
L’agression a fait beaucoup réagir parmi les formations politiques. Ce jeudi matin, le maire de Saint-Brieuc Hervé Guihard a été légèrement blessé à la tête par un homme muni d’un couteau. Ce dernier a été interpellé puis placé en soins psychiatriques, a indiqué à l’AFP le procureur de la République de la ville, Nicolas Heitz.
Au cours d’une conférence de presse, il a annoncé « l’ouverture d’une enquête de flagrance des chefs de tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique, menaces de mort aggravée et rébellion », des faits punis de « la réclusion criminelle à perpétuité ». L’homme de 44 ans s’était d’abord rendu à l’hôtel de ville pour savoir où trouver le maire, avant de faire son entrée au Bistrot de la Poste où l’agression a eu lieu. « Il demandait au serveur où était le maire et lui ordonnait de se préparer car il allait y avoir ”un attentat”», a relaté le procureur. Repérant puis interpellant le maire sur des « agressions commises en marge de manifestations militantes », le suspect s’est alors jeté sur lui « avec un couteau en main en le menaçant de le tuer à plusieurs reprises », a décrit Nicolas Heitz.
Un suspect déjà interné en psychiatrie
Alertés, les policiers ont alors fait évacuer le bar et tenté d’entamer un dialogue avec le porteur de l’arme, qui « plaçait le couteau sous sa gorge, menaçant de se suicider », selon le magistrat. Le suspect a finalement été maîtrisé après que les policiers eurent fait usage de leur pistolet à impulsion électrique, une demi-heure environ après le début des faits. En possession de deux couteaux, l’homme a été examiné par un médecin qui a jugé son état incompatible avec la garde à vue et a préconisé son admission en soins psychiatriques. Le préfet des Côtes-d’Armor a ordonné son hospitalisation complète, pour un mois.
Le suspect s’en était déjà pris verbalement à l’édile Place publique lors d’une réunion publique à laquelle participait le député européen Raphaël Glucksmann, dans le cadre de la campagne des élections européennes, en février, selon le cabinet du maire à l’AFP. Il a également déjà fait l’objet de deux condamnations. En 2012, il avait agressé, et sérieusement blessé, ses parents avec un sabre japonais, selon Le Télégramme. Il a également été condamné en juillet 2023 pour envoi de messages malveillants par conjoint ou ex-conjoint et outrage à magistrat, selon le procureur.
Toujours suivi dans le cadre de cette dernière condamnation, l’agresseur avait déjà été hospitalisé à deux reprises en 2023, sans son consentement. Un expert psychiatre devra déterminer s’il était responsable pénalement au moment des faits ou si son discernement était aboli, a précisé le procureur, qui a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge d’instruction dans les prochains jours.
« La violence envers nos maires/élus doit cesser »
Le maire, brièvement hospitalisé après avoir reçu des coups au niveau de la tête avec le manche du couteau, est « choqué comme on peut l’être après une agression », a rapidement fait savoir son cabinet. Dans la soirée, il s’est exprimé sur France 3 Bretagne. « Il s’est jeté sur moi, littéralement », a-t-il raconté, décrivant une « sensation d’irréalité » avec un agresseur criant qu’il « était là pour tuer le maire ».
Plusieurs de ses collègues de Place publique ou du Parti socialiste lui ont apporté leur soutien. « Tout mon soutien à Hervé Guihard, un homme génial, un maire extraordinaire, mon ami. Il aurait pu mourir sous les coups d’un agresseur qui le menaçait depuis des mois… La violence envers nos maires/élus doit cesser. Ou la démocratie ne survivra pas à la brutalisation permanente », a ainsi réagi sur X Raphaël Glucksmann tandis que la maire de Rennes Nathalie Appéré s’est, parmi d’autres, dite « effarée et préoccupée par ce degré de violence décomplexée ».
La droite LR et le gouvernement sont également intervenus. « S’en prendre à un maire, c’est s’attaquer à la République. Je condamne avec la plus grande fermeté l’agression du maire de Saint-Brieuc dans l’exercice de ses fonctions ce matin », a déclaré la ministre du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation, Catherine Vautrin. « Encore une attaque d’une violence glaçante », a aussi dénoncé le président LR de l’Association des maires de France qui a saisi l’occasion pour plaider en faveur de « sanctions réelles et fortes, et un sursaut civique de toute la population », en écho au programme sécuritaire de « rétablissement de l’ordre » défendu ces derniers jours par Bruneau Retailleau, un autre LR désormais ministre de l’Intérieur.
De son côté, le maire de Saint-Brieuc a imputé son agression à un « trou dans la raquette dans l’accueil psychiatrique » dans sa commune, qu’il souhaite voir résorbé par un complément de lits d’hôpitaux. « Les soucis de santé mentale passent trop au second plan », a-t-il regretté.
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