
Diagnostiqué Haut potentiel intellectuel, ayant occupé des emplois de bon niveau dans le domaine bancaire, cet homme de 42 ans avait gravement menacé les maires de Notre-Dame et Saint-Vincent de Boisset, puis le conjoint d’une voisine dont il était tombé amoureux, cet été.
C’est une histoire particulière et un personnage hors du commun. Cet homme de 42 ans vient de passer près d’un mois en prison avant ce vendredi 30 août, où il était présenté en audience de comparution immédiate devant le tribunal de Roanne. Jusque là son casier judiciaire ne faisait état que d’une condamnation ancienne pour conduite sans permis. Les faits qui lui étaient imputés étaient d’une tout autre nature. Il lui était en effet reproché d’avoir insulté et surtout menacé deux maires de deux communes de l’Est Roannais, Notre-Dame-de-Boisset et Saint-Vincent-de-Boisset, et d’avoir également menacé un de ses voisins.
Il s’enferme dans la solitude
Mais avant de rentrer dans le vif des infractions pour lesquelles il comparaissait, il faut se replonger dans le contexte dans lequel elles ont eu lieu. En avril dernier, l’homme, diagnostiqué HPI (Haut Potentiel Intellectuel), qui a mené de brillantes études ponctuées par l’obtention de plusieurs Masters, qui a eu une très bonne situation dans le domaine bancaire, vient s’installer à Notre-Dame-de-Boisset, dans une maison de famille inhabitée depuis longtemps, ayant appartenu à son grand-père puis à son père, dans un état de confort plus que précaire. « J’avais envie de finir de la retaper, comme l’avait souhaité mon père. Je voulais concrétiser son projet d’en faire un lieu de vie, peut-être une petite auberge, avec des chambres d’hôtes », a-t-il déclaré en auditions puis devant les juges. Il ne travaille plus, suite à un accident.
Oui, j’ai un profil atypique. J’ai maintenant conscience que mon attitude a pu interroger, voire inquiéter les gens
L’homme semble alors entrer progressivement dans une grande solitude, avec des pensées tournant en boucle, des ruminations. Il ne se sent pas bien accueilli par les locaux. Il se dit que c’est peut-être parce que ces derniers « pensent que je voulais séduire les femmes du pays ». Il raconte alors deux agressions dont il aurait été victime : une lors d’un concours de pétanque à Notre-Dame-de-Boisset en mai ; l’autre au ball-trap de Saint-Vincent-de-Boisset. Outre ces épisodes – réels ou inventés, il n’est pas facile de le savoir – des habitants de Notre-Dame le décriront « intrusif », s’introduisant dans des propriétés voire dans la cour de l’école, sans intention manifeste particulière. « Oui, j’ai un profil atypique. J’ai maintenant conscience que mon attitude a pu interroger, voire inquiéter les gens », a-t-il répondu à la présidente du tribunal, Claudine Charre. D’autant que le quadragénaire est victime d’une addiction à l’alcool, sans doute renforcée par le contexte de solitude dans lequel il s’est progressivement enfermé.
Il voulait « revenir avec un tank » à St-Vincent
En juin dernier, toujours marqué par les agressions qu’il dit avoir subi, il se tourne vers les deux maires des communes concernées. Il veut que les élus fassent la leçon à ceux qu’il accuse de l’avoir molesté. Puis déverse sa rancoeur sur ses réseaux sociaux, les appelle. Les deux lui conseillent de se tourner vers la gendarmerie pour porter plainte, ce qu’il ne fera pas. Avant de se rendre dans les deux mairies.
Le 14 juin, il veut voir Hervé Daval, maire de Saint-Vincent. La secrétaire de mairie lui répond qu’il n’est pas là : « Heureusement, sinon je lui aurais mis une châtaigne », rétorque-t-il, très excité. Il explique aussi qu’il va revenir « avec un tank pour tout exploser au village… »
Un individu de 42 ans, soupçonné d’avoir menacé de mort deux maires du Roannais, interpellé
Trois jours plus tard, il va à la mairie de Notre-Dame et menace le maire, David Dozance, présent, de mort. Il prétend qu’il va revenir avec un fusil et fait un geste mimant un égorgement. Passablement alcoolisé (plus de 2 g d’alcool par litre de sang), conduisant un scooter sans assurance, porteur de plusieurs armes blanches, il est interpellé et placé en garde à vue, sous contrôle judiciaire, avec différentes obligations et interdictions à respecter. Il repart avec une convocation pour le tribunal judiciaire en octobre 2024.
