Selon nos informations, le directeur de cabinet de la maire d’Avallon Jamilah Habsaoui a été placé en garde à vue, le 2 juillet. Il est soupçonné d’avoir refusé de répondre aux réquisitions d’un gendarme et d’avoir insulté et menacé de mort une élue. Des faits survenus pour l’un, au lendemain de l’arrestation de la maire dans une affaire de trafic de stupéfiants. Et pour les autres, après le conseil municipal du 13 mai au cours duquel la mise en retrait de Jamilah Habsaoui a été annoncé. Bruno Villecourt conteste ces accusations. Il annonce avoir déposé plainte pour dénonciations calomnieuses.
Alors que plus aucune information n’a filtré sur le dossier d’instruction de l’affaire Habsaoui depuis la remise en liberté le 14 mai 2024 de la maire d’Avallon, toujours mise en examen dans une affaire de trafic de stupéfiants et placée sous contrôle judiciaire, c’est désormais son directeur de cabinet Bruno Villecourt qui est cette fois visé par une procédure.
Ce dernier a été placé en garde à vue le 2 juillet à la gendarmerie d’Avallon. Une information de L’Yonne républicaine confirmée par le procureur de la République d’Auxerre, Hugues de Phily, et par l’intéressé. S’il ne lui est pas reproché d’être impliqué dans le trafic de stupéfiants dans lequel cinq personnes ont été mises en examen aux côtés de la maire, la convocation du directeur de cabinet intervient en marge de cette affaire. Il lui est reproché trois faits distincts, survenus dans les jours ou les semaines qui ont suivi l’arrestation de Jamilah Habsaoui. Des faits qui ne sont pas reliés entre eux, ni de près, ni de loin, si ce n’est qu’ils interviennent dans un climat lourd né de l’affaire Habsaoui.
Il demande aux gendarmes de sortir
La première scène qui intéresse les enquêteurs intervient au lendemain de la découverte des 70 kg de résine de cannabis au domicile de Jamilah Habsaoui, dans le quartier de la Morlande, à Avallon. Bruno Villecourt est soupçonné d’avoir « refusé de répondre à la réquisition d’un officier de police judiciaire », explique le procureur de la République, sans plus de précisions.
Ce lundi 8 avril 2024, à 9 heures, Bruno Villecourt est en mairie et descend dans les locaux de la police municipale. Deux gendarmes sont sur place. « Je leur dis que j’ai besoin de parler à mes agents. Ils m’expliquent qu’ils sont là pour des réquisitions d’images de vidéosurveillance pour des rétroviseurs cassés il y a deux jours. Je leur dis que ce n’est pas le moment et qu’on verra plus tard », détaille le directeur de cabinet contacté ce samedi 6 juillet, qui précise « avoir bien demandé aux militaires de sortir ». Bruno Villecourt explique qu’il voulait « dire aux policiers municipaux de garder les portes de la mairie pour ne laisser entrer aucun journaliste. On venait de prendre la foudre sur la tête avec l’interpellation de la maire et les gendarmes venaient pour une histoire de rétroviseurs cassés l’avant-veille : il n’y avait donc pas d’urgence. » Et de préciser : « Jamais, je ne me suis mêlé de réquisitions quelles qu’elles soient. »
La maire d’Avallon Jamilah Habsaoui est sortie de prison
J’ai été une des seules à m’exprimer. Je n’ai pas été agressive. Mais il faut que les choses soient dites. […] On est dans une ville où tout le monde se tait. Maintenant, ça suffit.
L’acte II intervient plus d’un mois après l’arrestation de Jamilah Hansaoui, avec la tenue du premier conseil municipal sans son maire : « une séance comme une autre », annonçait la majorité. L’occasion, surtout pour Jamilah Habsaoui, d’indiquer, dans un courrier lu à l’assemblée, sa « mise en retrait » des affaires de la commune. Le moment choisi pour l’élue indépendante Aurélie Farcy de réclamer en fin de séance la démission de la maire. L’ex-quatrième adjointe à la maire d’Avallon, Aurélie Farcy, avait été écartée de la majorité municipale en février 2023. Depuis plus d’un an, cette dernière estime subir des pressions insidieuses, « des subventions supprimées, par exemple ». Au sein de la municipalité qu’elle estime « gouvernée par Bruno Villecourt », les tensions avec ce dernier se seraient cristallisées lorsqu’elle a demandé la démission de la maire. « J’ai été une des seules à m’exprimer. Je n’ai pas été agressive. Mais il faut que les choses soient dites. […] On est dans une ville où tout le monde se tait. Maintenant, ça suffit », a confié l’élue ce vendredi 5 juillet au soir.
La scène décrite par Aurélie Farcy a eu lieu devant la mairie d’Avallon.
« Elle aurait vendu son père et sa mère en 40 »
À l’issue de cette séance du conseil municipal, l’élue avallonnaise dit être sortie discuter avec un autre conseiller de la majorité devant la mairie. C’est à ce moment-là que Bruno Villecourt est intervenu. « Il a hurlé par la fenêtre de son bureau à l’autre élu : « Ne lui parle pas ». À Aurélie Farcy, le directeur de cabinet aurait dit : « Dégage ! Elle aurait vendu son père et sa mère en 40 ». Une scène qualifiée « d’outrages » pour laquelle Bruno Villecourt a aussi été placé en garde à vue et qu’il conteste. « Je ne suis jamais resté seul après le conseil, assure le directeur de cabinet. Et j’ai trois élus qui ont attesté que je n’ai jamais dit ça. Dont l’élu qui discutait avec Madame Farcy ». Ces témoins qu’évoque Bruno Villecourt feraient partie de la majorité.
L’acte III joué deux jours plus tard a finalement poussé Aurélie Farcy à déposer plainte. Cette dernière était à pied, lorsque Bruno Villecourt, en voiture, aurait crié par la fenêtre « Je vais te crever ! » Soupçonné de l’avoir menacé de mort, le directeur de cabinet conteste : « J’ai un témoin. J’étais au téléphone pendant huit minutes ». Pourquoi Aurélie Farcy mentirait ? Selon lui, l’élue est « en campagne permanente depuis qu’elle est sortie de la majorité. Elle pense que comme Jamilah Habsaoui, qui est présumée innocente, a été arrêtée, on doit retourner aux urnes pour des élections ».
Plainte pour dénonciations calomnieuses
Au terme de trois heures de garde à vue à la gendarmerie d’Avallon, Bruno Villecourt est ressorti libre. Le dossier, comprenant les faits de refus de répondre à la réquisition d’un officier de police judiciaire, outrage à personne chargé d’une mission de service public et menaces de mort à l’encontre d’une élue, a été transmis au procureur de la République. Charge au parquet de poursuivre le directeur de cabinet ou d’abandonner les poursuites, alors que Bruno Villecourt annonce avoir déposé plainte contre Aurélie Farcy pour dénonciations calomnieuses.
Tiphaine Sirieix
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