Certes, il y a les accusations de harcèlement moral portées par son ancienne directrice de cabinet, relayées aussi par sa suppléante en 2022, la vice-présidente du Département, Jeanne Larue, avec qui il est en conflit.
Dans cette affaire, Frédéric Mathieu reste sur la ligne suivie depuis plus d’un an. Le licenciement ombrageux de sa collaboratrice, en janvier 2023, l’a conduite à saisir les prud’hommes dans le cadre d’un conflit du travail, rappelle son entourage. Le responsable national des ressources humaines du parti a été informé. Il n’a rien trouvé à redire.
Procédure en cours
Depuis, la procédure devant les prud’hommes suit son cours. Prévue en mars, une première audience de « mise en état » a dû être renvoyée. Une nouvelle audience « de conciliation et d’orientation » est prévue le 4 novembre prochain. De son côté, le Parquet de Rennes confirme au Télégramme qu’aucune plainte n’a été déposée auprès de ses services dans cette affaire. Officiellement, donc, rien de neuf sous le soleil. En coulisses pourtant, les choses s’agitent.
Proximité avec Ruffin
Tout s’accélère un peu après 23 h vendredi. LFI dévoile enfin sa liste de candidats investis. Surprise : Frédéric Mathieu est absent de celle-ci. Le nom de Marie Mesmeur apparaît à sa place.
À l’instar des députés sortants Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Henrick Davi, le Rennais semble payer sa prise de distance avec Jean-Luc Mélenchon et sa proximité avec François Ruffin.
Frédéric Mathieu a-t-il été « purgé » car « frondeur » parmi les « frondeurs » ? Lors du congrès du Parti de gauche (PG), à Rennes, le 22 mars, il a vertement critiqué le fonctionnement interne de LFI en assurant que le PG ne serait « pas le sujet passif de décisions prises dans des entre-sois restreints et monolithiques dissimulés sous des atours gazeux ».
Depuis le début de l’année, sur son compte X, 6,7 % de ses posts sont favorables aux personnalités non alignées à Mélenchon. Le 21 février, il a pu parler pendant 20 minutes aux 600 personnes venues assister à la réunion publique donnée par Ruffin à côté de Fougères. Le 14 décembre, il a eu droit à moins de 3 minutes à celle de Mélenchon à la Brasserie à Rennes. « C’est le genre de détails qui permet de me situer », s’amusait l’intéressé mardi dernier.
« La purge et la division »
« Nous sommes de ceux qui ont défendu l’ unité alors qu’il était à la mode en interne de taper sur nos partenaires. Nous sommes de ceux qui ont porté une exigence démocratique au sein du mouvement. Le RN est aux portes du pouvoir et LFI choisit la purge et la division », écrit-il à 1 h 15 samedi, avant d’annoncer qu’il maintient sa candidature à 1 h 17.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs comptes s’élèvent néanmoins très vite contre l’idée d’un Mathieu victime d’une « purge politique ». À 2 h 57, le rennais Gwénolé Bourrée, collaborateur de Louis Boyard à l’assemblée, lui répond : « C’est faux. Tu sais très bien pourquoi tu n’es pas reconduit. »
« On ne sait plus quoi penser »
Parmi les insoumis locaux, cette éviction se répand comme une trainée de poudre. Samedi matin, 15 juin, elle génère de l’incompréhension. Comme à la sortie du métro Le Blosne, où une poignée de militants FI brave les pluies intermittentes et le froid pour tracter. Mathieu pas investi ? Eux évoquent un « choc ». « On ne sait plus quoi en penser, explique Yves, un militant de la première heure. On avait un député présent sur le terrain. Connu de la population, solide… À la crise nationale s’ajoute une crise locale. »
Les langues se sont déliées
Depuis la dissolution annoncée par Emmanuel Macron et les nouvelles investitures, les langues, au sein de LFI, semblent s’être déliées. Plusieurs témoignages font état du « comportement toxique » et « violent » qu’aurait eu le député, à l’égard de son ancienne collaboratrice mais aussi de plusieurs militants. Notamment un dérapage, en février 2023, après l’annulation d’un meeting de la Nupes, réunissant Frédéric Mathieu et divers élus locaux, après l’envahissement de la salle de la Cité par 200 opposants à la réforme des retraites, venus de Rennes 2, chauffés à blanc par le député Louis Boyard lors d’un meeting organisé deux jours auparavant… sans l’accord de Mathieu.
« En rage » et, selon les témoignages, sous l’empire de l’alcool, il aurait « bousculé et empoigné deux jeunes militants FI en proférant un torrent d’insultes et de menaces ». « Lors de l’occupation de la salle de la Cité, il s’en est pris vivement à de Jeunes insoumis, les accusant d’avoir empêché le meeting de la Nupes », confirme une source au Télégramme.
Bompard confirme… du bout des lèvres
D’autres témoignages du même acabit fleurissent sur les réseaux sociaux dans la journée de samedi. Au sein de la direction nationale, Manuel Bompard confirme au Télégramme, du bout des lèvres, plusieurs « saisines » des instances nationales sur le sujet. « Mais je ne peux en dire davantage sur les procédures », botte en touche le patron de LFI.
Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? « Je pense que les militants s’étaient faits à l’idée qu’ils allaient devoir composer avec lui encore trois ans, avance une militante. Ils se taisaient en espérant peut-être que les choses allaient s’apaiser. Cette dissolution et ces investitures ont ouvert une fenêtre. La parole s’est libérée. »
Sa deuxième suppléante jette l’éponge
Annoncé à la grande manif contre l’extrême droite à Rennes, samedi après-midi, Frédéric Mathieu est introuvable.
Face aux témoignages et aux messages qu’elle découvre, sa suppléante a décidé de jeter l’éponge. Dimanche matin, le député sortant est aperçu en préfecture pour inscrire une nouvelle suppléante à son dossier de candidature. À peine connue, le nom de celle-ci est diffusé sur les réseaux sociaux. Elle est « invitée » à se retirer.
« Abjectes manœuvres calomnieuses »
Ce lundi 17 juin, en fin d’après-midi, le député candidat jette à son tour l’éponge, via un communiqué diffusé sur X. « D’abjectes manœuvres calomnieuses exercées par des cercles mélenchonistes apparaissent comme le prix à payer pour ma liberté de pensée et d’expression au sein du mouvement, écrit-il. J’aurais pu choisir d’affronter cette violence. Mon éthique politique m’interdit cependant d’y entraîner une suppléante autant que les militantes et les militants qui me soutiennent. J’ai également le devoir impérieux de protéger ma famille et mes proches. C’est avec lucidité que je constate donc l’impossibilité de ma candidature (…). En ces moments incertains pour notre démocratie et effrayants à bien des égards, puisse notre Nation trouver le chemin de l’apaisement, de la raison et de la fraternité. Pour ma part, mon travail de militant n’est pas encore achevé. »