Il tombe amoureux de sa jeune voisine et se met à détester son conjoint
Mais fin juillet, l’homme se « distingue » à nouveau. Ce sont cette fois des voisins qui sont victimes de ses agissements étranges et de ses menaces. Ce jeune couple – installé à 400 mètres en face de chez lui à vol d’oiseau, sur le territoire de la commune de Perreux – et lui ont pris l’habitude de se fréquenter. Ils sympathisent, il est invité à boire l’apéritif chez eux. Mais visiblement, le quadragénaire tombe follement amoureux de la jeune femme. Il s’imagine peut-être que les sentiments sont réciproques. Il lui fait envoyer des fleurs à son travail ; un jour qu’elle est seule, elle le retrouve sur la terrasse de sa maison, en train de ranger des affaires. Il les aurait également observés chez eux à la jumelle depuis chez lui. Et, comme l’a décrit à l’audience la présidente, « plus l’affection va monter pour la jeune femme, plus le ressentiment envers son conjoint augmente. » Il s’imagine que l’homme maltraite sa petite amie, qu’il la séquestre. Entre-temps, les deux conjoints ont coupé les ponts avec leur inquiétant voisin.
Il prétend aussi que la jeune femme viendrait chez lui quand il n’est pas là, ou même dort à son domicile sans qu’il ne s’en rende compte. A la question de l’avocat du couple lui demandant, à l’audience de ce 30 août, s’il croyait toujours à cette version, l’homme a répondu : « Non, j’ai réfléchi, ce n’est pas rationnel. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il s’est passé des choses chez moi. Des draps de lits dans des chambres dans lesquelles personne ne dort ont été froissés. Je me dis plutôt que ce sont des gens qui m’ont fait un canular, ont voulu me faire croire des choses. » Pas très net…
Son discernement alterné
Il ira loin en proférant des menaces – indirectes, par le biais de connaissances communes – en déclarant, à propos du jeune voisin : « J’hésiterai pas à aller en enfer avec lui s’il fait du mal à sa copine. » A son domicile, les gendarmes verront aussi qu’un arc est déployé à l’extérieur… pointé vers la maison des voisins.
Le quadragénaire qui avait menacé deux maires du Roannais placé en détention provisoire
Présenté en comparution immédiate début août, le dossier a été renvoyé, les juges estimant logiquement qu’une expertise psychiatrique s’avèrerait utile. Cette dernière a bien eu lieu et l’expert a fait état d’une « altération du discernement du prévenu », dans un moment très particulier de sa vie. Il relève la nécessité de soins suivis et rapprochés. Dans l’attente du nouveau procès, il a été décidé de l’incarcérer, le parquet estimant le risque de réitération important.
Il assure qu’il ne serait « jamais passé à l’acte »
Ce vendredi 30 août, donc, le quadragénaire est arrivé menotté, sous escorte. Il a reconnu quasiment l’intégralité des faits qui lui étaient reprochés, se révelant calme et disant regretter ses agissements. « Je peux être virulent par la parole, mais je ne serais jamais passé à l’acte. Je déteste la violence », a-t-il assuré au tribunal, alors que son avocate, Me Sarah Morel, plaidait le fait que son client était, au moment des faits « plongé dans un épais brouillard ; il n’a pas pensé ce qu’il a dit et n’a pas mesuré que cela pouvait avoir un impact ».
« Pour Monsieur, la détention n’est sans doute pas la solution »
Marion Loubet (Substitut du procureur)
L’avocate se trouvait là quasiment sur la même longueur d’onde que la substitut du procureur, Marion Loubet, décrivant « une situation d’escalade du comportement qui a pu inquiéter », constatant que « son premier passage devant le tribunal ne l’avait pas arrêté ». Elle reconnaissait que, pour le prévenu, « la détention n’est sans doute pas la solution ». Elle requerrait donc une peine d’un an d’emprisonnement assorti d’un sursis probatoire renforcé.
Après en avoir délibéré, le tribunal a condamé le quadragénaire à une peine de huit mois de prison avec sursis probatoire renforcé pendant deux ans. Il devra suivre des soins psychiatriques et en addictologie. Il ne devra bien sûr pas entrer en contact avec les deux maires concernés, ni avec le couple de voisins. Il est également interdit de séjour à Perreux, Saint-Vincent-de-Boisset et Notre-Dame-de-Boisset, lui qui a indiqué vouloir désormais vivre dans son appartement situé dans le 7e arrondissement de Lyon. Il devra s’acquitter de dommages et intérêts envers ses victimes : 600 euros pour le maire de Notre-Dame, 300 euros pour celui de Saint-Vincent, 1 euro symbolique pour l’Association des Maires de France qui s’était constituée partie civile pour marquer son soutien aux deux élus. Le voisin recevra pour sa part un dédomagement de 1.500 euros. Il devra également rembourser les frais de justice des parties civiles, soit 1.750 euros au total.
Pierre-Olivier Vérot
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