« J’allais pas prendre un handicapé pour aller en découdre » : élu et chef d’entreprise, il est passé à tabac pour des factures impayées

l’essentiel Le 3 octobre dernier, deux individus s’en prenaient violemment à un conseiller municipal de Laroque-d’Olmes, en Ariège, alors qu’il était arrêté à un feu rouge. Motivée par un litige financier sans lien avec le mandat de l’élu, l’affaire vient d’être jugée par le tribunal correctionnel de Foix.

Samuel Chomblet n’oubliera pas l’agression dont il a été victime début octobre à Laroque-d’Olmes, une commune d’Ariège dont il est conseiller municipal. Des violences sans lien avec son mandat, mais qui lui ont valu quatre jours d’interruption temporaire de travail pour des plaies au visage, une lésion à l’épaule et un choc psychologique qui perdure encore. Un mois et demi après les faits, l’affaire est arrivée devant le tribunal de Foix.

L’agression s’était déroulée sur ce carrefour, alors que la victime était arrêtée au feu.
L’agression s’était déroulée sur ce carrefour, alors que la victime était arrêtée au feu. DDM, archives – A. Cavicchiolo

Le 3 octobre, en début d’après-midi, Samuel Chomblet est arrêté à un feu dans sa commune lorsque deux hommes déboulent d’un snack voisin. Tiré par le col par le premier, puis immobilisé par le second qui l’étrangle d’un bras, le conducteur est extirpé de son véhicule par ses agresseurs, qui lui portent plusieurs coups avant d’être interrompus par l’intervention d’un autre conducteur. Les deux individus s’enfuient avec le véhicule de leur victime, prostrée sur la route en position fœtale, embarquant son téléphone et son portefeuille. Le véhicule ne sera jamais retrouvé.

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Ils sont interpellés le lendemain, après s’être présentés à la gendarmerie de Saint-Jory, en Haute-Garonne… afin de porter plainte pour violences contre leur victime. Une victime qui en connaît bien un, Esteban*, pour avoir été en relation avec lui dans le cadre de son activité professionnelle, et c’est là le cœur de l’affaire : à la suite du placement de son entreprise en redressement judiciaire, puis en liquidation, Samuel Chomblet n’a jamais pu régler des factures qu’Esteban évalue à 25 000 euros, raison pour laquelle ce dernier aurait voulu « parler » avec son débiteur. Le second, Hicham*, est le frère d’Esteban, embarqué dans l’histoire à son corps défendant.

« Je savais pas par quel bout attraper la serviette »

Le jeune homme de 22 ans se perd en explications confuses sur le déroulement des faits, mais reste constant sur un point : « Je savais pas qu’il allait y avoir une altercation, assure-t-il. J’ai tourné mon regard et j’ai vu qu’il y avait baston. C’est mon frère, j’allais pas le laisser se bagarrer avec quelqu’un, je prenais des coups de partout, je voulais juste que ça cesse. Ce monsieur-là, je le connais pas, il m’a rien fait, j’ai pas tapé. Je devrais pas être ici. »

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Esteban, lui, fait amende honorable. « Je regrette énormément, ça n’aurait pas dû arriver, lance-t-il à la présidente, la violence ne résout rien. J’ai honte d’être devant vous, j’ai honte pour ma famille, j’ai honte pour mes enfants. » La magistrate s’étonne : « Sa voiture est à un feu rouge, vous pensez vraiment que c’était le moment de discuter et que ça allait bien se passer ? »

Et de pointer le fait qu’informé de la situation de Samuel Chomblet, il aurait dû savoir que celui-ci ne pouvait pas le payer et se tourner vers le tribunal de commerce. « Je connais pas le droit, je savais pas par quel bout attraper la serviette », se justifie Esteban avant de dédouaner son frère : « Il a rien à voir dans cette histoire. Il est handicapé à 50 %, j’allais pas prendre un handicapé pour aller en découdre. »

« Vous l’avez tabassé bien comme il faut »

Un handicapé au casier chargé : en cinq ans, Hicham a été condamné quatre fois, dont une pour vol avec violences. « J’ai fait des erreurs, accorde-t-il, mais j’ai pris un nouveau cap. » Évoquant deux tentatives de meurtre, il explique : « Quand je sors dehors, je regarde toujours derrière moi. » On n’en apprendra pas plus, sinon qu’il doit son handicap à trois balles dans une jambe. Esteban, quant à lui, ne traîne que cinq condamnations anciennes.

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« Je sais qu’il va recommencer », assure néanmoins Samuel Chomblet, évoquant « pas mal de harcèlement » de la part d’Esteban, qui serait allé jusqu’à menacer un de ses salariés pour qu’il lui donne 7 000 euros. Son avocat enfonce le clou : « Vous l’avez tabassé bien comme il faut et c’est vous qui portez plainte, c’est ça qui choque. Assumez ! »

« En réalité, c’est une scène d’incivilité »

Le ministère public n’est pas tendre avec Hicham. Pointant son peu de respect de ses obligations judiciaires, il requiert 18 mois de prison avec maintien en détention, dont six avec sursis, la révocation d’un sursis antérieur, une interdiction de contact et de paraître en Ariège pendant deux ans. Des réquisitions qui valent aussi pour Esteban, la révocation en moins et un bracelet électronique en plus.

La défense fait ce qu’elle peut. « Ils se sont comportés comme des imbéciles, tout simplement, assure-t-elle. En réalité, c’est une scène d’incivilité et ces scènes-là, ça arrive. » L’argument ne porte pas : Esteban est condamné à un an de détention sous bracelet électronique, plus un autre avec sursis, ainsi qu’à une interdiction de contact et de se présenter au domicile de la victime. Hicham, quant à lui, écope de six mois avec maintien en détention, auxquels s’ajoutent six autres mois au titre de la révocation de son sursis.

* Les prénoms ont été modifiés.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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