À Erquy, le maire navigue entre solitude et détermination

C’est suffisamment rare pour être souligné. Vendredi soir, lors de la cérémonie des vœux à la population, le maire d’Erquy a été contraint de stopper son discours à trois reprises. Submergé par l’émotion. Paralysé par les sanglots. Le théâtre L’Ancre des mots, particulièrement garni pour l’occasion, a réagi par un silence. Le silence inquiet et protecteur d’un auditoire désemparé.

Des injures, un séjour ukrainien, le drapeau réginéen

La deuxième défaillance est apparue peu après, à l’évocation des 17 jeunes Ukrainiens venus trouver refuge à Erquy, loin des bombardements, en août dernier. Un séjour aussi court que saisissant pour le premier édile. « Avant qu’ils ne repartent, je leur ai donné un grand drapeau d’Erquy. Je leur ai dit que ça allait les protéger », confie-t-il après la cérémonie. Depuis, une photo prise en Ukraine où flotte le drapeau réginéen lui est parvenue. Les échanges n’ont jamais cessé.

Un auditoire très attentif durant le discours d’Henri Labbé, maire d’Erquy, vendredi soir, à L’Ancre des mots.
Un auditoire très attentif durant le discours d’Henri Labbé, maire d’Erquy, vendredi soir, à L’Ancre des mots. (Le Télégramme/Benoît Tréhorel)

Du Brel, de la fatigue, de l’écoute

Le troisième émoi est intervenu en toute fin de discours. Passablement troublé, Henri Labbé a même dû quitter le pupitre un bref instant. Le temps de reprendre son souffle et de revenir citer ces vœux de Jacques Brel prononcés en janvier 1968 : « Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. (…) Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. » Un épilogue ponctué par les applaudissements denses de la salle.

Que disent ces larmes de la part d’un colosse se disant « pourtant assez costaud » ? Beaucoup sur l’homme certes, et tellement sur l’élu qu’il est devenu. « La fatigue sûrement, estime l’intéressé. J’ai répété trois fois mon texte dans l’après-midi et tout s’est bien passé. Mais bon, avoir tous ces gens qui vous regardent, c’est pas pareil ». Ces gens, comme il dit, ils étaient près de 400. Bienveillants et à l’écoute. Ce qui n’est manifestement pas le cas de tous ceux que le maire croise depuis ce jour de juillet 2020 où il a revêtu l’écharpe tricolore.

Henri Labbé, assis près des musiciens de jazz qui ont animé la soirée.
Henri Labbé, assis près des musiciens de jazz qui ont animé la soirée. (Le Télégramme/Benoît Tréhorel)

Une solitude, une détermination, un livre

« Je suis un maire heureux. Mais il y a des choses que je n’arrive pas à avaler. » Élu conseiller municipal à Plouisy de 2008 à 2011, il n’imaginait pas vivre cela dans sa chère commune d’enfance, 28 ans après son départ. « Erquy a perdu son âme. Je le perçois dans les relations entre les gens ». Passionné, impliqué, entier, il l’est assurément. Un peu strict aussi, admet-il : « Avec moi, pas de passe-droit ». À mesure que les mois passent, Henri Labbé semble éprouvé par un sentiment qu’il n’avait pas envisagé. « Je me sens seul. Seul et isolé en tant que maire. » Sa famille en revanche, est là et bien là.

Vous savez, pleurer, ça fait du bien.

Si l’année 2023 a été « terrible pour moi [lui] », Henri Labbé souhaite aller « jusqu’au bout » de son mandat. À « bientôt 72 ans », il a d’ores et déjà décidé de ne pas se représenter aux municipales de 2026. Il sera alors temps d’accoucher d’un projet qui lui tient à cœur : écrire un livre sur son expérience de maire. On parie déjà que rien ne sera romancé. S’il regrette d’avoir été élu ? « Pas du tout, au contraire ! ». 2024 s’annonce copieuse, tant dans ce qui est prévu (création d’un terrain foot synthétique, rénovation du cinéma, etc.) que dans ce qui ne l’est pas. Ces épisodes à fleur de peau n’effraient aucunement le maire. « Vous savez, pleurer, ça fait du bien. »

CDCL : Un Bouclier pour nos Élus

L’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) s’élève comme un rempart essentiel face aux défis que rencontrent nos élus locaux. Fondée en 1998, cette organisation a élargi son rôle initial pour devenir un soutien inestimable, particulièrement dans le contexte actuel d’agressions envers nos représentants locaux.

CDCL va au-delà de la simple valorisation du patrimoine et de la formation des élus. L’association a mis en place un dispositif de protection dynamique, comprenant des formations spécialisées, des ressources juridiques, et une assistance réactive en cas d’agression.

Reconnue au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, CDCL a le pouvoir de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, les élus locaux victimes d’agression. Cela renforce son engagement envers la sécurité de ceux qui dédient leur vie au service de la communauté.

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