C’est une image qui, longtemps, restera dans l’esprit des Audiernais. Celle d’un conseil municipal en ébullition, où les invectives fusent comme sur un ring de boxe. Nous sommes le 25 octobre 2022. Ce jour-là, le débat porte sur la hausse des prix de l’énergie. Un sujet sensible, sur lesquels s’écharpent le maire de la commune, Gurvan Kerloc’h, et l’élu de la minorité Didier Guillon. Entre les deux hommes, le dialogue s’est peu à peu délité depuis les élections. Au point que régulièrement, comme ce soir-là, ne reste que les cris et les invectives.
Mais en Cornouaille, Audierne n’est pas la seule commune où les conseils municipaux déraillent. Depuis quelques années, de plus en plus d’instances politiques locales sont émaillées par de violentes prises de bec, voire, par des insultes. Des passes d’armes qui se terminent de plus en plus souvent par le dépôt de plainte d’un élu contre un autre, comme à Bénodet, à l’automne 2023, ou à Pluguffan, en fin d’année 2022. Dans cette dernière commune, les élus ont même vu les gendarmes intervenir pour mettre fin à un conseil municipal marqué par une forte animosité entre le maire et certains conseillers. Faute de dialogue entre les élus, plusieurs d’entre eux, parfois, démissionnent, comme à Gouesnach ou à Locronan.
Tel qu’il est conçu, le système génère une majorité écrasante et les débats sont réduits à leur plus simple expression… Du coup, pour exister il faut être dans l’excès, dans l’invective, dans le coup de force.
Dans l’opposition, un sentiment de ne pas exister
Mais alors, comment en est-on arrivé à une telle polarisation du débat politique local ? Pour les élus de la minorité, la réponse est simple : le manque de place accordée, dans les instances municipales et communautaires, à l’opposition.
« En tant qu’élu d’opposition, nous n’avons pas du tout la possibilité de peser dans les débats, résume Ronan Le Quéau, conseiller municipal de la minorité à Pluguffan. Tel qu’il est conçu, le système génère une majorité écrasante et les débats sont réduits à leur plus simple expression… Du coup, pour exister il faut être dans l’excès, dans l’invective, dans le coup de force. » Un avis partagé à Bénodet par Astrid Gauguin, élue d’opposition, qui a elle aussi assisté à plusieurs conseils municipaux houleux : « C’est le fonctionnement des institutions en général qui ne va pas, affirme la Bénodetoise. Je pense qu’il faudrait obliger les maires à partager davantage le pouvoir. Parce que tel qu’elles existent, les commissions sont des simulacres de démocratie. Tout est plié d’avance, les élus de l’opposition n’ont aucun rôle à jouer. Au bout d’un moment, ça en devient frustrant et usant. » À Audierne, s’il reconnaît qu’il « anime beaucoup » les conseils municipaux de la commune, Didier Guillon justifie cette tendance par l’absence d’espace d’expression accordé à l’opposition : « Le débat est extrêmement cadré et on a de moins en moins de possibilités de s’exprimer. Dans le conseil communautaire par exemple, il n’y a plus de questions diverses. Personnellement, je trouve ça choquant. C’est pour ça que je hausse le ton, pour me faire entendre. »
C’est vrai que dans ma commune, parfois, le ton monte. Pour moi, c’est plutôt normal : ça fait partie du libre cadre de l’échange. La limite que je fixe, c’est celle de l’injure et de la diffamation, qui constituent un délit.
Une méconnaissance de la fonction d’élu ?
Une opposition muselée qui verse dans la surenchère ? Pour les maires cornouaillais, cette théorie ne tient pas. Pour eux, les racines du problème sont à chercher ailleurs. Comme dans le manque de formation des élus : « Ce que je constate, c’est que de plus en plus de gens ne connaissent pas leur mission en tant que conseiller municipal, regrette Alain Decourchelle, maire de Pluguffan. Ils refusent le fonctionnement de l’institution tel qu’il est institué. C’est pourquoi je pense qu’il est urgent de former les nouveaux élus. Et puis, je pense que cette violence est en partie due aux années covid : les gens sont devenus plus individualistes et plutôt que d’exprimer leurs idées, ils cherchent à les imposer. Au point de totalement refuser la notion d’autorité. » Dans le Pays bigouden, Guenola Le Troadec, maire de Penmarc’h, estime, elle aussi, que le cadre des instances politiques est mal compris. Et assure qu’elle ne refuse pas le dialogue avec les minorités : « Je dis toujours que nous travaillons tous pour Penmarc’h. De ce point de vue là, les élus de l’opposition ont la possibilité de nous interroger, de monter des projets, des associations… C’est vrai que dans ma commune, parfois, le ton monte. Pour moi, c’est plutôt normal : ça fait partie du libre cadre de l’échange. La limite que je fixe, c’est celle de l’injure et de la diffamation, qui constituent un délit. » Pour Roger Le Goff, maire de Fouesnant, les réseaux sociaux ne sont pas étrangers au problème : « C’est un fléau qui nuit au dialogue, assure l’édile. Les gens sont tellement habitués à n’y avoir aucun filtre qu’ils reproduisent ça dans les instances politiques. »
« Ça va finir très mal »
Irréconciliables sur bien des sujets, élus de la majorité et de la minorité s’accordent en revanche sur un point : les conséquences désastreuses de cette brutalisation du débat dans l’opinion publique. Et sur l’engagement des générations futures. « Ce genre de comportement, ça dissuade les gens de s’engager en politique, reconnaît Vincent Esnault, élu d’opposition à Fouesnant. On dit qu’on a du mal à trouver du renouvellement, mais à quoi bon perdre son temps puisque tout est bouclé à l’avance ? »
Constat fataliste également du côté de Didier Guillon : « Ça va finir très mal cette affaire-là, reconnaît l’élu. À partir du moment où on ne peut pas débattre, ça radicalise les positions… Et ça fait le lit de qui ? De l’extrême-droite. » Et Guenola Le Troadec de conclure : « Aujourd’hui, la vie d’un élu n’a rien d’un long fleuve tranquille. C’est une mission difficile, qui demande beaucoup d’investissement et de travailler les uns avec les autres… Reste que la démocratie participative ne se décrète pas : elle s’institue. »
Protéger nos Élus avec CDCL
Dans le contexte actuel marqué par des agressions envers nos élus locaux, l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) se positionne en rempart essentiel pour assurer la sécurité et le bien-être de ceux qui œuvrent pour notre communauté.
Créée en 1998, CDCL a évolué au-delà de sa mission initiale de soutien aux petites municipalités pour devenir un acteur central dans la protection des élus. Son engagement ne se limite pas uniquement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection complet, répondant aux défis actuels.
Sous la direction éclairée de l’ancien Maire de Linas en Essonne, CDCL a élaboré un dispositif proactif. Celui-ci englobe des formations approfondies, des conseils juridiques spécialisés, et une assistance réactive en cas d’agression. L’association est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.
Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris. Elle incarne une communauté engagée, dédiée à donner aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la spécificité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour de plus amples informations sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web.
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