Agressions sexuelles incestueuses : un ancien élu condamné

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Dès l’approche du tribunal d’Évreux (Eure), la tension est palpable. Les invectives fusent. Plusieurs personnes sont en pleurs sur le trottoir d’en face et la police nationale doit bloquer un instant la rue Joséphine pour escorter le prévenu jusqu’à la salle d’audience où il comparaît libre. Il aura fallu toute la force, le courage de son fils et la perspicacité bienveillante de son camarade pour qu’au bout d’une nuit blanche, se révèle enfin le lourd secret qui accable le jeune garçon. Des années durant, il a été victime d’agressions sexuelles incestueuses venant de son père.

En début d’année, Lucas* passe la soirée chez son camarade. Les deux adolescents parlent de leurs projets d’avenir, de leurs ambitions et de leurs « objectifs » pour cette année nouvelle, lorsque Lucas affirme vouloir arrêter le foot. « Mais non ! C’est dommage, tu rendrais ton père fier de toi », s’insurge son ami. Mais le garçon reste sur sa position. « Tu ne connais pas mon père, je le déteste », tranche-t-il d’un ton glacial.

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Dès lors, la conversation prend un tour nouveau. Toute la nuit, son ami le presse de s’expliquer. Il finit par craquer et confie ce qui le hante : son père le masturbe deux fois par semaine et il ne parvient pas à le faire cesser. L’ami mortifié appelle le 119 (lire encadré). Lucas parle. Dès cet instant, l’enquête est lancée et le père entendu dans la foulée.

Le 119, un appel gratuit

Le 119 est une ligne gratuite depuis n’importe quel téléphone qui permet aux enfants, adolescents, adultes de dénoncer toute mise en danger d’enfants, quelles que soient les circonstances : agression sexuelle, inceste, violences physiques ou psychologiques, ou liées à des négligences graves comme un manque de nourriture, de soins ou de sécurité au sein de la famille ou en institution.

Un chantage répété

Au tribunal, père et fils se font face. Assis à côté de sa maman sur le banc de la partie civile, Lucas ne souhaite pas s’exprimer à la barre, puis se reprend soudain pour relater les faits.

Le jeune homme raconte les premières fois. L’insistance du père : « Il ne forçait pas, mais quand je demandais quelque chose, il me disait que je devais faire quelque chose pour lui, il insistait », explique la victime.

« Je ne voulais juste pas.Je lui ai dit que tout ça n’était pas normal, qu’il fallait que ça s’arrête. C’était compliqué pour moi de savoir ce que je ressentais. J’ai pas osé en parler. Ça a été très dur mentalement »

Lucas*

Puis, jetant un coup d’œil furtif vers son père, il ajoute : « Il a bien fait d’avouer, mais il n’avait pas d’autre option ».

« Je suis dégoûté de moi-même »

Le père de famille semble ému, mais ne parvient pas à comprendre ce qui a pu le conduire à cette déviance.

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« À un moment, il y a eu un rapprochement affectif, et je suis tombé dans un carcan, je n’ai pas su résister. Je ne me l’explique pas. Pourquoi lui ? »

Le père de la victime

« C’est le plus introverti, peut-être que ce serait celui qui s’opposerait le moins », suggère le président Wladis Blacque-Belair.

Contre les évidences, le prévenu nie toute attirance envers les hommes ou les mineurs adolescents. Le substitut du procureur Théo Touzeau insiste sur ce registre, surpris que le prévenu « ne fasse pas le lien entre ses actes et ses attirances sexuelles », d’autant qu’il aurait proposé une fellation, refusée par son fils ; en ce cas c’eût été les assises, fait remarquer le magistrat.

Après un long échange qui fait apparaître les failles et les contradictions du prévenu à propos de ses attirances, l’homme finit par murmurer un « peut-être, Monsieur ». Les larmes aux yeux, il conclut :

« Je suis dégoûté de moi-même. Après j’avais honte, mais ça ne m’empêchait pas de recommencer. »

Le père de la victime

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Un « meurtre d’identité »

L’avocate de la partie civile rappelle que ces agressions, devenues des rituels pernicieux, ont duré. Et cette phrase qui revenait : « Prépare-toi, j’arrive dans cinq minutes ». À cette évocation, Lucas est en pleurs dans les bras de sa maman.

Pour éviter de trop longues procédures, l’avocate se résout à demander 4 000 € de dommages-intérêts pour la maman et 10 000 € pour celui de Lucas.

Le substitut du procureur, Théo Touzeau, dénonce « un meurtre d’identité ». Il requiert 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire avec mandat de dépôt.

Pour la défense, Maître Taffou plaide pour une peine mixte sans détention, en invoquant les aveux précoces d’un homme qui n’a plus esquivé sa responsabilité dès son interpellation. Revenu à la barre, le père se tourne vers son fils : « Je te demande pardon », dit-il les larmes aux yeux.

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À l’issue du délibéré, le père est condamné à 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire. La partie ferme est aménageable en détention à domicile sous bracelet électronique, accompagnée d’obligations de soins, d’interdiction de contact avec la victime et d’exercer une profession en contact avec des mineurs pendant 10 ans, ainsi que du retrait de l’autorité parentale et l’inscription au fichier des délinquants sexuels.

Reçues parties civiles, la maman se voit attribuer 2 000 € et Lucas 6 000 € au titre de leur préjudice moral, ainsi que 1 000 € pour leurs frais d’avocat.

* Le prénom a été modifié pour protéger l’identité de la victime mineure.Toute condamnation est susceptible d’un recours et jusqu’à une condamnation définitive, la présomption d’innocence prévaut.

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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

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