
Une douzaine d’agressions en un peu plus de deux semaines. La direction de l’hôpital psychiatrique agenais La Candélie est mise en cause par des soignants exaspérés par l’insécurité qu’ils jugent « banalisée ». Elle répond.
Dans une lettre ouverte datée du 4 juillet, le syndicat Force Ouvrière, majoritaire au sein du CHD La Candélie (65,7 %), interpelle le directeur de l’hôpital psychiatrique, Richard Campmas, sur la banalisation de la violence alors même que les agressions envers les soignants se multiplient. Par la voix de son secrétaire, David Prevot, FO rappelle des chiffres alarmants, dont la tendance reste à la hausse.
« Il y a plusieurs mois déjà, je vous signalais la recrudescence des agressions de la part de patients envers les agents, qu’ils soient de jour ou de nuit, avec une vague d’agressions accompagnée d’un malaise grandissant et d’une tension palpable chez les personnels soignants, qui ont le sentiment d’être livrés à eux-mêmes au milieu d’une violence devenue banale. »
Des chiffres validés par la direction
Les chiffres rapportés par l’élu syndical sont éloquents : 56 accidents du travail liés à une agression en 2024, soit 22 de plus qu’en 2023 ! Une augmentation de + 64,7 %. Idem pour les jours d’absence : 856 jours d’absence (soit 314 jours de plus qu’en 2023), ce qui représente + 57,9 % d’augmentation. « Nous regrettons que la direction ne prenne pas la mesure du problème, malgré une situation que plus personne n’ignore. J’ai également fait remarquer que certains patients violents refusent tout traitement. Pourquoi restent-ils au CHD ? Qui est en mesure de mettre fin à l’hospitalisation, notamment en levant l’obligation de soins ? On nous parle de réformes à long terme. Elles sont nécessaires, mais aujourd’hui il y a urgence à apporter des solutions applicables rapidement, car le risque pour les soignants est réel ! Il s’est écoulé seulement trois jours depuis l’envoi de ce courrier à la direction, et trois nouvelles agressions ont déjà eu lieu ! C’est devenu quotidien ! » s’insurge David Prevot.
Couteau sous la gorge, coups de poing, étranglement, vêtements arrachés…
Des propos illustrés par un listing des agressions répertoriées lors des deux dernières semaines : « Pas moins de 12 agressions ! Un infirmier mordu, une infirmière blessée au pouce avec plusieurs mois d’arrêt, une tentative d’étranglement sur une aide-soignante, un patient qui glisse un couteau sous la gorge d’un autre patient, une ASH poursuivie par un patient avec un couteau et qui ne doit son salut qu’à l’intervention d’un collègue au péril de sa vie, un patient qui est entré la nuit dans la chambre d’un autre pour lui planter un stylo dans l’épaule et en frapper une autre, des jets de pierres sur une aide-soignante pendant une promenade… Et la liste est encore longue ! Rien que sur les deux derniers jours, une infirmière a reçu un coup de poing entraînant un arrêt de 15 jours, et on a évité le drame grâce à l’intervention d’un collègue ! Une aide-soignante a été poursuivie avec une lame fabriquée artisanalement et, aujourd’hui encore, un aide-soignant a été agressé, ses vêtements déchirés et menacé de mort ! »
C’est un sentiment d’abandon qui domine chez les soignants confortés chaque jour aux violences grandissantes : « Cela fait des années que nous insistons sur cette problématique ! Nous faisons des propositions qui pourraient permettre d’améliorer les choses à court terme, comme la création d’une équipe EMA de nuit, etc., mais les refus sont catégoriques et systématiques ! Faut-il attendre un drame, où la responsabilité de la direction sera engagée, pour qu’elle réagisse enfin ? Parce que 2025 s’annonce déjà pire que 2024 ! » termine le représentant.
Le syndicat Force Ouvrière a d’ores et déjà informé la direction d’un possible dépôt de préavis de grève dans les jours à venir.
La direction réagit : « Nous ne sommes pas restés les bras croisés »
Contactée par notre rédaction, la direction a reconnu avoir pris connaissance de la lettre ouverte publiée par Force Ouvrière et confirme les chiffres avancés par le syndicat. « Depuis 2023, j’ai été alerté sur cette évolution préoccupante », rappelle Richard Campmas, directeur de La Candélie. « Jusqu’en 2023, les chiffres des accidents du travail liés aux agressions de nos personnels ou de nos patients étaient stables. Ce n’était déjà pas une situation satisfaisante, c’est pour cela que j’avais commencé à travailler sur ces problématiques dès mon arrivée, il y a quelques années, dans un contexte compliqué. Depuis 2023, il est indiscutable que nous constatons une forte augmentation de ces agressions, de ces violences. Les chiffres avancés dans ce courrier sont objectifs ! C’est une réalité ! Je ne suis pas un directeur qui dit “Circulez, il n’y a rien à voir !”. Nous allons aborder le problème, mais ces chiffres recoupent plusieurs réalités. Il faut que nous soyons capables de les distinguer. Il faut noter que les agressions augmentent dans les services d’admission. Nous sommes saturés pour l’admission. Nous devrions être à 18 lits, nous sommes à 21 ! Aucune possibilité d’isoler les patients dans une chambre individuelle lorsque cela est nécessaire. Depuis mon arrivée, je travaille sur la mise en place d’une Unité de Soins Intensifs Psychiatriques (USIP). Il faut de nouveaux locaux, plus adaptés, de plain-pied et avec des chambres individuelles. Ce sont des réponses structurelles à long terme, qui passent par l’attente de subventions de l’ARS dans le cadre du plan Ségur. Dans le même temps, nous procéderons à un renforcement des équipes. Pas d’effectifs supplémentaires, mais une réorganisation. Cela améliorera la qualité de vie des patients et donc les conditions de travail des soignants.
À court terme, dans les services d’admission, de crise, nous devons travailler dessus. Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous avons renforcé les effectifs, même si ce n’est pas suffisant. Nous avons également mis en place de nombreuses formations pour mieux appréhender les patients difficiles. J’ai aussi mis en place des équipes de médiation. Il y a également des points sur lesquels je suis contraint, comme avec la lettre contre la consommation de stupéfiants. J’ai l’interdiction de faire fouiller les patients. Nous avons récemment mis à l’écart un patient qui était un fournisseur, mais nous ne pouvons pas lutter efficacement.
Il y a encore du chemin à faire, évidemment, mais pour cela je vais réunir le corps médical et infirmier pour trouver des solutions. Tout le monde doit participer à la démarche, car réfléchir ensemble permettra d’être plus objectif et de trouver des solutions praticables. Les conditions de prise en charge des patients sont un point majeur. Il n’y a pas de solution unique, mais un ensemble de solutions pour tenir le choc. »
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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.
Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.
Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.
L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.
Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.
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