Le chercheur Xavier Crettiez estime que les partis, atones, ont perdu leur capacité à canaliser les mouvements de protestation et les militants les plus radicaux
Xavier Crettiez est professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et chercheur au Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), un laboratoire dont les productions portent sur la police, le droit, la justice, la sécurité.
Peut-on parler d’une inflation des violences envers les élus ?
Nous n’avons pas, sur ce sujet précis, de mesures récentes et fiables. J’ai codirigé un ouvrage sur les violences politiques en France (1), qui recense tous les faits de violence visant des politiques ou justifiées par un point de vue politique de 1986 à 2018, pendant quarante ans : nous en avons comptabilisé 6 000. Les violences sur les élus sont très minoritaires, très loin, en nombre, derrière les violences séparatistes constatées en Corse (attentats sur des biens de l’État ou des propriétés privées), les violences commises par des groupuscules d’extrême droite ou d’extrême gauche, les violences religieuses, islamistes notamment… Ceci étant, de plus en plus d’élus décrivent un climat dégradé et une accélération des menaces à leur encontre ces dernières années, en particulier ces dernières semaines avec des franges du mouvement antivaccin. Ce qui me frappe, c’est une sorte de libération de l’agressivité.

Xavier Crettiez
« Il y a aussi l’effet inflammable des réseaux sociaux, du complotisme, le plaisir narcissique que certains trouvent sans doute dans le fait de s’en prendre à « ceux qui ont le pouvoir » et de le faire savoir »
Quelles en sont les raisons ?
J’en vois plusieurs. D’abord, la désintermédiation du politique et le grand affaiblissement des partis, qui encadraient et canalisaient ces mouvements de protestation. Un parti sert à quatre choses : sélectionner des candidats, participer au débat, former des militants et apprendre aux citoyens les règles du jeu démocratique, les limites à respecter. Les partis sont aujourd’hui atones. Emmanuel Macron a surfé sur leur dévastation, comme Trump aux États-Unis. Cet effondrement partisan a deux effets : des militants radicaux qui ne sont plus encadrés, et des élus qui se retrouvent, sur le terrain, seuls, sans protection partisane. À cela, il faut ajouter l’effet inflammable des réseaux sociaux, du complotisme, le plaisir narcissique que certains trouvent sans doute dans le fait de s’en prendre à « ceux qui ont le pouvoir » et de le faire savoir. Plus globalement, nous sommes dans un contexte de fragilisation des institutions : les élus, mais les médias aussi, sont pris à partie.
« Nous sommes dans un contexte de fragilisation des institutions »
Ces violences à l’encontre des élus sont-elles nouvelles ?
Pas du tout ! Le conflit est consubstantiel à la politique, et la violence a toujours existé, dans des proportions beaucoup plus graves dans une histoire pas si lointaine. Léon Blum, dans les années 1930, alors député, a échappé de peu à un lynchage des Camelots du roi. Le général de Gaulle fut la cible de plusieurs tentatives d’attentat. Les affrontements de l’après Mai 68, dans les années 1970, pouvaient se résoudre à coups de barre de fer. Les vieux briscards du RPR, du PS, du PC avaient une certaine habitude de ces violences. Une nouvelle génération d’élus, venus de la société civile, a sans doute moins l’habitude de cet aspect qu’on peut juger délétère mais réel de la vie politique.
(1) « Violences politiques – Théories, formes, dynamiques », Xavier Crettiez et Nathalie Duclos, 2021, 288 pages, Armand Colin.
Protéger nos Élus avec CDCL
Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.
Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.
Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.
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