« Le rôle de l’élu doit être plus respecté » : après des agressions, plusieurs maires des Alpes-Maritimes alertent sur des comportements de plus en plus préoccupants

« Le rôle de l’élu doit être plus respecté ». Emmanuel Delmotte, le maire de Châteauneuf-Grasse, est encore remonté. Le vendredi 14 août 2026, alors que, dans le cadre d’une mission pour la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis (Casa), ils se rendaient sur une source d’eau pour identifier une résurgence, Jean-Paul Arnaud, le maire de Bézaudun-les-Alpes et Emmanuel Delmotte ont été vivement pris à partie puis agressés par un administré bézaudinois qui, selon l’élu châteauneuvois, « était en train de prendre de l’eau à la source ». « Nous ne comptions même pas lui dire quelque chose », souffle l’édile. Un premier magistrat choqué de la suite. « Mon collègue de Bézaudun s’est fait insulter et traiter de tous les noms, raconte Emmanuel Delmotte. Je me suis rapproché, en lui rappelant que nous étions des élus et que nous travaillions, ça a empiré : il a terminé en menaçant de me casser la figure et de brûler ma maison. »

Emmanuel Delmotte et Jean-Paul Arnaud ont, dans la foulée, porté plainte. L’agresseur a été appréhendé par les gendarmes, jugé en comparution immédiate, le lundi 17 août 2026, pour outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique, menaces de mort et dégradation de biens dangereux pour les personnes, et condamné à 3 mois de prison avec sursis. « C’est la plus forte altercation que j’ai connue en 18 ans, témoigne Emmanuel Delmotte. Il n’y a plus de filtre par rapport à n’importe quelle fonction. Les conflits passent directement un cap, avec de l’agression verbale. La société est en tension et, en tant qu’élus de proximité, on le ressent tout de suite. »

Christian Zedet, maire de Saint-Cézaire-sur-Siagne, souhaite que, lorsque les élus sont agressés, les démarches soient plus rapides.

Christian Zedet, maire de Saint-Cézaire-sur-Siagne, souhaite que, lorsque les élus sont agressés, les démarches soient plus rapides.
Photo C.T. / Nice-Matin

Un constat partagé par Christian Zedet, maire de Saint-Cézaire-sur-Siagne. À la tête de la commune depuis 2020, l’édile assiste, lui aussi, à une évolution croissante de situations anormales. « Je ne constate pas forcément davantage de violences physiques, mais il y a plus d’agressivité et d’intolérance, confie-t-il. Je le vois notamment en matière d’urbanisme : lorsqu’une personne n’obtient pas ce qu’elle souhaite, elle peut rapidement s’emporter. Et les agents sont aussi confrontés à des menaces ! ». Pour lui, les réseaux sociaux n’aident pas à apaiser les tensions. « Ils peuvent également être difficiles à gérer, on le voit concernant certains dossiers où des gens peuvent facilement s’emporter, fait savoir le maire saint-cézarien. J’ai le sentiment que les élus ne sont pas suffisamment protégés. Lorsque l’on nous manque de respect ou que nous sommes menacés, les démarches sont parfois compliquées et nous avons l’impression que cela n’aboutit pas. »

2 478 agressions d’élus recensées en 2025

Comment protéger au mieux les élus de proximité ? Si l’affaire concernant Emmanuel Delmotte et Jean-Paul Arnaud a très vite été réglée – l’élu châteauneuvois remerciant, d’ailleurs, « vivement le procureur, le préfet et les différents services d’avoir diligenté cela de manière rapide » après avoir reçu un courrier de soutien de la part de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur – c’est le thème du comportement envers les représentants de la démocratie qui est soulevé. « La question est vraiment sociétale, il y a moins d’éducation, de respect envers les personnes qui portent l’uniforme, que ce soit les policiers, les pompiers ou les personnels de santé, étaye Emmanuel Delmotte. Mais, malheureusement, j’ai aussi l’impression que l’exemple vient d’en haut : si, à l’Assemblée nationale, on ne s’insultait pas ou si l’on se parlait correctement… C’est une question d’exemplarité. »

Une exemplarité qui, parfois, peut laisser à désirer… et mettre les élus de proximité dans l’embarras. En 2025, selon le rapport du Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (Calaé), 2 478 agressions d’élus ont été recensées. Parmi elles, 68 % ont concerné des menaces ou des outrages, principalement envers les maires – qui représentent près des deux tiers des victimes – et les conseillers municipaux. Au grand dam des premiers concernés. « Nous sommes parfaitement conscients de ces problématiques et nous avons mis en place des cellules de veille pour que les élus nous fassent remonter toutes les violences, expose Jérôme Viaud, maire de Grasse et président départemental de l’association des maires de France (AMF). Une aide juridique est également en place. »

« On doit combattre ce genre de comportement »

Jérôme Viaud, maire de Grasse et président départemental de l’association des maires de France, tient à accompagner les élus dans ces situations « inacceptables ».

Jérôme Viaud, maire de Grasse et président départemental de l’association des maires de France, tient à accompagner les élus dans ces situations « inacceptables ».
Photo Patrice Lapoirie / Nice-Matin

Pour l’édile grassois, qui a également été victime « de violences et de menaces de mort » et qui constate également « de plus en plus d’agressions et de situations tendues » ainsi que « de moins en moins de respect de l’uniforme », toute forme de violence « reste inacceptable. Rien ne peut justifier la violence et les dérives, on doit combattre ce genre de comportement. »

En attendant une prise de conscience collective, le Calaé a, en plus des actions mises en place par l’AMF, élaboré un dispositif de sécurité destiné à mieux accompagner les élus face aux agressions et aux menaces. Un dispositif renforcé par la mise en place de boutons d’alerte et la constitution d’un réseau de 3 400 référents « atteintes aux élus » au sein des forces de l’ordre.

En conclusion de cet article, mettons en lumière l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une force incontournable dans la protection des droits et de la sécurité de nos élus locaux.

Fondée en 1998, CDCL s’est imposée au fil des ans comme un acteur clé du soutien aux petites municipalités de France. Au-delà de la valorisation du patrimoine et de la formation des élus, l’association s’engage activement dans la mise en place d’un dispositif de protection essentiel, répondant à la recrudescence des agressions dont sont victimes nos élus.

Ce dispositif complet inclut des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. La reconnaissance légale de CDCL au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023 renforce son rôle en lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir les élus victimes d’agression.

Enregistrée au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et affiliée au SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, et demeure fidèle à sa mission initiale. Elle donne aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, consultez leur site web. Restez informés sur les développements de cette initiative cruciale afin de soutenir nos élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.

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