1. L’insulte : «Le gentleman m’a-t-il vraiment traité de «maquereau pourri»?
Ces jours-ci, Donald Trump prétend que Kamala Harris n’est pas «très futée». Il lui attribue aussi un faible quotient intellectuel. Des accusations gratuites, mais qui s’inscrivent dans une longue tradition. Dès le début de la république, George Washington se faisait traiter de «tyran» et de «dictateur»!
En 1832, John Quincy Adams dépeint le président démocrate Andrew Jackson comme un «barbare» à peine capable «d’épeler son propre nom». (1) À la même époque, un représentant républicain compare l’un de ses adversaires à «un maquereau qui pourrit au clair de lune». (2)
Un siècle plus tard, le président Lyndon B. Johnson ne cache pas son mépris pour Gerald Ford, le leader des républicains à la Chambre des représentants. «Gerald est un bon gars, explique-t-il. Mais il a joué trop longtemps au football sans porter un casque.» (3)

Plus près de nous, Barack Obama prend un malin plaisir à se moquer de Sarah Palin, la candidate républicaine à la vice-présidence, en 2008. On ne sait jamais s’il vise la candidate ou le programme de celle-ci. «Vous pouvez mettre du rouge à lèvres à un porc, mais il restera toujours un porc», explique-t-il. (4)
Parlant d’insulte, le président Harry Truman racontait souvent un incident survenu lors d’un discours prononcé dans une réserve autochtone. Sur place, la foule débordait d’énergie. Chaque fois qu’il faisait une promesse, les spectateurs se mettaient à crier un peu plus fort. «Oompah!» «Oompah!»
Truman n’a rien compris, mais il est ravi. Au retour, alors qu’il se dirige à pied vers sa voiture, il ne voit pas que le chemin est jonché de crottin de cheval. «Prenez garde, lui chuchote son guide autochtone. Sinon vous allez marcher dans la oompah…»
2. Le surnom : prenez garde à la «bête de Buffalo»
Le surnom politique ne constitue pas une exclusivité américaine. En 2022, la première ministre britannique Liz Truss est surnommée «la grenade à fragmentation humaine». Son prédécesseur Boris Johnson inspirait des noms comme «Bojo» et «Boris la malice». Au passage, on notera que Carrie, l’épouse de M. Johnson, était devenue… «Carrie Antoinette»! (5)
À partir de 2015, Donald Trump remet les surnoms au premier plan. Il rebaptise son rival républicain Jeb Bush «Low Energy Jeb». Il surnomme la sénatrice démocrate Elizabeth Warren «Pocahontas», parce qu’elle prétend avoir un ancêtre autochtone. Pour sa part, Joe Biden se transforme en «Sleepy Joe» [Joe l’endormi], un sobriquet qui veut souligner son âge avancé. (6)
Reste que le surnom politique n’a rien de nouveau. Au 19e siècle, le président Benjamin Harrison est surnommé «l’iceberg humain». Grover Cleveland reçoit le titre de «bête de Buffalo», parce qu’il aurait conçu un enfant «hors mariage». Et que dire de Henry Clay, surnommé «Le Judas venu de l’Ouest» à cause de son goût pour la magouille politique?

En 1936, le président Franklin D. Roosevelt décrit son adversaire Alf Landon comme «the Little Mouse Who Wants to Live in the White House». Une phrase cruelle que l’on pourrait traduire par «la petite souris blanche qui veut vivre dans la Maison-Blanche».
À partir de l’an 2000, le président George W. Bush s’impose comme le roi incontesté du surnom. Il les distribue à gauche et à droite. Le représentant démocrate Barney Frank? «Le tigre à dent de sabre». Le leader républicain John Boehner? «Boner» [Paquet d’os]. La chroniqueuse Maureen Dowd, du New York Times? Le «Cobra».
Avec George W. Bush, même les leaders étrangers changent de nom. Le premier ministre canadien Jean Chrétien devient «Dino» [dinosaure]. Étrangement, le président russe Vladimir Poutine inspire des noms comme «Ostrich Legs» [jambes d’autruche] et «Pootie-Poot», un jeu de mot intraduisible qui fait référence aux organes génitaux féminins. (7)
3. Rumeurs et désinformation : «plus c’est gros, plus c’est crédible»
Aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent aux mensonges de circuler plus vite. L’histoire du ragot politique remonte pourtant loin dans le temps. Durant les années 1860, les démocrates colportent une rumeur voulant que le président Abraham Lincoln pue des pieds! En 1928, les républicains suggèrent que leur adversaire démocrate aime «les chiens caniches» et la peinture «moderne»!
Élu en 1856, le président James Buchanan souffre d’une légère malformation qui fait pencher sa tête vers la gauche. Un défaut qui inspire une vaste campagne de dénigrement. Ses adversaires racontent même qu’il s’agit d’une blessure qu’il s’est infligée en essayant de se pendre…
À la veille des élections de 1896, les républicains remettent en question l’équilibre mental du démocrate William Jennings Bryan. Le New York Times interroge plusieurs psychiatres sous le titre «Is Mr Brian Crazy?» (8)
«Je ne crois pas que M. Bryan soit fou au sens classique du terme, conclut un expert. Je l’examinerais plutôt comme un dégénéré».

