
Jeudi 5 février, le parquet a requis trois ans de prison contre l’ancien maire de Nazelles-Négron accusé d’agression sexuelle et de corruption de mineurs par cinq jeunes filles placées à son domicile par l’aide sociale à l’enfance. Le jugement sera rendu mardi 7 avril 2026.
La procureure a requis trois ans de prison pour corruption de mineurs et agressions sexuelles à l’issue de l’audience du jeudi 5 février 2026. Des accusations portées par des jeunes filles placées au domicile de Richard Chatellier par l’aide sociale à l’enfance. Deux des cinq plaignantes étaient présentes à l’audience, et pendant toute cette longue audience, elles se sont tenues la main, face au rappel des faits. Des années d’abus sont rapportés par la présidente du tribunal, qui lit les déclarations des enfants placés au domicile de l’ancien maire de Nazelles-Negron, entre 1997 et 2021. L’épouse du prévenu avait l’agrément du département pour accueillir les enfants placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), il était co-signataire de cet agrément. En tout, environ 25 enfants ont été placés à son domicile.
Les premiers faits sont rapportés par une des enfants placées à son domicile. En 2021, elle appelle sa soeur et rapporte des propos sexuels de la part de son père d’accueil, qui ont commencé quand elle avait 14 ans. La conversation arrive aux oreilles de la mère d’accueil de la soeur de la victime, qui les signalent à l’aide sociale à l’enfance. La jeune fille est entendue par les enquêteurs, c’est le début d’une procédure longue de 5 ans.Quand cette jeune fille parle du comportement du prévenu à une autre adolescente placée, celle-ci lui répond « Oh non, il t’a fait ça aussi ? ». Les deux jeunes filles rapportent alors des expériences similaires. Des questions sur leur expérience sexuelle, dès leur quatorze ans, des entrées intempestives dans la salle de bain pendant leur douche ou dans leur chambre, pendant qu’elles s’habillent. Plus tard, elle discuteront aussi avec une troisième plaignante, après l’audition de celle-ci par les enquêteurs. Parmi ces trois jeunes filles qui se sont portées parties civiles, deux d’entre elles disent avoir été victimes de caresses sur la poitrine, sur le sexe et sur le fesses, ainsi que de viols digitaux.L’une des plaignantes témoigne auprès des enquêteurs de faits particulièrement graves. La jeune femme avait quinze ans à peine : « Un jour, dans le camping-car en rentrant d’un réveillon de Noël, il m’a dit : « Si tu veux être une femme, il faudra se mettre à poil quand on arrivera à la maison. » Quand on est rentré, je suis montée dans la chambre me déshabiller. Il m’a caressé le sexe, et m’a doigté. Un autre jour, il m’a demandé s’il pouvait me raser en bas. Et puis régulièrement, il me demandait de me doigter devant lui. Quand je ne voulais pas, c‘est lui qui le faisait. Il s’arrangeait toujours pour faire ça quand il n’y avait personne à la maison. Je ne cherchais pas à me débattre. Je ne disais rien, je me laissais faire parce que j’avais peur. »Des actes que les jeunes filles disent avoir subits sans en parler jusqu’en 2021. Elles expliquent ce silence par la peur de ne pas être crues. « Qui va croire une enfant placée contre la parole d’un maire ? » Les plaignantes reviennent aussi sur l’affection qu’elles portaient à l’épouse de l’ancien maire. Dénoncer ces faits aurait signifié pour elles être placées dans d’autres familles d’accueil et quitter leur mère de substitution, ces jeunes filles qui ont été abandonnées et baladées de familles d’accueil en familles d’accueil. Elles disent aussi avoir été victimes de menaces de la part du prévenu : « Si tu parles, je ferai de ta vie un enfer. Ce doit être notre petit secret. » L’ancien maire qui d’après les plaignantes, faisait aussi du chantage affectif : « Il m’a dit de baisser mon pantalon. Je savais qu’il me ferait la gueule si je ne le faisais pas, alors je l’ai fait. »
