Selon un rapport du ministère de l’Intérieur, les atteintes aux élus ont diminué de 9 % en 2024. Un progrès qui ne doit pas cacher la souffrance des édiles, tempère le sociologue du travail Didier Demazière, auteur d’une enquête sur leur santé mentale.

Didier Demazière : Les contenus critiques publiés sur les réseaux sociaux par les administrés « contribuent grandement au sentiment, chez les élus, d’une remise en cause de leur autorité et de leur légitimité ». Photo Didier Goupy/Signatures
Publié le 21 mai 2025 à 16h14
Mis à jour le 21 mai 2025 à 16h26
Selon un rapport du ministère de l’Intérieur rendu public le 20 mai, les atteintes aux élus ont diminué de 9 % en 2024, pour s’établir à environ deux mille cinq cents actes enregistrés. Une amélioration de leur condition que le ministre délégué François-Noël Buffet explique par la mise en place, à leur attention, d’outils de protection renforcés, tant juridiques que physiques. Des résultats que le sociologue du travail Didier Demazière, directeur de recherche au CNRS, invite néanmoins à considérer avec précaution.
Le durcissement des peines pour les auteurs d’atteintes à des élus, qui encourent désormais jusqu’à sept ans de prison, suffit-il à expliquer que le nombre d’infractions baisse pour la première fois depuis 2020 ?
Cette évolution répond aux attentes des élus, ce qui est appréciable, puisque ces derniers avaient appelé l’État à une conscientisation de leurs difficultés. Mais savoir si elles ont porté leurs fruits, en termes de dissuasion, reste difficile à évaluer. Je ne suis pas sûr en effet que les auteurs de telles infractions aient nécessairement été informés ou soient conscients de ce durcissement… Par ailleurs, de quoi parle-t-on ? Un certain flou demeure quant à la définition de ces atteintes, dont la palette est très hétérogène, et de surcroît sujette à interprétation : certains élus considéreront telle attaque verbale comme inadmissible, quand d’autres la relativiseront. Au final, ce flou autorise tout type de discours : les alarmistes comme ceux qui inviteraient à la tempérance.
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Quels éclaircissements l’enquête sociologique Elusan, que vous avez lancée l’an dernier avec votre collègue Jérôme Pélisse, apporte-t-elle sur la santé des élus ?
Cette enquête, d’une durée de quatre ans, basée sur un questionnaire auquel quelque trois mille cinq cents édiles ont répondu, s’est enrichie d’une centaine d’entretiens approfondis. Ses premiers résultats le montrent sans détour : seuls 20 % des maires interrogés n’ont, à ce jour, subi aucune agression, physique ou verbale, au cours de leur(s) mandat(s). La violence que leur témoignent les administrés est donc bien une réalité massive de leur expérience d’élus. Pour autant, 6 % seulement des atteintes qu’ils ont subies sont d’ordre physique, relatives à leur personne ou à leurs biens (bousculades lors de manifestations publiques, caillassage de leur voiture…). Les attaques verbales en ligne sont bien plus nombreuses : 36 % des élus disent avoir fait l’objet de menaces, notamment de mort, sur les réseaux.
Le domicile du maire de Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique) a été incendié en 2023. La même année, celui du maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) a été attaqué à la voiture-bélier. Ce n’étaient donc que des « épiphénomènes » ?
Toute la question est de savoir s’ils étaient un paroxysme, éclatant au grand jour, de violences diffuses quasi « ordinaires », en particulier sur les réseaux, ou s’ils avaient un caractère exceptionnel, lié à des contextes politiques locaux ou nationaux mais, dans tous les cas, circonstanciés. Il apparaît évident que la popularisation de l’usage des réseaux sociaux, auxquels les élus recourent eux-mêmes, offre aux administrés un terrain propice à tous les commentaires. Or, ces contenus sont bien plus souvent critiques, voire désobligeants, que laudateurs, quand ils ne sont pas orchestrés dans le cadre de campagnes de cyberharcèlement. Ils contribuent grandement au sentiment, chez les élus, d’une remise en cause de leur autorité et de leur légitimité. Être sans arrêt exposé aux critiques, sachant qu’elles peuvent venir de n’importe qui, n’importe quand, est évidemment déstabilisant et ajoute à la charge mentale, déjà lourde, des élus. Beaucoup en viennent finalement à se retirer des réseaux sociaux ou à en déléguer la gestion à un chargé de communication, quand ils le peuvent.

Saint-Brévin-les-Pins, en Loire-Atlantique, le 24 mai 2023. Une marche républicaine en soutien au maire de la ville dont la maison a été incendiée par des militants d’extrême droite. Photo Estelle Ruiz / Hans Lucas via AFP
Ce phénomène est-il français ou s’observe-t-il ailleurs ?
On sait bien que des attaques protéiformes ont pu avoir lieu récemment contre des élus en Angleterre, en Irlande, en Allemagne… Mais, ici encore, ces violences « spectaculaires » sont-elles des manifestations exacerbées ponctuelles ou la partie émergée d’un iceberg de violences verbales quotidiennes ? Si le Conseil de l’Europe s’en est inquiété, il n’évoque pas, dans les notes qu’il a produites à ce sujet, les atteintes qui prolifèrent sur les réseaux, nettement moins visibles. Des atteintes dont on peut penser qu’elles sont particulièrement nombreuses en France, du fait du maillage administratif resserré du territoire et du nombre très important d’élus locaux. Les maires de petites communes y sont des cibles d’autant plus faciles.
Protéger nos Élus avec CDCL
Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.
Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.
Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.
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