Quelques années plus tard, en 1928, Al Smith «menace» de devenir le premier président catholique de l’histoire des États-Unis. Ses ennemis protestants paniquent. Ils publient une photo qui montre Smith en train d’inaugurer le tunnel Holland, à New York. On suggère que le tunnel conduit jusqu’au Vatican!
«Plus le mensonge est gros, plus il semble crédible,» dira le sinistre chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels.
À partir de 2007, des rumeurs persistantes veulent que le président Barack Obama ne soit pas né aux États-Unis. (9) Ou qu’il soit musulman. Une fausse vidéo intitulée «Obama Admits Is a Musulman» sera visionnée 17 millions de fois sur YouTube! Le bureau de la présidence doit publier la copie d’un certificat de naissance officiel, pour clarifier les choses! (10)
En 2016, la rumeur veut que plusieurs démocrates «en vue» dirigent un réseau de pédophiles dans le sous-sol d’une pizzéria de Washington. (11) L’affaire devient sérieuse lorsqu’un homme armé débarque dans le restaurant bondé pour délivrer les enfants. Un coup de feu est tiré. Le carnage est évité de justesse.

«Les choses n’ont pas besoin d’être vraies, du moment qu’elles sont crues», résume Alexander Nix, l’ancien directeur de Cambridge Analytica, une société ayant trempé dans plusieurs campagnes douteuses.
4. La publicité négative :
Les experts ne s’entendent pas sur l’efficacité des publicités négatives. Ça ne fait rien. Aujourd’hui, entre 70 % et 80 % des publicités contiennent au moins une attaque contre l’adversaire. (12)
À la télévision, les publicités négatives font vraiment partie du décor depuis 1964. Cette année-là, les démocrates présentent le républicain Barry Goldwater comme un dangereux extrémiste de droite. Ils impriment même un cahier à colorier dans lequel les enfants mettent des couleurs à un Goldwater vêtu de la robe du Ku Klux Klan! (13)
Le souvenir le plus spectaculaire de cette campagne de peur reste la publicité «Daisy». On y voit une fillette qui effeuille une marguerite. Quand elle détache le dernier pétale, une explosion nucléaire se produit. Une voix d’outre-tombe conseille ensuite de voter en faveur du président Johnson.

