériger l’invective en rempart politique, armer les poitrines vides de slogans toxiques, et célébrer la grossièreté comme on entonne un hymne.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’incongruité du lieu. Il ne sait manifestement pas où il parle. L’Université. Symbole d’élévation intellectuelle, de débat, de critique, réduite ici à un théâtre d’hooliganisme verbal. Il aurait pu parler d’énergie, ce secteur qu’il gère depuis 15 mois, où l’opacité le dispute à l’amateurisme, où les coupures d’électricité reviennent plus que fréquemment. Mais non. Il a préféré parler fort, faute de parler juste.

Mais faut-il vraiment s’étonner d’un tel effondrement de la parole politique, quand on regarde de près le pedigree du personnage ? Le député-maire Birame Souleye Diop, élu de la 14e législature, avait déjà donné le ton. Quand son propre camp appelait, au nom de l’éthique, à ne pas cumuler les mandats, lui répondait par le mépris. La cohérence n’est pas son fort : il a préfèré les fauteuils doublés. Et puis, dans un de ces accès d’arrogance solitaire dont il a le secret, il a lancé au détour d’un micro : « Personne ne doit s’aventurer à nous demander de parrainer des manifestations sportives ou culturelles. »

Birame Souleye Diop n’est pas qu’un ministre perdu dans ses dossiers. Il est l’incarnation achevée de ce que produit une alliance entre l’incompétence crue et le zèle fanatique. En quinze mois, il n’a apporté ni solution, ni vision au secteur énergétique. Les bailleurs observent, les consommateurs continuent de payer cher, les partenaires attendent. Mais lui, il insulte.

Il n’argumente pas : il aboie. Il ne convainc pas : il galvanise les plus bas instincts. Ce ministre ne s’adresse pas aux étudiants pour les entendre, ni aux militants pour les guider. Il s’adresse à eux comme à une milice, une foule malléable, bonne à déclencher une guerre de caniveaux. Le mépris qu’il affiche à l’égard des partisans de son propre camp est à la mesure de son incapacité à produire une seule idée. Il ne les éclaire pas, il les instrumentalise.

Et le pire ? Ce n’est pas qu’il appelle à l’insulte. C’est qu’il ne propose rien d’autre. Pas une politique, pas une feuille de route, pas une réforme. Rien que le néant hurlé à tue-tête, pour couvrir le silence de sa vacuité. À ce niveau, on ne gouverne plus : on gesticule, on vocifère, on menace, on pourrit l’espace public pour faire diversion.

À ceux qui s’interrogent sur la dérive autoritaire, inutile de chercher des plans secrets. Tout est là, au vu et au su de tous. Quand un ministre appelle publiquement à insulter des citoyens depuis une université, ce n’est pas une sortie malheureuse. C’est une insultocratie, où le verbe sert d’arme et l’argument devient suspect.

Mais voilà : le problème, c’est qu’on ne chauffe pas une salle comme on éclaire un pays. Et dans les mois qui viennent, quand les factures s’alourdiront, quand les réformes se feront encore attendre, le ministre ne pourra pas transformer ses imprécations en kilowatts. Et les citoyens, eux, n’oublieront pas qu’au lieu d’apporter la lumière, il avait choisi de souffler sur les braises.

L’histoire retiendra ce moment où, dans une université meurtrie, un ministre sans idées a voulu troquer la flamme du savoir contre les cendres de l’insulte. Mais qu’il le sache : dans ce pays, les livres brûlent parfois, mais les consciences, elles, s’enflamment. Et face à cette honte, aucun mégaphone ne pourra jamais couvrir le silence glacial de son propre effacement.

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