Venus demander le retrait du texte constitutionnel qui doit dégeler le corps électoral calédonien, quelques dizaines de militants se sont réunis près des Invalides. Ils expliquent les échauffourées qui agitent le Caillou par la violence institutionnelle de l’État central.
Commerces pillés, voitures incendiées, formations de milices… Alors que Nouméa s’est embrasée ces dernières heures, à 17 000 kilomètres de là, près des Invalides, à Paris, des militants indépendantistes se sont réunis dans le calme pour demander le retrait du texte gouvernemental qui entend dégeler le corps électoral calédonien pour les élections provinciales.
Sous la pluie, les activistes entament des slogans –« Il est fini le temps des colonies, indépendance pour la Kanaky ! »– entre différentes prises de parole. Quelques élus ont fait le déplacement depuis l’Assemblée nationale toute proche, notamment les députés LFI Éric Coquerel et Bastien Lachaud, ainsi que l’écologiste Sabrina Sebaihi. Loin du tumulte de l’hémicycle, ils ont tour à tour pris le micro devant la cinquantaine de personnes réunies à l’appel du collectif Solidarité Kanaky et diverses organisations. Tous demandent le retrait du texte, déjà adopté au Sénat et discuté depuis lundi à l’Assemblée nationale, et dénoncent un passage en force du gouvernement.
Je veux dire à ceux qui s’insurgent contre les violences que ce sont eux les pyromanes, eux qui les ont déclenchées par cette proposition de loi.
Éric Coquerel, député LFI.
« Pourquoi mettre ainsi le feu à une situation qu’on sait potentiellement inflammable ?, a fait mine de s’interroger Eric Coquerel. C’est un non-sens, sauf si l’idée c’est de revenir sur les accords de Nouméa et nier qu’il y a un fait colonial en Nouvelle-Calédonie, ce que les accords de Nouméa entérinaient. » L’élu souligne que si les députés ont déjà entamé l’examen du texte du gouvernement, Emmanuel Macron lui-même a appelé au dialogue, écartant l’idée d’une convocation du Parlement en Congrès à Versailles « dans la foulée » de l’adoption de la loi pour permettre une reprise des discussions entre indépendantistes et non-indépendantistes et une éventuelle évolution de la réforme s’ils parviennent à se mettre d’accord.
Si le rassemblement compte beaucoup de cheveux blancs, quelques jeunes, kanak ou non, sont présents. C’est le cas de Fizin Christian, 28 ans, un entrepreneur qui a quitté la Nouvelle-Calédonie pour Paris il y a une dizaine d’années. Il n’excuse pas les violences et les émeutes qui secouent le Caillou, mais y voit une réponse logique à la situation politique locale. « La première violence est institutionnelle », estime-t-il. Comme d’autres, il n’hésite pas à faire un parallèle avec les années 1980, quand, déjà, les tensions montaient entre indépendantistes et non-indépendantistes autour de la question du corps électoral. Les « évènements » – mot pudique pour désigner la quasi-guerre civile qui endeuilla la Nouvelle-Calédonie il y a quarante ans – sont dans toutes les têtes.
« On est dans le même cas qu’à la fin des années 1980, avec le statut Pons II, qui a voulu refaire le découpage électoral en Calédonie et qui allait favoriser les loyalistes. On a l’impression que la France n’apprend pas de ses erreurs, n’apprend pas de l’histoire », avance le jeune homme, qui dénonce un gouvernement qui mène « une politique de la terre brûlée ». « Ils passent en force puis disent ‘On va venir discuter’. Mais tout est brûlé ! On va venir discuter sur quoi ? De quoi va-t-on parler si vous avez déjà pris votre décision ? », s’agace-t-il. Alors que la question du corps électoral cristallise toutes les tensions, le gouvernement voit dans son dégel une exigence démocratique, « une obligation morale », comme le disait lundi le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer à l’Assemblée nationale.
« Le gouvernement n’a fait qu’envoyer de mauvais signes aux responsables indépendantistes et aux Kanak », abonde Dominique Fochi, le secrétaire général de l’Union calédonienne (UC), l’une des composantes du FLNKS, évoquant le dépôt d’un projet de loi « sans consensus local », mais également la nomination de la loyaliste Sonia Backès au gouvernement en 2022 ou la désignation de Nicolas Metzdorf, lui aussi loyaliste, comme rapporteur du texte constitutionnel à l’Assemblée nationale. « On a un gouvernement qui sort de son impartialité et qui n’applique pas les méthodes qui ont construit la paix, c’est-à-dire le consensus et l’impartialité de l’État. Ils appliquent les méthodes des années 1980, estime-t-il. On a averti avant les violences. On savait que les choses pouvaient monter en tension. On est fatigués de crier dans le désert. »
La gestion du dossier calédonien est un échec. Un échec pour monsieur Darmanin, un échec pour le gouvernement.
Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne.
« On appelle au calme, on doit reconstruire sur la voie du dialogue, pour que les discussions continuent de manière plus apaisée et plus équilibrée », conclue-t-il, rappelant que le FLNKS a demandé à l’État français une mission de médiation. Comme le représentant de l’UC, Eric Coquerel voit l’abandon du projet de loi constitutionnelle comme un prérequis avant une reprise des discussions entre indépendantistes et non-indépendantistes. Le député fait même preuve d’optimisme : « À mon avis, le terrain d’entente des accords de Nouméa était beaucoup plus difficile à trouver qu’il ne l’est aujourd’hui. »
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