Il est rare qu’une annonce particulière joue un rôle majeur lors d’une élection. Parmi les exceptions, signalons une publicité de 1988, dans laquelle les républicains accusent le démocrate Mikael Dukakis d’avoir fait libérer Willie Horton, un dangereux criminel. L’homme a ensuite assassiné un innocent. La pub n’accuse pas directement Dukakis, mais presque…
En l’automne 2000, les démocrates soupçonnent leurs républicains de manipuler l’électorat avec une arme que l’on croyait disparue: la publicité subliminale! Dans une annonce consacrée à l’assurance-médicament du candidat démocrate Al Gore, le mot «rats» clignote très brièvement sur l’écran. Puis, le mot «bureaucRATS» [bureaucrates] finit par apparaître. (15)
Le créateur de la publicité se défend mollement. Il voulait juste une présentation qui bouge! Le candidat républicain George W. Bush prétend que tout le monde peut voir le mot «rats». (15) L’affaire se termine avec un lapsus de Bush qui fait rire tout le monde. Au lieu de «publicité subliminale», il prononce «publicité subliminable».
Un exemple moins sinistre, pour conclure? En 1968, le candidat républicain à la vice-présidence, Spiro Agnew, multiplie les bévues. Une vraie machine à gaffes. Pour enfoncer le clou, les démocrates diffusent une publicité dévastatrice. Elle commence dans un salon vide, avec des rires aux éclats en arrière-fond. La caméra s’approche lentement d’un téléviseur. Sur l’écran, alors que les rires frôlent l’hystérie, on finit par apercevoir trois mots : «Agnew pour vice-président?»
Les rires s’arrêtent soudain. Une phrase en caractère blanc apparaît ensuite sur un fond noir. On peut y lire : «Ce serait drôle si ce n’était pas aussi sérieux…»
5. Les inclassables : inutile d’acheter un vote de plus que le strict nécessaire
Dans son livre How to Rig an Election, l’ancien organisateur républicain Allen Raymond partage ses meilleurs coups fourrés. Son préféré consistait à mobiliser des bénévoles pour téléphoner à des électeurs tard en soirée, en se faisant passer pour l’équipe démocrate. Mieux, ils téléphonaient au milieu d’un événement comme le Super Bowl! (16)
Souvent, les gens furieux leur raccrochaient au nez en jurant de ne jamais voter pour le Parti démocrate. Et Allen Raymond s’en frottait les mains.
La diffusion de fausses informations pour embrouiller les électeurs constitue un classique du coup bas. Cet été, un faux guide républicain a été distribué dans la région de St. Augustine, en Floride. Il proposait une liste de candidats que le parti aurait endossés dans les différents postes à pourvoir (juge, shérif, etc.). Sauf que la liste était fausse. D’un bout à l’autre! (17)
Parfois, les adversaires basculent dans l’illégalité. En 1964, l’équipe du président Lyndon B. Johnson embauche un agent de la CIA pour infiltrer la campagne du républicain Barry Goldwater. Grâce à leur «taupe», les démocrates obtiennent à l’avance la plupart des discours de leur adversaire.
Plus tard, en 1972, le président Richard Nixon, alias «Tricky Dick», fait dévaliser les locaux du Parti démocrate dans l’immeuble du Watergate, à Washington. L’affaire remonte jusqu’à la Maison-Blanche. Deux ans plus tard, Nixon devra démissionner…
À peine moins tordu, le républicain Ronald Reagan s’assure d’une longueur à la veille d’un débat crucial qui l’oppose au président Jimmy Carter, en octobre 1980. Un coup fumant! Son équipe met la main sur le document secret qui contient toute la préparation au débat du président! (18)
Le jour venu, Reagan remporte le débat haut la main. Il connaît d’avance les répliques de son adversaire. Il n’est jamais pris au dépourvu. Il peut soigner son image de «bon gars» qui garde son calme en toute circonstance.

De nos jours, le bourrage des urnes n’est plus une pratique répandue, n’en déplaise à Donald Trump. Rien à voir avec l’élection controversée du démocrate John F. Kennedy, le 8 novembre 1960. (19) Au Texas, le nombre de bulletins compilés dépasse parfois le nombre d’électeurs inscrits! Plus tard, Kennedy préfère en rire. «Mon père m’a dit de ne pas acheter un vote de plus que le strict nécessaire, dira-t-il. Il ne voulait pas gaspiller d’argent rien que pour obtenir un raz de marée.»
6. Épilogue : les conseils d’un vieux routier
La conclusion appartient à Bob Dole, le candidat républicain à l’élection de 1996. M. Dole n’avait pas été choyé par la nature. Un chroniqueur écrivait que lorsqu’il souriait, son rictus le faisait ressembler «à un propriétaire sadique qui venait d’exproprier une pauvre veuve et ses enfants».
Peu importe. Le vieux routier Dole résumait les bas-fonds de la politique de la façon suivante…
«Il était une fois deux élus démocrates qui échangent leurs trucs pour gagner des élections. Le premier explique qu’il faut s’assurer de l’appui des chauffeurs de taxi, parce qu’ils parlent à des centaines d’électeurs. Il raconte qu’il engage toujours une conversation amicale avec un chauffeur. Il le complimente sur sa conduite. Il lui verse un généreux pourboire. Et puis, juste avant de partir, il lui conseille de voter Démocrate.
Le second élu explique qu’il fait les choses différemment. Il insulte le chauffeur. Il allume une cigarette et il l’écrase au fond du taxi. Il crache dans les fenêtres. Et puis, juste avant de sortir, il s’écrit : «Vote républicain!» (20)
LE GRAND MAÎTRE DU COUP FOURRÉ ÉLECTORAL

Au panthéon de la magouille politique, l’organisateur démocrate Richard Tuck mérite une place à part. Même ses adversaires le considéraient comme un génie. Un maÎtre! Durant les années 50 et 60, ses missions de sabotage contre le président Richard Nixon s’imposent comme des classiques du genre.
Tout commence en 1950. Richard Nixon est alors candidat au poste de sénateur républicain de la Californie. Richard Tuck n’est qu’un simple étudiant. Un jour, le jeune homme apprend que le candidat Nixon va bientôt prononcer un discours à son université. Une sorte de déclic se produit.
Richard Tuck déteste Richard Nixon. Au point où il décide d’organiser sa visite à l’Université pour mieux la saborder. D’abord, il réserve une salle immense. Puis, il évite de publiciser l’événement. Le jour venu, à peine 23 étudiants sont présents. En plus, Tuck prononce un discours d’introduction interminable, en faisant exprès de bafouiller. (21)
Nixon est furieux. Il ne sait pas encore que Tuck l’a fait exprès. Ni qu’il le retrouvera sur sa route, durant toute sa carrière.
L’incident le plus célèbre survient en 1960, alors que Nixon est devenu le candidat républicain à la présidence.
Le 26 septembre, il participe à un débat très attendu contre le démocrate John F. Kennedy. Un duel très serré. Sur le coup, on ne sait trop qui l’a emporté. Le démocrate ou le républicain?
Ça tombe bien. Le lendemain matin, Richard Tuck attend Nixon à la sortie de son hôtel, déguisé en vieille dame. Pour compléter le subterfuge, il arbore un énorme macaron à la gloire de Nixon. Au moment où ce dernier apparaît, il s’en va le serrer dans ses bras, devant les caméras de télévision.
— Mon fils, tu as perdu le débat d’hier! s’exclame la fausse vieille dame. Ce n’est pas grave. Tu feras mieux la prochaine fois. (22)
Les caméras de la télé enregistrent tout. Qui peut douter du jugement d’une partisane chevronnée de Nixon? Le républicain a donc perdu le débat!
Plus tard, quand Nixon apprend la véritable identité de la vieille dame, il entre dans une colère terrible. Une fois de plus.
Notes :
(1) Political Insults In American Politics Are As Old As the Republic, Huffington Post, 9 octobre 2017.
(2) Essay: Where Have All the Insults Gone, Time, 31 août 1981.
(3) 8 Devastating Presidential Insults, Politico, 31 août 2022.
(4) Obama: «Lipstick on a Pig», Politico, 9 septembre 2008.
(5) Tatler Recalls the Memorable Political Nicknames — the Good, the Bad and the Ugly, Tatler Magazine, 3 juillet 2024.
(6) Donald Trump and the Art of the Nasty Political Nickname, Politico, 19 juillet 2016.
(7) Analysis: Bush and Putin on Nickname Terms, BBC News, 23 mai 2022.
(8) Is Brian Crazy? The New York Times, 27 septembre 1896.
(9) Eight Years of Trolling Obama, FactCheck.org, 19 janvier 2017.
(10) With Document, Obama Seeks to End «Birther» Issue, The New York Times, 27 avril 2011.
(11) «There’s Nothing You Can Do», The Legacy of #Pizzagate, Southern Poverty Law Center (SPLC), 7 juillet 2021.
(12) 61% Increase in the Volume of Negative Ads, Wesleyan Media Project, 30 octobre 2018.
(13) Joseph Cummins, Anything for a Vote, Quirk Books, 2015.
(14) R.I.P. Positive Ads in 2012, 4 novembre 2012.
(15) THE 2000 CAMPAIGN: (…) Democrats See, and Smell, Rats in G.O.P. Ad, The New York Times, 12 septembre 2000.
(16) Allen Raymond, How to Rig an Election: Confessions of a Republican Operative, Simon and Schuster, 2008.
(17) In Florida, a Fake Voter Guide Spurs Accusations of Dirty Tricks, ABC News, 18 août 2024.
(18) Joseph Cummins, Anything for a Vote, Quirk Books, 2015.
(19) Worried About a Rigged Election? Here’s One Way to Handle It, Politico, 27 octobre 2016.
(20) Charles Osgood, A Funny Thing Happened on the Way to the White House, Hyperion, 2008.
(21) Dick Tuck, Democratic Prankster Who Targeted Nixon, Dies at 94, The Washington Post, 30 mai 2018.
(22) Dick Tuck, Democrats’ Political Prankster in Chief, Dies at 94, The New York Times, 29 mai 2018.
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